L’efficacité discrète

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Photographies par Tatiana Mora Liautaud / Challenges

Depuis son passage à la Primature, Michèle Duvivier Pierre-Louis a choisi de faire profil bas. Après un long silence, c’est dans les colonnes de Challenges qu’elle
a choisi de revenir sur son expérience politique et d’évoquer ses projets.
Par Ralph Thomassaint Joseph

Michèle Duvivier Pierre-Louis est née à Jérémie. Elle a fait ses études classiques en Haïti et s’est spécialisée dans le domaine des Sciences économiques aux Etats-Unis et en France. Depuis plus de trente ans, elle a travaillé en Haïti dans différents secteurs (finance, parapublic, ONG, cabinet présidentiel) où elle a acquis de l’expérience dans le management, l’alphabétisation, l’éducation, dans les projets culturels et de développement. En juin 2008, elle est nommée Premier ministre du gouvernement et restera en fonction jusqu’en novembre 2009. Elle a participé et continue de participer à de nombreuses conférences nationales et internationales et a publié notamment dans des revues telles que Chemins critiques, dont elle est membre du comité de rédaction, Boutures ou encore Conjonction. Elle est présidente de la Fondation Connaissance et Liberté (Fokal), une institution qu’elle a créée en 1995 et qui œuvre pour la promotion des droits dans le domaine de l’éducation, de la culture et du développement. La Fokal est membre du réseau de l’Open Society Foundations financé par George Soros. Michèle Pierre-Louis enseigne à l’Université Quisqueya sur les sociétés caribéennes et offre ses services bénévolement à plusieurs conseils d’administration. En 2015, le secrétaire général des Nations unies la nomme membre d’un « High Level Panel » pour la création d’une banque technologique et scientifique au bénéfice des pays les moins avancés. Elle est présidente du Groupe d’experts internationaux pour les pays les moins avancés dont le siège est à Londres.

L’INTERVIEW

Madame Pierre-Louis, vous ne vous êtes pas exprimée dans les médias depuis longtemps, surtout depuis votre expérience à la Primature. Pourquoi ce silence ?
« Il est vrai que j’ai été souvent sollicitée et que j’ai souvent répondu que je prenais une longue pause après mon expérience politique. Parce que la première leçon que j’en avais tirée, c’était que dans ce climat d’incivilité et de culture de dénigrement il fallait que je réfléchisse bien à mesurer mes mots. Quand on n’a rien à dire, ou quand on a trop à dire, on se tait. On ne se terre pas, on se tait. J’ai trouvé que dans le bruit médiatique qui existe un peu trop dans ce pays, je n’avais pas tellement vu ma place d’autant que j’avais pris la décision de ne pas trop m’engager dans ce qui se passait et dans ce qui se passe encore. Tout de suite après avoir laissé le gouvernement, j’ai été invitée à enseigner à l’université d’Harvard, ce qui pour moi était extrêmement prestigieux. Je me suis donc contentée de travailler sur mes cours et sur une réflexion sur cette expérience que je partageais avec mes étudiants. Et jusqu’à présent, malgré les sollicitations qui me sont adressées, je pense que je ne trouverai pas les mots justes pour dire ce qui se passe. Je préfère encore écouter, observer et lire beaucoup. »

« IL EST EXTRÊMEMENT IMPORTANT POUR LES JEUNES DE LIRE, D’APPRENDRE, D’ARGUMENTER, DE CHERCHER À CONNAÎTRE GÉOGRAPHIQUEMENT CE PAYS ET DE NE PAS CROIRE QUE C’EST L’ARGENT QUI RÉSOUT TOUT »

 

Pourquoi aviez-vous accepté en 2008, le poste de Premier ministre sous René Préval ?
« Je crois avoir beaucoup expliqué les raisons et aussi le contexte dans lequel cette invitation m’avait été faite par le président Préval qui, à l’époque, était un ami de très longue date. Le Premier ministre d’alors, Jacques Edouard Alexis, sortait d’une crise et le président Préval – qui m’avait déjà sollicitée plusieurs fois et j’avais toujours refusé – a fini par me convaincre. Avec le recul, je pense que j’ai été extrêmement naïve, alors que je ne me considère pas naïve en général. J’ai été naïve dans le sens où j’ai pensé que, avec le président, nous pouvions faire bouger certaines choses. Le momentum était favorable, les élections avaient été telles que vous savez et il y avait une intuition populaire que nous étions plutôt dans une tendance ascendante vers une meilleure prise en charge des grandes questions et des grandes problématiques de ce pays. Je m’étais donc dit que le moment était peut-être vraiment venu pour moi. J’avais créé la Fokal en 1995, j’en ai été la directrice pendant treize ans, j’avais souvent été sollicitée pour être ministre et même Première ministre, je m’étais dit que le moment était venu de tenter cette expérience. C’est une fois dans l’arène que je me suis rendu compte de ma propre naïveté. »

Comment aviez-vous vécu cette expérience ?
« Je pense que ça a été une expérience extrêmement éclairante. Je ne suis pas du tout disposée à la refaire, parce que la première leçon que j’en avais tirée était que l’on n’entre pas en politique seul. J’y suis entrée par amitié et c’est là, je pense, qu’est la naïveté. L’espace politique est un espace de pouvoir et il faut être entièrement au-dessus de l’affect et des sentiments. C’est un espace de toutes les trahisons et revirements possibles. Donc, Je pense que j’ai beaucoup appris de tout ça au cours de ces seize mois que j’ai passés au gouvernement. J’ai appris sur la gestion d’un gouvernement et comment mener des ministres et des ministères qui n’ont pas nécessairement une même vision de ce qu’il faut faire. J’ai vu comment le Parlement lui-même, à l’époque, particulièrement la chambre basse, pouvait changer graduellement d’opinion – puisque je suis entrée dans une certaine hostilité – vis-à-vis des réponses que je pouvais apporter à leurs questionnements. Et puis, j’ai appris la dépendance et la fragilité de ce pays. Mon premier choc a été d’élaborer un budget, le budget de l’Etat haïtien qui est un témoignage de cette dépendance extrême dans laquelle se trouve ce pays. C’est-à-dire que j’ai préparé une déclaration de politique générale en ne me doutant pas de la précarité financière de ce pays. Vous venez déclamer tout ce que vous auriez voulu entreprendre, sans vous rendre compte une seule fois que vous n’avez aucun moyen de faire le tiers ni même le quart de ce que vous auriez aimé pour ce pays et pour cette population en attente de tous les besoins possibles et imaginables. Je ne me sens donc pas du tout amère ou frustrée ou quoi que ce soit. Pour être tout à fait honnête, il y a un peu un sentiment d’échec. C’est vrai, j’ai été mise à la porte, comme on dit, mais en sortant la tête haute et, pour moi, c’était la chose la plus importante. »

« JE CROIS QUE LE PROBLÈME DE CE PAYS, C’EST QUE LES ÉLITES ÉCONOMIQUES SONT RENTIÈRES »

 

Vous pensez donc avoir échoué pendant votre passage à la Primature ?
« Avoir échoué, non. Je dis qu’il y a un sentiment d’échec parce qu’il y a plein de choses qui auraient été possibles. Il aurait suffi d’un peu d’accord, un peu de compromis, parce que la politique c’est déjà un espace de compromis ; pas de compromission, mais de compromis. Il y a des intérêts divergents dans la société, au sein du gouvernement. Il faut absolument qu’on puisse voir où est l’intérêt collectif dans ces conflits d’intérêts, dans ces différentes visions de pays, de la politique, de l’économie. Donc, oui, dans ce sens mais raisonnablement, puisque je n’ai pas pu rester entreprendre ce que j’aurais eu envie de faire, en prenant en compte toutes les difficultés. »

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée à la Primature ?
cha-MichellePierreLouis-TML-3123-sm« Sur le registre des relations personnelles, c’est là que j’ai peut-être souffert le plus puisque René Préval est un ancien ami. Je dis ancien parce que, depuis, nous ne nous sommes jamais revus. Cela va faire presque six ans alors que c’était plus de trente ans d’amitié. Etant donné que nous n’avons pas vidé les questions, je ne peux que me baser sur mes propres impressions. Mais tout m’a porté à penser qu’il croyait que j’étais dans un complot contre lui. Ce qui est complètement absurde. La preuve, je suis sortie de ce milieu sans avoir jamais eu de velléité d’y retourner. Je n’ai donc pas cette ambition politique qu’on m’a prêtée par moments. Là, ça a été assez douloureux. C’est un milieu de ragots. C’est un milieu où les gens qui entourent un chef de l’Etat lui racontent n’importe quoi sur son entourage, sur ses ministres, son Premier ministre. C’est malsain. Il faut avoir une certaine étoffe et une certaine formation peut-être pour naviguer et manipuler dans ce dédale, ce qui ne m’intéresse pas du tout. J’ai quand même eu du mal à croire que cette longue amitié ne pouvait pas servir de tremplin pour que, à deux au sommet de l’Etat, nous puissions – et je parle très franchement – arriver à démêler les choses et à avoir une vision commune pour le bien commun où l’intérêt général primerait sur les petites luttes stériles. Donc, cela a été assez dur. Heureusement que tout de suite après, comme je vous ai dit, j’étais à Harvard, puis à Brown et ensuite à Cornell. Je suis constamment invitée donc, quelque part, cela me montre aussi que mes capacités personnelles ont pris le dessus. J’ai gardé la tête haute, au-dessus de ça.

DATES CLÉS
1995 Création de la Fokal
2008 Obtient le titre de « Trésor national vivant » avec le chanteur Azor et l’artiste-écrivain Frankétienne
2008 Nommée Premier ministre par le président René Préval
2014 Doctora honoris causa de l’Université de San Francisco

Au-delà de tout cela, ce qui m’a le plus choquée, c’est vraiment la précarité financière du pays. J’avais 18 ministères et 6 ou 7 secrétaireries d’Etat. Et quand on élabore le budget qui est une routine où il faut prioriser, il faut hiérarchiser et il faut arbitrer. C’est comme si vous avez des demandes pour mille dollars, mais que vous n’en disposez que de cent. Et vous avez 18 secteurs qui doivent se partager ces cent dollars. Sans oublier le rôle de l’international dans cette situation où pratiquement tous les financements sont soumis à des conditionnalités de temps et que, très souvent, vous avez des difficultés à obtenir les résultats attendus parce que le temps du gouvernement n’est pas celui des bailleurs. Cet écart et cette disparité font qu’il est extrêmement difficile d’arriver même à gérer un budget. Parce que les pressions politiques sont énormes, notamment celles du Parlement. Chaque parlementaire croit qu’il est un agent de développement du lieu d’où il vient et qu’il n’est pas là pour élaborer les lois, créer le cadre juridico-politique de ce pays et contrôler le gouvernement pour voir justement comment limiter la corruption ou comment les intentions budgétaires quelle que soit cette précarité soient au moins réalisées. On a l’impression que le budget est un exercice vis-à-vis duquel même ceux qui le créent n’y croient pas trop. »

Auriez-vous donc peur de la politique ?
« Pas du tout de la politique au sens noble du terme. Je pense, au contraire, qu’il faut s’investir en politique. Ça ne veut pas dire qu’on s’investit au gouvernement et au pouvoir. La politique est un champ très vaste. Je crois que la chose extrêmement importante dans ce pays est de créer du lien social. Ce pays a trop de dichotomies culturelles, politiques et économiques et les cloisonnements sont tels que nous n’avons pas de lien social qui permettrait à n’importe quel homme ou femme de ce pays de se dire : “Nous avons un objet commun de lutte pour construire les institutions du pays, pour arriver à lutter contre l’évasion fiscale, pour arriver à poser nos conditions plutôt que ce soient les bailleurs qui les posent”. Mais cela demande du lien social, c’est-à-dire une citoyenneté engagée ; pas seulement des quelques organisations de la société civile mais, partout dans ce pays, que les personnes s’organisent – quelles que soient les diversités idéologiques – et que ce lien se crée, parce qu’il est indispensable à toute construction républicaine, démocratique. »

 

« SUR LE REGISTRE DES RELATIONS PERSONNELLES, C’EST LÀ QUE J’AI PEUT-ÊTRE SOUFFERT LE PLUS PUISQUE RENÉ PRÉVAL EST UN ANCIEN AMI. JE DIS ANCIEN PARCE QUE, DEPUIS, NOUS NE NOUS SOMMES JAMAIS REVUS »

 

Quelle est votre lecture de la classe politique et des élites en général ?
« Je n’aime pas trop ramener les choses à des idées simplistes. Je pense que c’est complexe mais que nous ne pouvons pas nier la responsabilité des élites dans ce qui arrive à ce pays et leur irresponsabilité face à ce qui se passe. Encore une fois, il est difficile, dans ce mot “élites”, de dire exactement de quoi on parle car je n’aime pas non plus les amalgames. L’élite intellectuelle de ce pays vient très souvent des élites économiques et politiques puisque ce sont elles qui ont permis à leurs progénitures de faire des études, de voyager, etc. Je crois que le problème de ce pays, c’est que les élites économiques sont rentières. Peut-être qu’elles ont leurs propres arguments pour se défendre mais il est évident que, dans une économie de rente, il est extrêmement difficile de voir les élites haïtiennes accepter la compétition ne serait-ce que dans le régime capitaliste. Accepter la compétition, donc accepter d’innover, accepter de créer des emplois qui soient dignes, accepter de prendre des risques, est incompatible avec l’économie de rente. Donc, on fait de l’argent en rentier, on accumule en rentier et on laisse le pays aller à vau-l’eau parce qu’on n’a pas le courage de prendre des risques et d’avoir un autre regard sur le peuple haïtien. C’est ce qui va expliquer aussi les déboires, les boat people… Il est vrai que la dictature y a été pour beaucoup dans cet exode mais comment voulez-vous qu’une paysannerie qui a porté sur son dos le poids de la dette, le poids de l’économie dans laquelle il n’y a jamais eu d’investissements ou si peu, arrive au bout de ses échéances comme avait dit Michel-Rolph Trouillot ? Eh bien, la seule porte de sortie, c’est partir, c’est fuir. »

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Pensez-vous que la classe politique serve de rempart à cette élite économique ?
« Je crois que l’élite économique est adossée à la classe politique. Elle la finance, elle est adossée à l’Etat haïtien qu’elle finance par différents moyens. Elle finance les campagnes électorales aujourd’hui. Sous la dictature, elle finançait la dictature. Donc, nous avons un problème monstrueux. Comme le disait Jean Dominique, la porte est infiniment étroite pour que nous nous en sortions. »

Comment voyez-vous donc l’avenir d’Haïti ?
« Je pense avoir fait mon temps et ma part. J’ai créé la Fokal dans une situation difficile. Pendant longtemps, nous avons eu un profil bas jusqu’à ce que l’on construise le centre culturel qui a donné une ouverture, une certaine crédibilité à ce nous faisons. Ethiquement et profondément, je n’ai pas le droit de désespérer et je n’ai pas le droit de ne pas croire que les choses peuvent changer même lorsque tout paraît désespérant. Et je crois dans les jeunes. C’est ma position absolue. »

Avez-vous un message particulier à adresser à la jeunesse ?
« Première chose, apprendre. Avoir un dispositif intellectuel et émotionnel qui vous dit je dois apprendre, je ne connais pas mon pays. Dans mon cours sur la politique étrangère, le premier document que je donne aux étudiants – et ça fait des années que j’enseigne – est l’acte d’indépendance d’Haïti. Je n’ai jamais rencontré un étudiant qui l’avait déjà lu. Il y a des choses extrêmement importantes à apprendre sur le pays. Ce pays est né dans la modernité, il est né dans une première mondialisation. Donc, en apprenant sur ce pays, vous apprenez sur le monde. Il est extrêmement important pour les jeunes de lire, d’apprendre, d’argumenter, de chercher à connaître géographiquement ce pays et de ne pas croire que c’est l’argent qui résout tout. L’argent est une ressource, elle est importante mais ce n’est pas la plus importante. C’est ce que je dirais à tous ces jeunes : lisez, lisez et lisez. Cela ne veut pas dire que tout ce qui est écrit dans les livres est vrai, au contraire, mais ça aiguise votre jugement critique et cela vous permet au moins de pouvoir argumenter et de réfuter un argument. »

Avez-vous des propositions pour sortir le pays de l’impasse dans laquelle il se trouve actuellement ?
« La proposition ne peut pas être individuelle. Je ne crois pas aux solutions individuelles, je crois à une réflexion collective que je ne vois pas encore. »

Vous dites que l’une des leçons que vous tirez de votre passage à la Primature est qu’on n’entre pas en politique seul. Est-ce que, depuis lors, vous travaillez à construire une équipe pour investir l’espace politique ?
« Faire un come-back ? non. Je crois que j’ai dépassé l’âge pour ça. Je pense que l’un des problèmes fondamentaux de la question politique aujourd’hui est l’absence d’alternative et l’absence de leadership. »

Et vous n’êtes pas prête à assumer ce leadership ?
« Je vous dis que j’ai passé l’âge et je ne vous le dis pas par fausse modestie. Non, je réfléchis beaucoup. Je pense qu’il y a des possibilités de construire quelque chose dans ce pays. Je ne désespère pas de voir des jeunes s’engager vraiment et collectivement, commencer à travailler sur une pensée qui puisse permettre un frayage. C’est mon ambition. »

Donc, s’il doit y avoir une alternative, ce ne sera pas avec Michèle Pierre-Louis ?
« (Rires) Je ne comprends pas la question. »

Envisagez-vous de devenir présidente de la République un jour ?
« Non. Vous savez, j’ai été agréablement surprise de voir, après cette expérience politique, que ma réputation était restée intacte. Je crois même qu’elle s’est affirmée. Vous voyez donc que je ne suis pas du tout dans la fausse modestie. Etant donné que j’ai travaillé partout dans le pays, il n’existe que de rares endroits en Haïti que je ne connais pas. Je travaille beaucoup avec les organisations paysannes et des clubs de jeunes dans tout le pays. Je suis agréablement surprise de voir le respect que je peux encore inspirer à cette population. Effectivement, je suis très sollicitée dans ce sens, mais… »

Vous ne vous considérez donc pas comme en réserve de la République ?
« Je vais vous expliquer ma réserve sur ces réponses. Je me souviens d’avoir donné une interview à un journal belge en 2007. Le journaliste me demandait si la politique m’intéressait. Je lui avais répondu que non, pas du tout. Parce que je ne crois pas que le destin des intellectuels de ce pays doive être la politique. Et j’étais très sincère à ce moment en répondant catégoriquement non. Or, quelque temps plus tard et dans une situation différente, je me suis trouvée à accepter. Répondre catégoriquement non, c’est le fond de ma pensée. Vraiment. C’est ma position, convaincue comme je l’étais au moment où j’ai répondu au journaliste belge. Et j’étais à la Primature il y a quand même huit ans, je ne peux pas ne pas considérer aujourd’hui le facteur d’âge. »

Pourquoi n’avez-vous pas participé aux dernières élections ?
« Pour les raisons que je viens de vous donner. Vraiment. »

« JE PRENDS ACTE QUE LES CHOSES SE SONT PASSÉES COMME ELLES SE SONT PASSÉES ET QUE, EFFECTIVEMENT, L’ESPACE POLITIQUE EST UN ESPACE DE GRANDE TRAHISON »

cha-MichellePierreLouis-TML-3190-smLe scandale des 197 millions de dollars du fonds d’urgence n’a-t-il pas précipité votre retraite politique ?
« Je crois que cela a été le prétexte. En laissant la Primature, j’ai demandé trois audits croisés de l’ULCC, de la Cour supérieure des Comptes et de l’Inspection fiscale. Il se trouve que seule la Cour supérieure des Comptes a fait son travail. Quand ils m’ont envoyé le document, j’ai essayé de voir si les deux autres audits avaient été réalisés. L’Inspection fiscale n’a jamais été faire l’audit. Je crois que l’ULCC a commencé et je m’y suis rendu mais je n’ai jamais vu le rapport. Et je peux comprendre pourquoi. C’est parce que, s’il y avait corruption, ce n’était certainement pas moi mais d’autres qui ne voulaient pas que ce rapport sorte. Pour ma part, j’ai été blanchie par la Cour supérieure des Comptes, ça m’a suffi. Je regrette que les autres n’aient pas fait leur travail. J’ai construit la Fokal, la chose la plus importante pour moi était l’honnêteté de notre gestion, la crédibilité du management de l’institution et la reddition des comptes. Et je crois que, sur ce point, on ne peut absolument rien nous reprocher. Tout comme on ne peut rien me reprocher sur ma conduite du gouvernement dans ce domaine-là. Pas un centime ne m’intéresse. »

Avez-vous le sentiment d’avoir été trahie par le président Préval ?
« Je prends acte que les choses se sont passées comme elles se sont passées et que, effectivement, l’espace politique est un espace de grande trahison. Et le fait aussi pour René Préval d’avoir pensé peut-être que la relation amicale était rompue me porte à croire que oui il y a eu une trahison. Mais je ne le vis pas comme ça. Je ne vais pas m’apitoyer sur ça. »

Pour finir vous avez dit que vous ne vous terriez pas mais que vous vous taisiez…
« Dans l’espace public oui mais pas dans l’espace privé. Parce que je considère que si je donne des conférences, si je rencontre des personnes, si je vois des organisations, si à la Fokal nous faisons des choses, ce sont aussi des espaces de réflexions. »

A quoi doit-on s’attendre dans les années à venir, puisque vous avez beaucoup de choses à dire ?
« Que je continue à faire mon travail. Je m’occupe de mes trois grands projets à Fokal : le parc de Martissant, les maisons Gingerbread et l’enseignement supérieur. Je suis très fière de m’être investie, d’avoir créé ces projets et de ce qu’ils deviennent malgré les difficultés. Je crois que j’ai beaucoup de choses à dire. Je continuerai à écrire, même à publier, j’y pense beaucoup. Et puis, essayer lire et de penser. Je continuerai à enseigner car j’aime être en contact avec les jeunes, écouter un peu ce qu’ils ont à dire. Ça m’intéresse. »

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