Le fanal, une tradition qui éclaire lafête de Noël des enfants haïtiens

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Photographies par Stephen Eddyson Joseph/ Challenges

À chaque période de Noël, l’art traditionnel haïtien est marqué par un produit local typique: le fanal. Confectionné spécialement pour les fêtes de fin d’année, il apporte de la lumière dans les sapins et de la joie dans le cœur des enfants.

En Haïti, Noël est une fête essentielle. Tout comme pour les fêtes champêtres, nombreux sont ceux qui manifestent leur croyance durant cette période. 90 % des Haïtiens partagent une foi religieuse très forte. L’idée même de Noël et plus précisément l’avènement de Jésus tient une place prépondérante dans la culture haïtienne. Réveillons, soirée de gala, sapins, et messe de minuit sont au menu des activités pendant les fêtes de fin d’année. Mais, il y a encore un élément essentiel qui attire davantage l’attention des grands et des petits : il s’agit du fanal.

« Mi-novembre, je commence à préparer les fanaux pour les exposer. C’est comme un rendez-vous avec mes clients que je ne peux pas rater », dit le jeune Jean François, artiste de l’atelier Zafè Atis, qui expose ses œuvres au bord de la route de Bourdon. Des œuvres qui représentent soit des cathédrales, soit des bâtiments de l’administration publique ou des maisons de campagne.

Un fanal coloré fabriqué à de la Noël.

De l’art à l’architecture
« Pour réaliser le fanal, il faut d’abord le tracer sur du papier avec un crayon. Après le plan, on passe à la construction de la base, car cette lanterne féerique exige finesse et patience pour trouver sa vraie beauté », explique Jean François. De couleurs multiples, ces maisonnettes en style « Gingerbread » (maison traditionnelle) sont fabriquées en carton duplex et en papier. « Avec de l’amidon (une colle locale fait à base de manioc), du carton, des ficelles, des bougies, des mini-ampoules de Noël, du papier fin, de petits clochers ou des moteurs de jouets qui produisent des jeux de lumière et de la musique ; Un fanal peut reproduire l’architecture de n’importe quel bâtiment, parfois même celui du palais national » poursuit-il. Avec la complicité d’autres artisans de son atelier, Jean François fait croire qu’il peut fabriquer plus de 10 fanaux par jour, dépendant de la qualité, de la taille et des modèles exigés par le client.

Le fanal désigne dans son sens dénotatif « un feu ou une lanterne placé dans un endroit élevé pour servir de repère ou de signal dans la nuit ». Selon l’artiste Jean François « plus l’éclairage est attrayant, plus le fanal est apprécié par les enfants ». Un point de vue qui n’est pas différent de celui de la jardinière Etienne Fierine qui dit toujours organiser des fêtes de fin d’année pour les adolescents du kindergarten où elle enseigne. « Au mois de décembre, le kindergarten organise toujours de petites fêtes pour les enfants et on leur offre assez souvent des fanaux plutôt que des jouets venants de l’étranger. Après la remise des cadeaux, on remarque toujours une joie débordante sur le visage des enfants ».

Puisque Noël est la période la plus magique pour les enfants, les cadeaux doivent fasciner leur réalité : les décorations de la maison, les coloriages, les contes, les chants, les bandes dessinées, les sapins, les guirlandes, les boules, etc. Tout ce qui peut annoncer la venue du père Noël, ce gros monsieur en rouge et blanc muni de ses bottes noires avec une grande barbe blanche traînant derrière lui ses rennes chargés de cadeaux. Christopher Emmanuel, un jeune homme de 22 ans, a construit ses rêves professionnels à partir d’un fanal. Il dit avoir en mémoire, l’un de ses meilleurs cadeaux de Noël qui lui a été offert par sa mère pour son 7e anniversaire un 25 décembre. « Ma mère m’a offert un merveilleux cadeau pour mes 7 ans, c’était un fanal attrayant, raconte-t-il, et depuis je rêve de devenir ingénieur pour construire des maisons de la même splendeur ».

Dans la culture haïtienne, le fanal est non seulement présent dans les chants de noël, sur les sapins, accrochés aux toits des maisons, sur les plateaux de télévision… Mais, il est également considéré comme un élément constructeur qui fusionne le merveilleux et l’imaginaire, l’art et l’idyllique chez chaque enfant. En dépit de la baisse des ventes du fanal ces dernières années, il reste et demeure un élément clé de l’art traditionnel haïtien.

Marc-Evens Lebrun