L’élimination du choléra maintenant ou jamais

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ISTOCK/ GETTY IMAGES
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À chaque poussée de choléra, le ministère de la santé publique et de la population (MSPP) ainsi que ses partenaires intensifient les actions visant à limiter la transmission et à prendre en charge les malades. Les résultats obtenus et les expériences accumulées prouvent qu’il est possible de l’éradiquer définitivement.

La dernière démonstration remonte au 8 novembre 2016, date de lancement de la campagne de vaccination à dose unique dans les départements du Sud et de la Grand‘Anse, très affectés par l’ouragan Matthew. Il s’agissait d’une opération de grande importance pour réduire la charge des cas de choléra sur les établissements de soins de santé et faire chuter le nombre de décès. Sur les 820.000 personnes ciblées, 700.000 ont été touchées, avec un taux d’efficacité très encourageant, selon les autorités sanitaires. Parallèlement, des messages de sensibilisation sont diffusés continuellement dans les médias pour inciter les gens à respecter de façon rigoureuse les principes d’hygiène en termes de prévention.

Six ans après la découverte des premiers cas de choléra, la mobilisation persiste. Mais l’insuffisance de moyens financiers ou encore l’affaiblissement des programmes de lutte, en certains endroits vulnérables, facilitent la propagation de la maladie. C’est ce qui explique d’ailleurs les cas de recrudescence.

Sont sur les radars actuellement : les départements de l’Ouest, plus précisément Martissant (banlieue sud), Corail, Canaan, Jérusalem (banlieue nord) ;  l’Artibonite, avec les communes de Saint-Marc, Saint-Michel de l’Atalaye et Gonaives; et le Nord, où plusieurs quartiers populeux présentent une situation sanitaire critique.

Pour faire face aux menaces de résurgence, et dans une perspective d’élimination totale du choléra, les équipes déployées sur le terrain ont été considérablement renforcées, passant de 30 à 88.

Objectif zéro choléra

« L’élimination du choléra c’est maintenant ou jamais », soutient le professeur Renaud Piarroux, assimilant la bataille contre cette maladie à la lutte contre un incendie. « Si l’on éteint tous les foyers, il ne se passera plus rien », rassure le spécialiste qui est impliqué dans le renforcement de la lutte contre le choléra en Haïti.

En effet, il paraît tout à fait possible d’en finir avec le choléra, mais faudrait-il encore qu’Haïti arrive à trouver au moins une vingtaine de millions de dollars pour mener des opérations capables de bloquer la transmission du vibrion cholérique, et pour prendre en charge tous les malades. Le gros de l’effort doit être consenti au niveau des infrastructures de captage, de traitement et de distribution d’eau potable à la population. Ce montant peut excéder les 100 millions de dollars sachant que le budget du plan stratégique de lutte contre le choléra tourne autour de 180 millions.

Cet objectif paraît difficile à atteindre dans la mesure où six mois après avoir réintroduit le dossier de la lutte contre le choléra à l’ONU, moins de 10% de la somme nécessaire avait été collectée. Ce qui oblige les décideurs locaux à développer des stratégies plus efficaces et plus efficientes en fonction des indicateurs clairs sur la situation des zones en question. Après l’ouragan Matthew, à Randel (Sud), par exemple, les indicateurs exigeaient de déclencher une campagne de vaccination, contrairement à d’autres communes du Grand sud touchées par Matthew où la vague de diarrhées représentait seulement 25% des cas de choléra, et donc il n’était pas opportun de procéder de la sorte, laisse entendre Renaud Piarroux avant de préciser : « Le pic épidémique a été enregistré au cours de la période allant du 15 au 20 octobre 2016, puis une baisse a été marquée et la vaccination a démarré le 8 novembre. On était très largement après la forte séquence de transmission ».

Cependant, même avec des résultats d’efficacité limités, la vaccination à dose unique conduite après l’ouragan Matthew aurait permis de limiter les risques d’une propagation de plus grande ampleur.

Une étude publiée en mai 2016 dans le New England Journal of Medicine, Intitulé « Efficacy of a single-dose, Inactivated Oral Cholera Vaccine in Bangladesh », permet de comprendre que les résultats d’une telle initiative se limitent à 40%. Une performance de 70% d’efficacité n’est possible que si l’on applique la « double-dose ». l

Cossy Roosevelt