Les droits des personnes handicapées

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Des personnes à mobilité réduite participant à un championnat de basketball. Timothe Jackson/ Challenges
Des personnes à mobilité réduite participant à un championnat de basketball. Timothe Jackson/ Challenges

Le nombre d’Haïtiens souffrant d’un handicap physique, mental ou sensoriel, suite au séisme de janvier 2010, est estimé à près d’un million. Un chiffre terriblement conséquent dans un pays où les droits des personnes à capacité réduite sont souvent violés.

La convention relative aux droits des personnes handicapées et son protocole facultatif, adoptés le 13 décembre 2006 par l’Organisation des Nations Unies (ONU), fixent les droits de cette catégorie après l’aboutissement d’une longue lutte teintée de revendications à travers le monde. « Cette convention est rédigée pour promouvoir, protéger, et assurer la dignité, l’égalité devant la loi, les droits humains et les libertés fondamentales des personnes avec des handicaps en tous genres », explique le militant et intellectuel Michel Archange Péan. L’ancien secrétaire d’État à l’intégration des personnes handicapées précise que : « L’objectif de ce document demeure la pleine jouissance des droits fondamentaux par ces derniers et leur intégration dans la société, tout en les faisant participer activement à la vie sociopolitique et économique de leur pays ». 

 Mais Haïti, quoique signataire de cette convention, peine toujours à respecter ces revendications qui sont à l’origine de nombreux instruments juridiques internationaux. Dans le milieu social, scolaire et urbain, les personnes handicapées sont souvent marginalisées et la discrimination à leur égard revêt différentes formes, depuis le refus des possibilités d’éducation jusqu’à l’exclusion et l’isolement.

Une éducation pour tous, sans exclusion
« Remise Alexis a été refusée par plusieurs écoles secondaires pour cause de cécité ». Cependant, Remise est l’une des rares personnes aux « besoins spéciaux » qui montre l’exemple que le handicap ne peut en aucun cas déroger au droit à l’éducation, encore moins si cette personne a de la volonté. Ne se laissant pas abattre par la moquerie ni l’indifférence, elle est parvenue à atteindre le niveau secondaire et a réussi son baccalauréat. Et son aventure scolaire ne s’achève pas là. « Quoique ma formation en secondaire ait été un calvaire, faute d’environnement et de matériels didactiques adéquats, je suis parvenue à montrer aux autres écoliers que j’avais aussi des capacités » se réjouit-elle. Celles-ci ont permis à la jeune héroïne d’intégrer l’école de journalisme ISNAC et parallèlement l’Université Quisqueya. Elle y suit une formation en sciences de l’éducation. Pour la jeune fille, l’éducation est le véritable salut de l’être humain et l’est encore davantage pour une personne aveugle. « Si la société marginalise les personnes handicapées, cette marginalisation sera beaucoup plus féroce si la personne en question n’est pas scolarisée », souligne Remise. Nombreuses sont les écoles qui pratiquent la discrimination à l’égard des handicapés. Pourtant, l’article 24 de la Convention relative aux droits des handicapés leur garantit le droit à l’éducation et le droit à la langue des signes, le braille et la communication améliorée et alternative. Si la loi offre le droit d’inscription à l’école pour les enfants en situation de handicap, aucune obligation n’est faite dans la réalité pour qu’ils soient accueillis. Afin de respecter les droits fondamentaux et la liberté des enfants handicapés, il doit être assigné aux écoles une véritable mission d’inclusion. Des efforts sont consentis en vue de promouvoir les droits des personnes handicapées et favoriser leur émancipation intellectuelle et physique à travers notamment des activités sportives.

Vers le respect de la citoyenneté
Considérées comme des citoyens de seconde zone, ces personnes aux besoins spéciaux représentent 10 % de la population totale d’Haïti. Ils sont également privés du droit civique le plus élémentaire : le droit de vote. Un droit inaliénable pour lequel l’État ne peut en aucun  cas prétendre ne pas avoir assez de ressources. « Les bulletins ne sont pas convertis en braille lors des élections », regrette le coordonnateur national de la société haïtienne d’aide aux aveugles (SHAA), Michel Péan. Il estime qu’il est grand temps de remettre en cause la manière dont le handicap est perçu. Il ne peut être seulement vu comme un problème médical, un sujet d’apitoiement ou faire l’objet d’actions caritatives. Il est impératif d’instituer une approche fondée sur les droits de l’homme, qui vise à permettre aux sujets de ces droits de décider du cours de leur existence. Si la ratification de la convention et le protocole facultatif ont progressé, il devrait en être de même pour les moyens de leur donner effet et d’en surveiller l’application. Michel Péan conclut pour dire que le développement de la République dans l’ère démocratique que nous vivons, passe par la participation de tous les citoyens aux décisions qui les concernent. Haïti ne doit plus être une société qui exclut et stigmatise les plus extraordinaires de ces membres.

Marc Evens Lebrun