Le modèle des pays de la Caraïbe Orientale à suivre

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Istock/ Getty Images
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Le marché et l’économie uniques de la Caraïbe, voilà un objectif susceptible de se réaliser pour Haïti. Deux préalables toutefois : Le pays doit impérativement se mettre au niveau de ses partenaires de la CARICOM, et le gouvernement doit associer toutes les forces vives de la société au processus. L’avis d’un spécialiste.

Pour Hancy Pierre, auteur de plusieurs articles sur le sujet et titulaire de la chaire «Tiers-monde et monde caribéen» de la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti, les mouvements d’intégration se déclinent en fait en 3 phases : la coopération, l’intégration proprement dite et l’union. Il définit la coopération comme la phase lors de laquelle les pays s’arrangent, dans un espace donné, pour aider ceux d’entre eux qui ont besoin de se renforcer pour pouvoir s’intégrer. Il cite, en exemple, les cas de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce qui « accusaient un important retard de développement économique» au moment de rejoindre la Communauté européenne au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle, après des décennies de dictature. Ils ont pu bénéficier de larges soutiens afin d’atteindre le niveau des économies européennes.

Coopérer pour niveler son RNB et ses tarifs
Selon le spécialiste de la Caraïbe, un nivellement similaire s’avère indispensable dans le cas d’Haïti, seul pays à revenu faible de la région, selon le classement de la Banque mondiale, avec 760 $ de revenu national brut (RNB) par habitant en 2017, contre un revenu intermédiaire de 4 500 pour la Guyane et un revenu élevé de 29 170 dollars pour les Bahamas. Il croit aussi nécessaire une renégociation des tarifs douaniers d’Haïti pour pouvoir les niveler avec ceux pratiqués dans les autres pays de la CARICOM. Il pense qu’en la matière, le pays se montre plus royaliste que le roi. En général, soutient le professeur Pierre, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) n’encourage pas les pays les moins avancés (PMA) à ouvrir leurs marchés aussi largement que l’a fait Haïti. En effet, déplore-t-il, seulement 5 à 10 % de droits de douane sur la banane, presque zéro % sur le riz et 10 % sur le maïs, alors que, pour l’entrée de ces produits sur leurs territoires, les autres pays de la CARICOM imposent jusqu’à 40% de droits de douane, fait-il remarquer.

L’OECO : une piste à explorer
Hancy Pierre préconise, par ailleurs, qu’Haïti explore la piste OECO (Organisation des États de la Caraïbe Orientale). Dans le cadre de son processus d’intégration, estime-t-il, le pays pourrait commencer par s’aligner en tirant parti de l’expérience de ces États plus ou moins faibles, qui sont parvenus à créer leur propre forme d’intégration. Leur modèle est convoité, argumente-t-il, même par des pays n’appartenant pas à la région, tels que la Colombie et le Venezuela, qui manifestent le désir de jouir d’un statut d’observateur au sein de l’OECO.

L’intégration régionale : l’affaire de tous
Le professeur Pierre classe parmi ce qu’il appelle les « pertes et profits exceptionnels » liés à l’intégration le fait que les pays ne perdent pas leur souveraineté. Sur cette base, pense-t-il, le gouvernement ne peut à lui seul assumer la responsabilité du processus d’intégration d’Haïti au marché et à l’économie uniques de la Caraïbe. Il doit impérativement associer la population à cette démarche, comme c’est le cas dans les autres États de la région où les gouvernements consultent tout un ensemble de forums (université, société civile, hommes d’affaires, artistes…) sur la question. Il appelle aussi de ses vœux la création, dans les universités haïtiennes, de chaires spécialisées en master sur la Caraïbe. Il déplore que dans le pays, il n’y ait même pas 10 spécialistes en la matière pour une population de 12 millions d’habitants, alors que certains petits États caribéens avec une population de seulement 1 million d’habitants, voire 500 000, comptent des centaines de spécialistes de la Caraïbe.

Rodrigue Lalanne