Les hauts fonctionnaires de l’état sont-ils qualifiés ?

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Photographies par Timothe Jackson/ Challenges
Photographies par Timothe Jackson/ Challenges

Plusieurs cadres de l’administration Moïse/ Céant ont été soupçonnés de ne pas être en conformité avec la loi pour occuper des postes importants de la fonction publique. Pour rectifier le tir, l’Office de Management et des Ressources Humaines (OMRH) propose le programme de la modernisation de l’État.

L’actuel responsable de l’Office de Management et des Ressources Humaines (OMRH), Josué Pierre-Louis, affirme qu’« en Haïti, beaucoup d’employés intègrent l’administration publique sans avoir aucune qualification ». Le coordonnateur de cette institution publique croit opportun d’inverser le cours de la situation par une véritable réforme de l’État. Pour ce faire, l’ancien étudiant de l’École Nationale d’Administration de la France (ENA) privilégie le PME, un programme qui se veut un outil de modernisation de l’État (PME-2023), ayant pour objectif de placer les employés et cadres de l’administration publique au cœur même de la réforme administrative et du coup mettre le pays sur la voie de la croissance économique et du développement durable. C’est une ambition qui trouve la bénédiction du Premier ministre Jean-Henry Céant. Aux yeux de l’actuel chef de la Primature, « l’activité du PME constitue un espace d’opportunité pour pallier certaines faiblesses relevées dans le processus des réformes des institutions de l’administration publique».

Modernisation de l’État
Josué Pierre-Louis qualifie d’anormal le fait qu’une personne puisse intégrer l’administration publique sans avoir au moins une licence. « Ceux qui en possèdent sont estimés à moins de 5 % et l’administration publique souffre donc d’un manque criant de ressources humaines qualifiées », regrette l’ancien ministre de la justice et de la sécurité publique. Selon lui, ces employés parachutés arrivent à occuper des postes importants dans les institutions étatiques sans passer par voie de concours. Le titulaire de cette entité chargée de mesurer la croissance de l’État à l’aune de l’efficacité et de la performance de la fonction publique, annonce qu’à partir du 15 octobre, les performances de chaque administration seront évaluées. En effet, l’objectif de l’OMRH avec son programme de modernisation (PME 2023) qu’il souhaite bientôt implémenter en chassant le clientélisme par la méritocratie sera ainsi misé sur la promotion de la gestion axée et orientée vers les résultats, sur la promotion de la bonne gouvernance (transparence et reddition de comptes), sur la participation et le cadre d’un gouvernement ouvert priorisant l’égalité homme-femme et l’intégration des personnes à mobilité réduite. « Pour que la fonction publique puisse offrir un service de qualité, il est inévitable de réformer et moderniser l’État à tout prix », insiste Josué Pierre-Louis. Désormais tous ceux qui désirent occuper des postes dans la fonction publique doivent avoir une licence. En conséquence, à compter du mois d’octobre, un grand concours sera organisé pour recruter les employés des institutions de l’État, annonce-t-il. Et pour commencer, Monsieur Pierre-Louis indique qu’une centaine d’ingénieurs/architectes seront recrutés pour le ministère de l’Intérieur et des managers-directeurs pour le ministère l’Agriculture.

Jean-Henry Céan recevait son empiliation du président Jovenel Moïse.


Des ministres qualifiés

Plusieurs conditions sont à remplir selon les prescrits de la Constitution en son article 172-1 pour être membre d’un cabinet ministériel. Il faut : 1) Être haïtien et administrer la preuve d’avoir répondu à l’ensemble de ses obligations en tant que citoyen fiscalement domicilié en Haïti, y posséder des biens immobiliers pouvant garantir et protéger l’État et ne détenir aucune autre nationalité au moment de la nomination; 2) être âgé de trente ans accomplis; 3) jouir de ses droits civils et politiques et n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive et infamante; 4) avoir reçu décharge de sa gestion si on a été comptable des deniers publics. Mais, le plus important sur le plan administratif, c’est la capacité de ce personnage à être efficace pour produire l’effet qu’on attend ou le maximum de résultats avec le minimum de moyens. Partant de l’hypothèse que le résultat recherché est conforme aux exigences démocratiques, Josué Pierre-Louis croit qu’« au niveau des moyens à mettre en œuvre il faudra opérer des choix et ne retenir que ceux conciliables avec notre système de valeurs, car aucune administration ne peut être efficiente pour ses citoyens sans des dirigeants efficaces ».

Marc Evens Lebrun