Maestro pour l’internationalisation
du kompa

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L’album Maestro, paru en novembre 2016, a été présenté dans un grand hôtel de Pétion-Ville le 21 décembre dernier. Cette date marque également la sortie officielle du groupe portant le même nom que le disque.

L’opus brasse plusieurs genres, notamment le Trap et le Kompa, en vue d’insuffler une nouvelle vie à la musique haïtienne, selon les prétentions du manager de Maestro, Junior Moschino. Les démarches esthétiques et artistiques de Maestro se conforment à un triple objectif : celui de la déghettoïsation, de l’enrichissement rythmique et de la standardisation du kompa.

Déghettoïsation 

Le kompa direct de Nemours Jean-Baptiste, depuis sa création, qu’il soit joué aux États-Unis, en France ou au Canada, a toujours été consommé uniquement par des Haïtiens, comme le fait savoir Junior Moschino. Le manager, se référant à ses 18 ans d’expérience comme directeur artistique et producteur à Montréal,  confie que le kompa, contrairement à la musique racine, n’a pas toujours eu la vertu de faire danser les étrangers. Le kompa, selon lui, reste confiné dans son ghetto avec toujours les mêmes têtes qui viennent le danser. Il est comme isolé du reste du monde. Aujourd’hui, insiste M. Moschino, des initiatives doivent être mises en œuvre et appuyées par l’État pour permettre aux musiciens du kompa la conquête du marché international de la musique. Ainsi, Junior Moschino entend développer un partenariat avec des promoteurs étrangers qui travailleront avec les musiciens de Maestro. Cette stratégie, croit-il, est susceptible de propulser Maestro, conséquemment la musique haïtienne, au rang des groupes de renommée internationale.

Enrichissement rythmique du kompa

Le kompa direct, à proprement parler, est sans avenir sur la scène internationale, affirme M. Moschino croyant qu’il est nécessaire de casser la routine tant instrumentale que mélodique. Le monde peut s’intéresser au kompa, mais il faut un certain métissage. Les musiciens haïtiens, poursuit-il, doivent s’efforcer d’explorer le rythme de Nemours Jean-Baptiste du point de vue des diverses expériences musicales abouties à travers le monde.

Personne n’est obligé de jouer un « kompa direct ». Des variantes de ce rythme de base peuvent aboutir à une connotation musicale particulière et davantage consommable à l’international. Le Trap Kompa en est un exemple patent, comme le souligne M. Moschino. Le manager rappelle la tentative réussie de Wyclef Jean avec le kompa. La star internationale est parvenue à faire danser ce style de musique au monde entier, avec la chanson titrée « Carnival » figurée sur l’album « Wyclef Jean Presents the Carnival featuring Refugee Allstars » paru en 1997.

Standardisation du kompa

Généralement, un orchestre en Haïti compte onze musiciens et le manager, fait remarquer Hantz Mercier Junior (T-Ansyto). « Ma formation musicale, Maestro, en comporte six », indique-t-il. D’un point de vue commercial, Maestro offre ainsi plus d’avantages à un promoteur puisqu’il y a nettement moins de musiciens à nourrir et à loger, soutient T-Ansyto.

Pour sa part, le manager Junior Moschino souligne également un autre effort de standardisation dans la musique haïtienne. Les musiciens de Maestro tiennent à la durée moyenne des chansons. Le standard des 3 à 4 minutes est à leur avis une nécessité commerciale. C’est aussi une stratégie de promotion puisqu’une  chanson trop longue n’est jamais diffusée en entier à la radio.

La formation musicale Maestro est née de ce disque intitulé Maestro qui, selon M. Moschino, devait être le premier album solo de Hantz Mercier Junior (T-Ansyto). L’opus comporte 12 titres arrangés par T-Ansyto. Les paroles sont de Badikamall. Notons que l’album a bénéficié de la collaboration artistique de J-Perry, d’Orlane & Malavoi et de Trouble Boy.

Robenson D’Haïti