Les pôles d’innovation comme stratégie de développement

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Un centre de la petite enfance (CPE). Faidlyne Policard
Un centre de la petite enfance (CPE). Faidlyne Policard

Les contours de l’Haïti nouvelle sont-ils en train de se dessiner par le biais du Pôle d’Innovation du Grand Nord ? Ce projet du GRAHN financé uniquement par des dons
se concrétise à travers « la Cité du savoir ».

Génipailller, troisième section communale de Milot, dans le nord d’Haïti. Des enfants de 3-4 ans dans une salle de classe. En apparence, rien d’extraordinaire. Pourtant, la seule dénomination du lieu dans lequel cela se passe sonne quelque peu nouveau, dans un pays où nous sommes plus habitués à parler de «Kindergarten » pour désigner l’espace dans lequel nos enfants effectuent leurs premiers pas académiques. Ici, cela s’appelle un Centre de la Petite Enfance (CPE). Le CPE s’inscrit dans un cadre plus global qui est « la Cité du savoir », par laquelle se concrétise un projet encore plus global : le pôle d’Innovation du Grand Nord (PiGRAN), un projet lancé en 2015 par le Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle (GRAHN).

Genèse du projet
Arriver à créer de la richesse et de la mobilité sociale : tel est le défi que se lance PiGRAN à travers sa «Cité du savoi » qui comporte quatre secteurs (scolaire, universitaire, de l’agriculture et des services). Tout a commencé le 20 janvier 2010 à Montréal, au Canada, un peu plus d’une semaine après le tremblement de terre. Une vingtaine de personnes et d’associations fondaient le GRAHN. Elles voulaient apporter leur contribution à l’œuvre de reconstruction du pays, comme l’expliquait l’initiateur du mouvement, Samuel Pierre, lors d’une « manifestation patriotique» organisée en janvier dernier à Port-au-Prince. Ce natif d’Haïti, actuellement professeur titulaire au Département de génie informatique et génie logiciel de l’École Polytechnique de Montréal, et président de GRAHN Monde, est détenteur de deux baccalauréats, de deux maîtrises et d’un doctorat. L’ingénieur Pierre résume ainsi les caractéristiques de l’Haïti nouvelle : « un État de droit, avec le plus de justice sociale possible, le moins d’inégalités sociales possible, où l’éducation règne en maître, pas seulement en quantité, mais aussi en qualité, où le culte du bien commun devient la norme et où l’environnement est préservé ».

PIGRAN, PIGRAS et PIGRAC
Pour cela, il ne faut pas se limiter à la réflexion ; il faut la combiner avec l’action, estime-t-il. Tout cela pour prouver qu’il est possible de faire du bien, de reconstruire le pays et surtout d’avoir une nouvelle Haïti, précise-t-il. D’où l’idée de la création de pôles d’innovation pour mettre en contact le monde de la connaissance (professeurs d’université, chercheurs, étudiants) et le secteur productif (entrepreneurs, investisseurs…). L’idée est de parvenir à une synergie à partir de la mise en réseau des détenteurs de savoir et des créateurs d’entreprises, de telle sorte à, par exemple, concevoir les formations en fonction du marché de l’emploi et à faciliter des stages en entreprise pour les étudiants. Tel est le rôle assigné à PiGRAN que Samuel Pierre présente comme un projet pilote susceptible d’entraîner la création de deux autres pôles d’innovation dans le grand Sud (PIGRAS) et le grand Centre (PIGRAC). Il faut aussi mentionner plusieurs autres projets pour lesquels est prévue, sur 6 ans, la construction de plus d’une quinzaine d’édifices pour un coût estimé à 50 millions de dollars en espèce et 25 millions en nature, selon les précisions de Samuel Pierre. L’un d’eux devra accueillir, au Morne-à-Cabrit, l’École Supérieure des affaires et d’Entrepreneuriat supportée par la Sogebank. Le PIGRAN finance ses activités à partir de dons reçus de personnes ou d’entités partenaires qui peuvent choisir de prendre en charge un module.

Rodrigue Lalanne