Les Bahamas, un modèle pour Haïti?

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Istock/ Getty images
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Ces deux îles nagent dans la mer des Caraïbes mais présentent des caractéristiques bien différentes sur les plans économique et politique. Il en est de même pour bien d’autres états de la région.     

Il s’agit de deux pays aux réalités historiques totalement différentes, comme le souligne Arnold Antonin, auteur de plusieurs articles sur l’économie haïtienne et latino-américaine. Il souligne que les Bahamas font partie du Commonwealth, c’est-à-dire une démocratie parlementaire stable, sans tradition présidentialiste. Comme de nombreux autres pays de la Caraïbe, le revenu per capita est estimé à 20 mille dollars américains, bien loin devant les 805 dollars par habitant en Haïti, ajoute-t-il.

Arnold Anthonin
Arnold Anthonin

En Haïti, soutient Arnold Antonin, nous avons affaire à une pauvreté de masse et à des inégalités trop criantes pour pouvoir accéder assez rapidement à la stabilité politique, condition sine qua non de tout développement économique réussi. De plus, le système politique est piégé et miné par la corruption, affirme-t-il. L’expert haïtien met, par ailleurs, l’accent sur la forte stabilité de l’économie bahaméenne basée essentiellement sur le tourisme, lequel se développe, précise-t-il, dans un pays réellement pris en main par les autorités. Il fait ainsi référence à la salubrité et à la propreté caractérisant l’environnement aux Bahamas. De l’autre côté, fait-il remarquer, les conditions ne sont pas réunies pour un véritable développement touristique. Un environnement dégradé et dominé par l’insalubrité est l’image projetée malheureusement par Haïti. Tout ce qu’il faut, dit-il, pour décourager les touristes.  De plus, les hôtels aux Bahamas fourmillent d’employés à la hauteur, c’est-à-dire bien formés et encadrés. En Haïti, c’est tout le contraire, selon l’économiste et cinéaste Arnold Antonin. Il n’exclut pas la possibilité, pour Haïti, de répliquer à long terme le modèle bahaméen. « Tout est possible à long terme », concède-t-il. Là encore, nuance-t-il, il faudrait avoir réalisé les réformes nécessaires, notamment dans le système judiciaire, et un véritable aménagement du territoire à même de mettre un terme au chaos urbain actuel. Il faudrait aussi avoir résolu les problèmes liés à l’absence de services publics, ainsi qu’à l’insécurité foncière et sanitaire.  Monsieur Antonin ne voit pas de pays de la Caraïbe dont le modèle économique pourrait inspirer Haïti. Même pas Trinité-et-Tobago, pays de la région qui a le moins de stabilité politique, après Haïti, dit-il. Son économie est toutefois basée sur une rente pétrolière dont Haïti ne dispose pas. Il croit, cependant, que La Barbade pourrait être un modèle inspirant pour l’île haïtienne de La Gonâve. Les deux îles se ressemblent, selon lui, même si Antonin trouve la Gonâve plus belle et plus fertile.

Rodrigue Lalanne