L’infertilité peut être traitée en Haïti

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Photographies par Timothé Jackson / Challenges

Une majorité de femmes aspirent à devenir mères, et elles sont plus de 4 millions en âge de procréer en Haïti. En raison de plusieurs facteurs, pas moins de 400 000 personnes sont en situation d’infertilité dans le pays. Un véritable problème de santé publique qui justifie l’existence du Chitai. 

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ace au constat du nombre élevé de couples présentant de sérieuses difficultés à enfanter et des coûts exorbitants liés aux services de traitement d’infertilité à l’étranger, des médecins du terroir se sont regroupés pour créer en 2006 le Centre haïtien d’investigation et de traitement avancé de l’infertilité (Chitai). « Au début, il s’agissait de traitement d’infécondité avec un minimum de capacité », concède le directeur médical, Harry J. Beauvais, indiquant qu’à partir de 2011, de nouveaux investissements ont été consentis pour prendre en charge les cas les plus compliqués. « Aujourd’hui, précise-t-il, le taux de réussite est passé à 37,5 %. »

Fort de ce score, le Chitai se range parmi les meilleurs centres de traitement avancé d’infertilité dans la Caraïbe, selon le gynécologue haïtien. « Au Chitai, nous offrons les meilleurs services à des prix imbattables », affirme-t-il. De fait, informe le docteur Beauvais, 18 % de ceux qui fréquentent le centre arrivent de l’étranger (en majorité des Haïtiens de la diaspora). Il n’y a pourtant pas longtemps, en Haïti, les personnes souffrant d’infertilité ayant de grands moyens économiques, se rendaient aux Etats-Unis, au Canada, à Cuba ou en République dominicaine. Aujourd’hui, des personnes moins aisées peuvent avoir accès à toute une gamme de traitements de qualité au terme desquels leur problème de stérilité a de fortes chances d’être résolu définitivement. À côté des frais de consultation de 1 500 gourdes, le diagnostic complet peut coûter en moyenne 10 000 gourdes (162 USD).

Les causes d’infécondité
Chez les femmes, plusieurs facteurs peuvent expliquer une infertilité et les méthodes de prise en charge varient en fonction de la gravité de la situation. Citons, entre autres, les complications d’une infection sexuellement transmissible non traitée entraînant assez souvent l’obstruction des trompes de Fallope ; l’absence d’ovulation ou une ovulation irrégulière ; l’influence de l’âge (la fertilité diminue fortement à partir de 37 ans) ou encore l’endométriose, la maladie de l’endomètre qui migre en dehors de l’utérus (entraînant des douleurs et des lésions aux alentours de l’utérus). Chez l’homme, les causes se situent soit au niveau de la glande hypophyse, soit dans les testicules, soit sur les canaux conducteurs des spermatozoïdes. En Haïti, 400 000 personnes/couples sont affectés par ces causes et le tableau se présente ainsi en termes de pourcentage : 45 % femmes, 25 % hommes, 15 % femmes/hommes et 15 % de cas inexpliqués, selon les études effectuées par le Chitai.

L’approche scientifique privilégiée
Le traitement de l’infertilité passe par une investigation complète, qui permet de déterminer scientifiquement les types d’intervention. « Au Chitai, nous avons la capacité de diagnostiquer 95 % des problèmes d’infertilité et de proposer différents types de traitements », se réjouit Harry Beauvais, sans pour autant minimiser les pratiques liées aux croyances religieuses et mystiques de beaucoup de personnes en Haïti. Il est, en effet, rapporté des cas – que beaucoup mettent en doute – d’infertilité graves traités suite à des jeûnes ou à des interventions d’un prêtre du vodou. Le Centre haïtien d’investigation et de traitement avancé de l’infertilité dispose de cinq médecins endocrinologues spécialisés en infertilité, trois anesthésistes, un interniste et quatre infirmières. Une séance d’éducation précède toujours l’étape d’investigation des causes de l’infertilité, ce pour faire comprendre aux patients les enjeux du traitement. Dans certains cas, de simples conseils suffisent pour permettre à un couple de résoudre son problème de fécondité, alors que dans une situation d’infertilité relativement compliquée, le processus peut aller au-delà d’une année.

Dix centres seraient nécessaires
Mi-mars 2016, le Chitai annonce avoir permis à 167 femmes/couples de résoudre leur problème d’infertilité (soit 37,5 % de l’ensemble des cas adressés depuis 2011). Vu le nombre élevé des personnes nécessitant une assistance médicale pour pouvoir enfanter, d’autres centres devraient être envisagés. D’ailleurs, selon l’OMS, il faudrait un centre de traitement de l’infertilité pour chaque population d’un million d’habitants. Dans le cas d’Haïti, il en faudrait donc dix. Sachant que le budget d’un projet du genre se chiffre à plus d’un million de dollars américains – celui du Chitai en a mobilisé 1,3 million – il s’agit pour l’instant d’un objectif utopique. Dans l’intervale, le Chitai continue de renforcer ses capacités, d’augmenter ses taux de réussite… et de développer le tourisme médical en Haïti.

HARRY J. BEAUVAIS, directeur médical du Chitai, annonce un taux de réussite de 37,5 %.
HARRY J. BEAUVAIS, directeur médical du Chitai, annonce un taux de réussite de 37,5 %.

Cossy Roosevelt