Le tourisme des Haïtiens de la diaspora

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Avec près de 2 millions d’Haïtiens d’origine dispersés dans le monde entier, il existe un marché touristique potentiel énorme pour les professionnels qui s’y intéressent. Rencontre avec deux voyagistes qui ne manquent pas d’idées et de volonté pour réconcilier la 
diaspora avec Haïti…

Un groupe de touristes descend du minibus devant le Karibe, sourire aux lèvres et mines ensoleillées. Ils rentrent d’une journée en excursion. Ce soir, ils vont assister à trois concerts lors du Festival de Jazz de Port-au-Prince. Demain, ils iront flâner sur le Champ de Mars et visiter le Mupanah. Leur anglais se mélange parfois au créole. Ils sont originaires de New York ou d’Atlanta. Ce sont des « diasporas », comme ces dizaines de visiteurs qui ont choisi de venir en Haïti en janvier 2018 pour découvrir ou redécouvrir leur pays.

Trouver la motivation
Mennen‘m La opère dans le secteur touristique depuis deux ans et demi. Approchée par l’équipe du PAP Jazz, Anne Sophie Hamilton, la fondatrice de cette agence, a rapidement mis sur pied un programme qui permettrait aux touristes de découvrir des coins intéressants d’Haïti, tout en jouissant des concerts programmés. De même pour Haitian Nomad, basé à New York, qui emboîte le pas immédiatement au Festival et reçoit des demandes pour des visites à travers le pays. « C’est toujours un vrai plaisir de pouvoir redécouvrir son pays avec tant d’enthousiasme… »,  nous confie Anne Sophie.

Rassurer les frileux
Si cette année le PAP Jazz a su jouer un rôle phare dans les packages de ces tour-opérateurs, c’est aussi parce qu’il donnait pour objectif d’attirer des visiteurs qui ont un profil particulier. Ces deux agences avaient taillé sur-mesure leurs offres pour ce touriste spécifique qu’est l’Haïtien vivant à l’étranger, à la fois plus enclin qu’un autre à s’intéresser à Haïti, mais vraisemblablement bien plus frileux que beaucoup d’étrangers. Aussi, le site Haitian Nomad vise tout particulièrement les voyageurs “urbains” à travers le monde.  « J’ai vite compris que beaucoup de voyageurs vivant à l’étranger n’avaient jamais visité Haïti. J’ai alors décidé d’essayer de changer tout ça et en 2016, on a emmené 45 étrangers à Port-au-Prince et Jacmel. Depuis, plus de 100 touristes sont venus ainsi en Haïti », se réjouit Richard Cantave, l’homme à l’origine de Haitian Nomad.

Comprendre le profil du touriste de la diaspora
Les Haïtiens de l’étranger se méfient toujours du climat de sécurité, mais veulent tous profiter de cette visite pour renouer avec leur histoire et leur culture. Il faut également faire en sorte qu’ils aient toujours une étape confortable et rassurante et que les activités ne soient pas trop ‘’intenses’’. « Une fois que l’on connaît bien son marché, c’est facile d’adapter les packages au groupe » raconte Anne Sophie Hamilton qui propose une véritable immersion, un voyage « natif-natal ». Ces deux experts sont passionnés par Haïti et font tout pour valoriser ses atouts. Ils déplorent toutefois le manque de soutien du ministère du Tourisme mais sans pour autant se décourager. Leur marché est en développement et leur marketing, résolument basé sur les réseaux sociaux et le web, devrait permettre de convaincre les réticents, en partageant l’expérience des récents visiteurs.

Stephanie Renauld Armand