Les vacanciers préfèrent le transport moderne

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PORTAIL DE LÉOGÂNE ne connaît pas l’effervescence habituelle des départs en vacances. (photo d’archives). Photographies par Georges H. Rouzier / Challenges

Les gares routières haïtiennes ne reçoivent pas encore de grandes affluences à l’occasion des vacances d’été 2016. Malgré la fermeture des classes, ces stations traditionnelles n’enregistrent guère le déferlement habituel. Pour les compagnies de transport modernes, la situation est différente.

Des chauffeurs du transport interdépartemental s’ennuient dans leur station respective à force d’avoir attendu l’arrivée des passagers qui se font très rares. Pour cause, les vacanciers tardent à se manifester comme cela se faisait d’habitude en cette période de l’année. A Portail de Léogâne, entrée sud de Port-au-Prince, il n’y a pas de grands mouvements ce mercredi 23 juin. En effet, les véhicules en position dans les gares routières de fortune sont plus nombreux que les voyageurs. Ce qui pousse un chauffeur et membre de l’Association des propriétaires et chauffeurs d’Haïti (APCH), à déclarer : « Il n’y a pas de vacances cette année ; il n’y a aucun signe indiquant qu’on est en vacances. L’an passé, à pareille époque, c’était la grande foule dans les stations. »

Le Portail de Léogâne héberge les stations des Cayes, de Jacmel, de Miragoâne et de plusieurs autres villes du Grand Sud. Les trottoirs de la rue Oswald-Durand sont occupés, à partir du stade Sylvio-Cator. Sur la rue Déhoux, trottoirs et chaussée sont transformés en station. Malheureusement, sur quatre rangées de véhicules, seulement un par rangée est en train d’être chargé. Les indicateurs de destination montrent des signes de lassitude à force de crier en vain. Le chauffeur Beauséjour Banice, qui coordonne les activités dans les stations de Miragoâne et d’Aquin pour le compte de l’APCH, pense que le coût élevé de la vie contraindrait les familles originaires de la province à rester dans la capitale malgré l’incertitude politique actuelle et le climat d’insécurité qu’elle génère.

La modernité séduit
Parallèlement au transport traditionnel, des compagnies de transport dit moderne continuent de se multiplier à travers le pays. Que ce soit Haïti Transport, Royal Bus, le Transporteur, Transport Chic, Patrick Coach Line, Transport Moderne, Main de Dieu / Lèlè ou Merci l’Eternel, elles assurent toutes la liaison Port-au-Prince / villes de province. Si certaines d’entre elles connaissent la même accalmie que le transport traditionnel, d’autres se réjouissent de leurs bonnes situations. A preuve, cet autobus de la Coordination des transporteurs et travailleurs d’Haïti, qui devait partir à 14 heures pour les Cayes, va démarrer avec une heure d’avance.

Des compagnies desservant les départements du Grand Nord admettent une nette augmentation de leurs chiffres d’affaires. Depuis la fermeture des classes, des centaines de passagers se présentent et ils sont aussi nombreux à quitter la campagne à destination de Port-au-Prince, confie un responsable d’Haïti Transport. Celui-ci se trouve dans l’obligation de renforcer sa flotte de véhicules et, par conséquent, d’augmenter son personnel. « Nous savions que cela devait arriver, nous avons pris les dispositions qui s’imposaient », déclare Yvenide Montour, responsable de la firme Le Transporteur, dont le siège se trouve sur le Boulevard Jean-Jacques Dessalines, au niveau de Delmas 3. « Nous avons réparé les autobus qui étaient en panne et procédé à de nouvelles commandes qui ne sont pas encore livrées », a expliqué pour sa part un agent de Royal Tour, une autre compagnie d’autobus desservant les départements du Grand Nord.

 DANS L’ATTENTE de monter à bord d’un bus moderne.
DANS L’ATTENTE de monter à bord d’un bus moderne.

Des investissements fragiles
Les initiateurs de ces compagnies sont fiers de parler de modernité, mais à quel prix ? Leurs entreprises sont-elles conformes à la législation haïtienne en matière de transport où ont-elles besoin d’un nouveau cadre légal ? Dans quelle mesure l’Etat accompagne-t-il ces nouveaux investisseurs sur les routes périlleuses haïtiennes ? Si l’on en croit Beauséjour Banice, un responsable à l’APCH, les autorités ne sont pas conscientes de leurs efforts. « De nos voyages, nous avons pris acte du niveau de modernité du transport à l’étranger, nous avons estimé que nous devons agir de notre côté, mais l’Etat nous ignore », souligne-t-il, déplorant le mépris des responsables concernés face à l’appel des syndicats dans le sens d’une meilleure organisation des stations et gares routières. « Nous avons demandé en vain qu’ils nous octroient un nouvel espace pour déplacer cette station [la station de Portail de Léogâne, NDLR] », se plaint Beauséjour Banice.

 DE NOMBREUX TRANSPORTEURS proposent aujourd’hui des véhicules offrant un meilleur confort.
DE NOMBREUX TRANSPORTEURS proposent aujourd’hui des véhicules offrant un meilleur confort.

Entre la fin des examens de fin d’études classiques et le début des inscriptions pour le recrutement d’une nouvelle promotion à l’université, les gares routières et les stations de bus accueilleront beaucoup plus de personnes. Entretemps, les résultats des travaux de la Commission nationale pour la modernisation du transport en commun seront peut-être connus. La CNMTC n’a-t-elle pas réalisé, en septembre 2015, une conférence nationale autour du thème « Transport en commun en Haïti : enjeux et défis de la modernisation » ?

Guamacice Delice