Le nouvel album de Sarah Jane Rameau

328
PLACIDE LUCTONG/ CHALLENGES
PLACIDE LUCTONG/ CHALLENGES

Détentrice d’une maîtrise en architecture à Bordeaux, en France, Sarah Jane Rameau, âgée de 29 ans, s’est laissée happer par sa passion pour la musique. Son nouvel album qui s’intitule « Lost breed » parle de l’expérience du retour au pays natal.

Toute l’expérience architecturale de Sarah Jane Rameau se décline autour des douze morceaux que compte l’album. L’opus comporte quatre interludes ainsi que huit titres arrangés par Jimmy Rock et son équipe. Le musicien Réginald Policard y a aussi apporté sa touche. Les chansons s’enchaînent les unes aux autres. Du coup, l’écoute du disque n’est pas confiée aux caprices de l’auditeur. L’œuvre doit être entendue selon l’ordre fixé par l’artiste. Une précaution à laquelle Sarah Jane Rameau tient pour éviter, paraît-il, l’effondrement de son édifice musical eu égard à la trame narrative prédéfinie.

L’album « Lost breed » est le fruit de son expérience de retour au pays natal depuis deux ans, déclare Sarah Jane Rameau qui a vécu pendant dix ans entre Montréal et la France. L’artiste, qui est la nièce d’une ancienne ministre de l’Économie et des Finances, Marie-Carmelle Jean-Marie, ne cache pas la dimension autobiographique de l’œuvre.  Mais il s’agit, précise-t-elle, d’un moi partageant les mêmes joies, souffrances et inquiétudes de l’autre.  Ce n’est pas un « moi » distant profitant du confort de son foyer pour observer et interroger « l’autre ».  Elle fait aussi partie de cette génération perdue qui se cherche. Ainsi l’œuvre est-elle nourrie naturellement des différents problèmes auxquels est confronté son peuple. Un livret comprenant six photographies de l’artiste, dans sa quête identitaire, est inséré dans l’album. Cette expérience visuelle lui permet de comprendre l’exclusion, la marginalisation et la recherche de sa place dans la société et dans le monde. Le projet photographique a été exécuté  en collaboration avec l’ingénieur et photographe Herjo Fuertes. Ceux qui ont eu la chance de voir ces photographies comprendront que ce ne sont pas des images qui viennent au secours de la voix de la chanteuse, mais d’un mécanisme pour montrer ce que la voix voit et ce que les yeux chantent. Une belle complicité pour faire vivre l’émotion traversant cette génération perdue. À cet égard, soulignons cette photo sur laquelle on voit Sarah Jane Rameau porter une robe blanche de style « affranchi » (Création des Ateliers Jean-Marie).  Selon les explications du photographe Herjo Fuertes, elle symbolise son affranchissement aux codes sociaux.

Les problèmes sociopolitiques, l’envie irrésistible de quitter le pays et d’y retourner, la soif de mettre les choses en place et le constat douloureux que rien ne change en Haïti, voilà autant d’éléments constitutifs de l’histoire racontée dans cet album. « Nous avons le projet de changer ce pays. Ne pouvant toujours pas y arriver, la colère, la frustration et la tristesse nous envahissent », explique la chanteuse qui déclare vouloir habiter cette terre autrement. Faisant partie de la caste des jeunes expatriés, écrit la chanteuse, je reviens au pays, prête à me battre pour l’avènement d’un futur encore incertain.

Bien qu’elle soit au confluent de plusieurs styles musicaux, Sarah Jane Rameau puise essentiellement son inépuisable inspiration dans le jazz, nous dit-elle. Ce jazz, souhaite-t-elle, doit pivoter autour d’autres tendances musicales  pour aboutir, entre autres, au jazz pop ou jazz électronique… « C’est une dualité musicale recherchée pour permettre une évolution contemporaine du style musical haïtien et sa capacité à s’ouvrir au monde extérieur », écrit l’artiste dans une note introductive de l’album.

« Lost breed » qui succède à Introducing…SJ paru en 2012, est écrit principalement en anglais, avec quelques morceaux ponctués d’extraits chantés en créole et en français. Le choix d’une multiplicité de langues est, dit-elle, l’expression des diverses cultures dont est empreinte sa personnalité. C’est aussi, ajoute-t-elle, la réalité de son environnement.
Robenson D’Haïti

LOST BREED

1 Envol (intro)
2 Lessons Learned
3 Hotel Room
4 Lakou
5 Prière Quotidienne (interlude)
6 FreakShow
7 Wobo
8 Choose
9 Lost Breed (interlude)
10 Rather Leave
11 Brand New Day
12 Envol (Outro)