IL Y A BIEN DES CLICHÉS ÉTERNELS ou encore des images qui ne s’effacent jamais. Les camps de fortune repérés un peu partout à travers le pays suite au séisme de janvier 2010 et aux récentes opérations de rapatriement déclenchées par les autorités dominicaines déversant le long de la frontière des dizaines de milliers de compatriotes, les bras ballants, offrent des spectacles indescriptibles.

Des scènes choquantes à photographier et à propager afin d’interpeller la conscience des décideurs et celle de la collectivité en général. Au Parc Cadeau 2, à Anse-à-Pitres (extrême Sud-Est d’Haïti), Marie Arago, une photographe indépendante qui travaille actuellement sur un projet intitulé Mapping Hispaniola, a découvert le vrai visage du désespoir. Celui projeté par Madame Jean qui ne sait plus à quel saint se vouer après avoir introduit dans son enfer un petit garçon. Incapable d’allaiter son enfant, incapable de se nourrir, incapable de tout… elle tombe malade. De temps à autre, elle se redresse péniblement derrière des lambeaux de tissus formant sa misérable tente pour se regarder à travers le miroir de la vie. Mais, elle n’y voit pas plus loin que le bout de son nez, son regard étant limité par les bataclans des gens qui lui ressemblent et avec qui elle partage les mêmes préoccupations, le même drame quotidien.

Cossy Roosevelt