Le grand sud a-t-il tiré les leçons de Matthew?

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Photographies par Georges H. Rouzier/ Challenges
Photographies par Georges H. Rouzier/ Challenges

La saison cyclonique a débuté le 1er juin dernier, et jusqu’au mois de novembre, le Centre national de météorologie et les entités de la Protection civile resteront sur leurs gardes. Le Grand-sud demeure la région d’Haïti la plus à risque face aux intempéries en raison de sa position géographique. Les quatre départements qui le composent ont été dévastés par l’ouragan Matthew en 2016, et doivent se préparer à faire face à d’éventuelles catastrophes naturelles cette année encore.

Deux personnes sont mortes emportées par les eaux d’une rivière en crue à Jacmel, le 5 mai 2018, moins d’un mois avant l’ouverture de la saison cyclonique. Cet incident grave, survenu dans la localité de Sable Cabaret, a été confirmé par un communiqué de presse de la Direction de la Protection Civile (DPC). « La première victime, Rose Isrsile Argela, qui éprouvait des difficultés à traverser une rivière en raison des forts courants, a obtenu l’assistance de Rousseau Jean Charles. Ce dernier, voyant la jeune dame en train de se débattre de toutes ses forces, a volé à son secours. Malheureusement pour les deux, la rivière les a emportés », témoigne le Maire de Jacmel, Macky Kessa, qui se montre inquiet de l’aggravation de la vulnérabilité du pays. De manière consécutive, pendant cinq jours, le Secrétariat Permanent de Gestion des Risques et Désastres en collaboration avec l’Unité Hydrométéorologique d’Haïti et la Direction de la Protection Civile a maintenu l’avis d’inondation et de mouvement de terrain pour les populations des zones à risque. Six départements sont particulièrement concernés : Le Sud, les Nippes, la Grande-Anse, le Nord, le Nord-Est et l’Artibonite.

La nécessité de réponses stratégiques
« Nous avons élaboré un Plan d’action pour l’information de la population, incluant les actions de sensibilisation mais aussi l’information en situation d’urgence », affirme le directeur de la DPC. Selon Jerry Chandler, la population ne pourra pas se protéger si, tout d’abord, elle n’est pas bien informée des dangers liés aux événements hydrométéorologiques et des cyclones. Pour cela dit-il, la DPC a développé une bonne collaboration avec les médias traditionnels, particulièrement les radios communautaires, très proches des ménages les plus vulnérables. L’équipe de la protection civile se dit mobilisée pour protéger et secourir la population, avec une capacité globale de 1 400 abris, pour une capacité d’accueil de plus de 250 000 personnes (chiffre qui a baissé par rapport à 2014/ 340 000), 615 gestionnaires d’abris et des ressources humaines importantes (35 000 personnes), y compris les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne.

Anticiper la montée du Choléra
« La menace potentiellement catastrophique à laquelle font face les localités durant la saison cyclonique reste le choléra qui, souvent, aggrave le bilan des victimes », informe Donald François, le coordonnateur national de la lutte contre le Choléra au MSPP. Pendant que les Nippes et le Sud-est ont été exemptés de l’épidémie, le Grand-sud a enregistré en 2016 plus de 283 cas de choléra qui ont entraîné la mort de 20 personnes sinistrées ; 117 cas dont 17 décès dans le département du Sud ; 166 cas et 3 décès dans le département de la Grande-Anse, qui ont été les deux zones les plus dévastées dans la péninsule méridionale. En attendant que le gouvernement et le MSPP fixent les mesures qui s’imposent, le docteur Jocelyne Pierre-Louis, directrice de l’environnement au MSPP, invite la population à rester vigilante et à respecter les trois règles de base qui coupent la chaîne de la contamination : Se laver les mains avec de l’eau traitée, traiter l’eau buvable et utiliser les latrines.

En raison du déboisement accéléré, il n’y a pas d’averse sans inondation.

La Caravane du changement, un élément de la chaîne
« Les travaux de nettoyage, de curage et de drainage des principaux canaux et rivières, notamment dans les départements les plus vulnérables du pays, sont déjà lancés par la Caravane du président Jovenel Moïse », fait savoir le titulaire de la DPC, affirmant de plus que « bien d’autres projets de mitigation sont menés localement avec certains partenaires ». Il insiste également sur le fait que la direction de la Protection civile travaille d’arrache-pied pour permettre au pays de faire face aux risques et dangers potentiels. « Nous faisons tout cela dans la mesure de nos moyens » a-t-il expliqué. Après le passage dévastateur de Matthew, le quatorzième système tropical de la saison Cyclonique de 2016 dans l’océan atlantique nord, avec une pression minimale de 934 HPA et 260 km/h, causant au moins 372 morts, 4 disparus et 246 blessées, le docteur Chandler estime qu’« il est important de tirer les leçons des événements passés et de créer les conditions nécessaires pour que la population puisse s’adapter aux changements climatiques responsables en partie de la multiplication des intempéries ».

Marc Evens Lebrun