Les pieds sur terre et la tête dans les nuages

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STÉPHANE TROCHER a créé UfitAyiti en 2014 pour partager sa passion de la randonnée.

Un dimanche par mois, on peut croiser sur les hauteurs de la capitale un groupe d’une cinquantaine de marcheurs à flanc de colline. De Fermathe à Kenscoff, d’une source à un fort et sous la houlette de Stéphane Trocher, le groupe UfitAyiti se fait plaisir et invite qui veut lui emboîter le pas !

La randonnée pédestre, c’est le plaisir partagé. Celui de la découverte, à hauteur d’homme, mais aussi au niveau (terrestre) de la faune et de la flore, d’un site, d’une région, d’un pays. Pas étonnant que ce soit une passion et un moyen pour beaucoup d’êtres humains, de découvrir, se détendre, s’aérer. Et que cela soit devenu, en Haïti aussi, la passion d’un petit groupe mené par un amoureux de la randonnée. Stéphane Trocher est né en Haïti et a connu depuis l’enfance le plaisir de la marche. Pendant ses études à Porto Rico, il a fait de la randonnée sa façon de découvrir cette île des Caraïbes. C’est devenu un tel engouement pour lui, qu’il s’est vu confier par la compagnie qui l’employait l’organisation d’excursions à pied. Des années plus tard, de retour dans son pays natal, et fort de ses expériences de marcheur dans le monde entier, il lance UfitAyiti, un concept très inclusif de randonnée en groupe. Rencontre avec un passionné.

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de créer ce groupe ?
« En 2014, j’ai lancé UfitAyiti pour partager mon goût de l’aventure et de la nature. C’est un concept inclusif : You fit in (c’est pour toi aussi). La randonnée est un moyen formidable de découvrir et d’être en contact avec la nature, les habitants et de montrer la beauté d’Haïti. C’est idéal pour entretenir sa forme physique et sa santé, mais aussi une occasion de rencontrer les autres, de se saluer et de s’écouter. Mais aussi d’aller dans des lieux spectaculaires et inaccessibles autrement. Le faire en groupe ajoute au bien-être individuel un impact collectif, un esprit de motivation et de camaraderie, un véritable effet d’entraînement. »

Comment fonctionne UfitAyiti ? Est-ce une association, un club ? Faut-il en être membre et cotiser ?
« Au début, je me suis dit que si j’arrivais à réunir six personnes pour une randonnée ce serait parfait. Aujourd’hui, environ 400 personnes sont sur notre page Facebook et entre 40 et 50 randonneurs marchent régulièrement ensemble. En fait, c’est un mouvement, je dirais même une philosophie. Il n’y a aucune participation pécuniaire, chacun apporte ce dont il a besoin, s’équipe et si un endroit nécessite un guide nous nous cotisons. Ce qui m’anime, c’est de voir combien la randonnée rassemble des gens positifs, impacte la communauté autant que les vies individuelles. »

Comment préparez-vous les randonnées mensuelles ?
« Cela demande en effet une bonne préparation. Il faut bien connaître les sites, les itinéraires et les difficultés éventuelles, mais aussi penser au stationnement des véhicules. Nous faisons une reconnaissance préalable, moi-même ou avec un guide local. Ensuite, je présente la randonnée le plus précisément possible au groupe, ce qui donne à tous une idée du niveau requis. »

Comment voyez-vous le développement de Ufitayiti ?
« Haïti est un bon terrain de randonnée et offre des paysages magnifiques que l’on ne peut voir qu’à pied, et sans risquer de se faire mordre par un serpent ou attaquer par un couguar ! Nos balades mensuelles se déroulent dans la zone de Port-au-Prince mais il nous est arrivé d’aller sur le volcan vers Mirebalais ou sur la Côte des Arcadins. J’aimerais voir UfitAyiti devenir UfitCaraïbes et se développer vers Saint-Domingue ou la Jamaïque. C’est vraiment un esprit et c’est peut-être aussi un moyen de “réveiller la conscience des gens”, de leur rappeler combien la nature est plus grande que nous mais fragile, que nous sommes de passage ici et que nous devons la protéger. »

Stéphanie Renauld Armand