L’église haïtienne en perte de vitesse

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Sony Lamarre Joseph
Sony Lamarre Joseph

Sony Lamarre Joseph est spécialiste en communication. Il a commencé sa carrière professionnelle en juillet 1997 alors qu’il étudiait la communication Sociale à la Faculté des Sciences Humaines (Université d’État d’Haïti). Auteur de plusieurs ouvrages à succès sur des thèmes variés: «Communiquez avec passion!», «Communication, passage obligé »,
«Notre Église et le Sous-développement », « Mes Secrets pour une vie riche et épanouie », etc. Ancien directeur de programmation de Radio Lumière, Sony Lamarre est professeur de Marketing et de Journalisme.

Dans les discours officiels des responsables de la Fédération protestante d’Haïti et d’autres dirigeants d’églises, on indique souvent que les chrétiens représentent au moins 50 % de la population haïtienne. Lorsque l’on considère ce que charrient les valeurs du protestantisme et la situation chaotique de notre pays qui fait face depuis des lustres à des crises en cascade sur les plans politique, économique, sécuritaire, il y a lieu de s’interroger sur l’efficacité des actions des gens d’Églises qui appellent toujours à prier lorsque les choses se corsent.

Si pour certains ces chiffres sont venus confirmer le progrès quantitatif des chrétiens en Haïti, pour d’autres, ils sont révélateurs de l’inertie aberrante dont nous avons fait preuve depuis plus de 200 ans. Nombreux estiment anormale et même inconcevable d’avoir autant de chrétiens dans un pays où la grande majorité de sa population croupit dans la misère et l’esclavage psychologique avec des fidèles se laissant faire par un clergé qui les maintient en otage avec un discours n’ayant pas d’objectifs réels. La situation d’Haïti ne fait pas honneur au Seigneur qui, dès la genèse de la création, avait confié aux premiers Hommes la responsabilité de gérer en bon père de famille la terre. Mal éduqués, beaucoup de fidèles des églises ne sont pas libérés. Voilà pourquoi dans leur quotidien, ils rendent les autres responsables de leur sort. Ils n’estiment pas avoir une quelconque responsabilité dans la transformation de leurs conditions de vie parce que les sermons prêchés en chaire n’en tiennent pas souvent compte. Tout compte fait, il s’agit d’un sérieux problème d’ordre éducationnel. Le terme éducation, issu du latin, signifie conduire, guider. En acceptant de s’intégrer dans une assemblée, le fidèle doit pouvoir être sensibilisé à tous les niveaux. Combien de leaders peuvent, sans peur d’être démentis, argué avoir joué ce rôle dans la vie de leurs fidèles ? Combien sont prêts à prendre le recul d’évaluer les résultats de leurs prédications et enseignements dans la vie des fidèles, de leurs familles et de leurs communautés respectives ? En Haïti, pour se faire une idée plus claire du rôle réel des chrétiens dans le développement du pays ou non, il suffit d’attendre qu’il y ait un jour de congé. Beaucoup de leaders de nos églises n’attendent que ça pour lancer des invitations à jeûner ou à prier. Jeûner pour quoi ? Prier pour quoi? Une dette qu’ils veulent éponger ; Un cas de maladie qui s’aggrave qu’un front commun ou un coude à coude fraternel permettrait d’éviter ; Pour un visa, un emploi, un mariage, un voyage à effectuer, pour un voisin persécuteur, etc. Dans ces moments de prières souvent bondés de gens matérialistes ne cherchant que des solutions à leurs problèmes personnels, on assiste à des prières en cascade empreintes de redites. Plus de 200 ans après l’arrivée du protestantisme, perdus dans leur aveuglement, ils n’arrivent toujours pas à comprendre que de nouvelles stratégies et approches méritent d’être expérimentées, car on ne peut continuer à faire les choses de la même manière et espérer de nouveaux résultats. Les gens n’assument pas leurs responsabilités que ce soit en s’impliquant comme de véritables acteurs de transformation, que ce soit en allant voter celles et ceux qui mériteraient d’être au timon des affaires, ils se plaignent sans prendre conscience des dégâts occasionnés par leur passivité, leur silence et leur inertie. Après tant d’années à stagner, l’heure est maintenant aux actions à poser pour faire éclater la gloire du créateur. Qu’elles se soient trompées dans le passé en présentant un évangile rétrograde qui zombifie les adeptes et qui s’aligne dans le sens d’une organisation sociale structurellement inégalitaire, les églises évangéliques doivent projeter une autre image promouvant la justice et le respect des droits fondamentaux de l’être humain. Le temps du réveil a sonné ! À chacun de s’y mettre par le biais d’une nouvelle vision, pour une nouvelle Haïti, pour que le sel et la lumière que nous sommes puissent agir pour le bien de tous, où que l’on soit sur la planète.