L’immigration haïtienne, une aubaine pour l’économie chilienne

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Timothe Jackson/ Challenges
Timothe Jackson/ Challenges

L’immigration est sans conteste une aubaine pour le Chili dont la population est vieillissante. C’est en tout cas l’avis de l’entrepreneur chilien Diego Mojica qui encourage les autorités de son pays à faciliter l’arrivée des Haïtiens mais aussi celle des migrants d’autres États voisins, d’Europe et d’Asie, afin que la croissance économique en cours perdure.

La situation démographique du Chili est en effet inquiétante puisque la croissance démographique de « l’Eldorado de l’Amérique du Sud » a nettement diminué ces dernières années pour évoluer autour de 1 %. Du reste, selon les prévisions, celle-ci devrait continuer à baisser au cours de la prochaine décennie. Conséquemment, la population chilienne vieillit. Des études prédisent que les seniors représenteront 25 % de la société d’ici 2 020. Le vieillissement est d’autant plus important qu’il constituait déjà une source de préoccupation pour l’administration de Ricardo Lagos au début des années 2000, au point d’encourager des initiatives liées à la gérontologie. Ainsi, un service national des seniors a été mis en place en janvier 2003 avec comme fonction de « coordonner toutes les activités destinées aux personnes âgées et fournir aux responsables de clubs du troisième âge ou à toute autre personne travaillant avec les aînés le savoir-faire de base à connaître », comme le rapporte le site senioractu.com. Actuellement, l’Université Catholique du Chili offre même une formation de niveau licence en Gérontologie.

Si les dirigeants pensent sérieusement à la prise en charge des seniors, ils ne semblent pas pour autant avoir déjà la solution au problème. Si l’on en croit Diego Mojica, la question ne fait guère débat dans la société, encore moins chez les jeunes. « Les jeunes filles au Chili s’intéressent davantage à leur émancipation qu’à fonder une famille ».

Avec le vieillissement de la population et la baisse du taux de natalité, la force de travail fait de plus en plus défaut au Chili. Ce manquement pèsera lourd dans la balance au cours des prochaines années si rien n’est fait, soutient Diego Mojica. Le natif de Valparaison croit en ce sens que l’immigration est une aubaine. Il rejoint donc ceux qui déclarent que « les immigrés sont nécessaires pour reconstituer la force de travail » et améliorer « la qualité de l’économie ». Le Chili représente une population de 18,3 millions d’habitants évoluant sur une superficie de 756 950 km2 donnant lieu au 43e PIB du monde, soit 247 milliards de dollars (2 016). Le PIB par habitant est 13 793 dollars américains pour une croissance de 1,59 % en 2016, année où 5,6 millions de personnes ont visité le pays. L’espérance de vie du Chilien est de 79 ans, le taux de natalité, 14 enfants pour 1 000 personnes et celui du chômage 6 %. Les Chiliens sont à 97,5 % alphabétisés ; le pays est 42e au niveau de l’Indice de Développement Humain.

En 2014, le Chili exportait du cuivre des fruits, du poisson, du papier, des produits chimiques et du vin pour 76,98 milliards de dollars. L’importation du pétrole et des produits pétrochimiques, des produits chimiques, des équipements électriques et de télécommunication, des machines industrielles, des véhicules et du gaz naturel lui coûtait 70, 67 milliards. On peut ainsi constater que la balance commerciale lui est favorable, avec un profit de plus de 6 milliards, pouvant être investis dans la création de richesses. C’est un signe aussi que l’économie du pays s’assoit sur l’exportation ; ce qui la rend d’autant plus fragile puisque si l’un de ses partenaires comme la Chine décide par exemple de diminuer sa demande en cuivre, dont le Chili est le principal producteur au monde, l’Économie du pays en serait très affectée.

Si le Chili ne s’engage pas dans une campagne pour attirer les étrangers sur son sol, il a toutefois entrepris depuis les années 1990 de dynamiser sa politique migratoire de manière à faciliter l’intégration des immigrés. Le recensement de 2002 a permis de constater que l’immigration était surtout d’origine latino-américaine. Aujourd’hui, le plus grand nombre d’immigrés vient du Pérou, de Colombie et d’Argentine. Encore en petit nombre vers la fin des années 1990, les Haïtiens ont commencé à affluer davantage vers le milieu des années 2000 pour devenir une grande communauté d’environ 100 000 personnes à l’heure actuelle, soit la 4e communauté étrangère.

Pour l’instant, seulement une minorité d’Haïtiens accède au marché du travail, faute de qualification. La majorité vend leur force de travail par-ci par-là, notamment dans le domaine agricole. Certains ouvrent un commerce informel, d’autres s’engagent dans des évènements culturels. Nombreux Haïtiens, conscients que leur avenir au Chili passe notamment par une bonne formation, vont à l’université parallèlement à leurs activités quotidiennes. Un exemple que bien d’autres devraient suivre s’ils veulent véritablement s’intégrer dans la société et jouer un rôle dans la croissance économique du pays qui les accueille. Malheureusement, les Haïtiens expérimentent aussi l’inégalité sociale qui caractérise la société chilienne.

Guamacice Delice