Marie Carmelle Jean-Marie

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MARIE CARMELLE JEAN-MARIE

Marie Carmelle Jean-Marie est née le 16 juillet 1956 à la Vallée de Jacmel (Sud-Est) où elle réalise ses études primaires chez des religieuses, les Filles de Marie. Elle entre à Port-au-Prince pour ses études secondaires et loge au Pensionnat des Filles de Marie du Bel-Air où elle termine son Brevet d’études. Ensuite, elle intègre le Collège Omega où elle décroche son bac. En 1976, elle s’inscrit à la Faculté de Droit et des Sciences économiques de Port-au-Prince et se spécialise en Sciences économiques. En 1981, Marie Carmelle Jean-Marie poursuit ses études économiques en France dans le domaine de l’économie du développement à l’Université Paris 2. Entre 1982 et 1983, elle suit un cours intensif au Centre de formation de la profession bancaire de Paris – Monnaie, Finances et Banque. Elle est l’unique femme noire parmi les 10 étudiants sur 42 à avoir réussi à décrocher leur diplôme. De retour en Haïti en 1985, elle rejoint les cadres de la Banque de la République d’Haïti (BRH). Pendant dix ans de carrière à la BRH, elle poursuit des formations diverses, notamment des séminaires sur la politique et la programmation financières au Centre d’étude monétaire latino-américain (CEMA), à Mexico. Elle devient membre du Centre international de la profession bancaire, spécialisée en techniques de banque et en finances de marché. Marie Carmelle Jean-Marie apporte ensuite son expertise à la BNP (Banque nationale de Paris) en Haïti puis au ministère de l’Economie et des Finances comme cadre du service public et au Group Caraïbes d’Epargne. En 2009, Marie Carmelle Jean-Marie entre dans l’entreprenariat et fonde avec plusieurs autres partenaires le Groupe OASIS.

Ministre des Finances à deux reprises
Après les élections présidentielles de 2011, elle accepte la proposition du chef de l’Etat de devenir ministre de l’Economie et des Finances. Elle s’attache à mettre de l’ordre dans les finances publiques. Elle rappelle sans cesse, en Conseil des ministres, l’échéance de 2017, délai fixé par les bailleurs de fonds internationaux pour qu’Haïti atteigne le niveau de production et de croissance souhaité pour pouvoir continuer à bénéficier de l’assistance financière internationale. « Rien n’a été fait à date », s’inquiète-t-elle. Elle s’active à renforcer de nouvelles structures telles l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), l’Inspection générale des finances et la Commission nationale des marchés. Elle tente de faire aboutir la réforme des finances publiques et oeuvre pour stimuler la croissance économique. Ministre des Finances à deux reprises, elle facilite la création de plusieurs entreprises et des investissements moteurs en Haïti. Actuellement, l’ex-ministre de l’économie et des finances travaille sur un projet d’investissement de 100 millions de dollars sur cinq ans dans le domaine de la pêche. Elle a obtenu l’expertise de la Chine et réuni les membres de l’Association nationale des pêcheurs en vue de les aider à se moderniser. Parallèlement, Marie Carmelle Jean-Marie essaie d’insuffler de l’énergie aux entreprises privées en encourageant des partenariats publics-privés et l’octroi de crédits industriels. « Vers quelle économie devons-nous aller ? Un Etat providence ? Un Etat interventionniste et régulateur ? Un Etat stratège ? », s’interroge-t-elle. Sa réponse est tranchante : « Jusqu’ici tous les modèles implémentés ont échoué en Haïti puisque l’Etat s’est trop souvent montré comme un mauvais gestionnaire et le secteur privé ne fait pas mieux. A titre d’exemple, les entreprises privées nationalisées sous le règne des Duvalier ont été privatisées. Et les résultats ne sont pas convaincants. » Que faire ? Marie Carmelle Jean-Marie croit désormais dans un modèle mixte de partenariat public-privé : « La combinaison du secteur privé et du secteur public sera de nature à privilégier la croissance économique en fonction de nos potentialités et du jumelage des ressources. Les produits pour lesquels nous développons un avantage comparatif et compétitif méritent une assistance soutenue du secteur privé. Mais il ne faut pas le laisser seul, face à des contraintes que seul l’Etat peut résoudre. A mon avis, il faut laisser l’activité économique aux entreprises et aux entrepreneurs ; à l’Etat d’intervenir pour la protection des investissements et la régulation. » Marie Carmelle Jean-Marie a le portrait d’une battante qui demeure optimiste dans tous ses combats : « Mon combat est celui d’une liberté économique sous contrôle. N’ayant pas de modèle, Haïti est devenu un vaste marché où tout le monde vend et où on ne produit pratiquement rien. Dans ce cas, il ne peut y avoir de croissance. Nous allons changer l’avenir en produisant ensemble, en produisant d’abord des ressources humaines fiables et ensuite une production économique qui vive les grandes marches mondiales. C’est à partir de là que nous créerons la richesse pour tout le pays. Et comme j’aime souvent le dire : “Mettons-nous au travail ! “ »

Cossy Roosevelt