Les garde-côtes haïtiens, ces héros de la mer

11
Photographies par Timothe Jackson/ Challenges
Photographies par Timothe Jackson/ Challenges

Sur la mer, les garde-côtes haïtiens assurent au quotidien des patrouilles pour lutter contre l’immigration clandestine, la piraterie, l’insécurité portuaire et le trafic de drogue. Pourtant les moyens font cruellement défaut, et ce, depuis l’incident du 24 avril 1970.

Situé à Bizoton 53, à Carrefour, le local qui loge les garde-côtes haïtiens (la marine haïtienne d’autrefois) est lamentable. Depuis un incident durant lequel le Colonel Octave Cayard, en date du 24 avril 1970, et 118 des 325 marins de l’époque avaient bombardé le palais national sous le règne de François Duvalier, les gardes-côtes haïtiens sont relégués au second plan. Depuis 1976, l’État haïtien n’a jamais acheté de matériel pour les garde-côtes, pourtant, ils font un travail colossal. Traité en parent pauvre depuis cette aventure, ce corps, appelé « Marine Haïtienne » jadis, fut rebaptisé Garde-Côtes d’Haïti (GCH) en 1995. Créée avec pour mission la surveillance et la protection des côtes d’Haïti le 28 juillet 1942, à partir du décret-loi du président Elie Lescot, la marine haïtienne, aujourd’hui Garde-Côtes d’Haïti réduit en force de Police, exerce plusieurs fonctions et les membres de ce corps consacrent entièrement leur vie à leur patrie, comme en témoigne le commissaire divisionnaire Joseph Jean-Mary Wagnac, Directeur de l’institution. Selon ses déclarations, le travail ardu des gardes-côtes reste peu connu de la grande majorité de la population.

Pour surveiller nos côtes et littorales
De par sa géographie, Haïti possède une façade maritime exceptionnelle, ramenée à la superficie du pays. « Pour les 1 771 kilomètres de côtes (1 535 kilomètres selon les autorités haïtiennes) et les divers ports, il faut absolument une institution chargée de la sécurité de ces côtes », souligne le commissaire divisionnaire Joseph Jean-Mary Wagnac. Avec un personnel de 150 policiers et une flotte de 5 bateaux opérationnels de 32 pieds et de deux de 40 pieds, la Garde-Côte haïtienne sillonne les mers d’Haïti avec le concours des spécialistes provenant des États-Unis et du Canada. D’ailleurs, lors du dernier don des États-Unis (1,5 million de dollars et deux bateaux Boston Whaler) en mars 2018, la diplomate Michele Jeanne Sison a insisté sur l’importance de sécuriser les frontières maritimes d’Haïti et de lutter contre les crimes transnationaux.

Un ancien patrouilleur de la Garde-Côte d’Haiti.

Une force contre l’immigration clandestine
Le travail des gardes-côtes consiste aussi en la dissuasion de l’immigration clandestine, notamment dans les points stratégiques dans le Nord-Ouest, le Nord-Est et la Gonâve toujours, selon les explications du commissaire Wagnac. Le numéro 1 des gardes-côtes se veut profondément impliqué dans la lutte contre l’immigration clandestine. « Nous développons des programmes de sensibilisation de concert avec les pécheurs, les marins, et la population vivant dans les zones côtières, pour les informer sur les risques et dangers que comporte l’immigration clandestine » informe le directeur. Ces programmes de sensibilisation souvent accompagnés de spots publicitaires sont d’ordre préventif, précise-t-il. Mais hormis la prévention, il existe des actions concrètes de leur part. « Avec les institutions partenaires telles : l’Autorité Portuaire Nationale (APN), le Service Maritime et de Navigation d’Haïti (SEMANAH) ainsi que la Police Nationale d’Haïti (PNH), nous secourrons autant que nous pouvons des Haïtiens en détresse en mer », révèle le responsable, comme le 10 mars dernier, après que les garde-côtes américains aient mis la main au collet de 202 clandestins haïtiens.

Une police environnementale
« Nous effectuons aussi des travaux de nettoyage le long des côtes avec le support de l’ambassade du Canada », informe Joseph Jean-Mary Wagnac, qui fait remarquer que les différents cours d’eaux et égouts se déversent presque tous dans notre espace, polluant non seulement la faune marine mais aussi empêchant nos bateaux d’accoster en toute quiétude. Le commissionnaire divisionnaire en profite pour fustiger le comportement des riverains qui jettent des immondices dans la mer, et l’insouciance des acteurs étatiques face à cette dégradation continue.

Marc Evens Lebrun