Le défi de la gestion des déchets

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EN PLUS DES DANGERS qu’ils représentent, les déchets sont un frein au tourisme. Photographie par Georges H. Rouzier / Challenges

La gestion des déchets est au cœur des défis environnementaux en Haïti. Dans la zone métropolitaine, où la population avoisine les 3 millions d’habitants, la valorisation et la transformation des déchets sont des secteurs clés. Assainissement, collecte, récupération, recyclage, enfouissement, etc. sont des éléments essentiels à inscrire dans un plan directeur de gestion des déchets impliquant les collectivités.

Selon les dernières données du ministère de l’Environnement, la quantité moyenne de déchets générés à Port-au-Prince est évaluée à 6 000 m3 par jour dont seulement 30 % sont collectés. Le reste est soit incinéré, avec les risques environnementaux que cela implique, ou tout simplement abandonné dans la nature. Ce dernier geste n’est pas sans impact puisqu’à chaque pluie, il entraîne les risques d’obstruction des égouts. La quantité de déchets produits s’accumule à une vitesse alarmante qui suit le rythme de la croissance démographique dans la métropole. Cependant, les moyens pour gérer cette masse de déchets et les installations pour supporter leur collecte ne croissent malheureusement pas à la même vitesse. Avec un budget de 240 millions de gourdes alloué pour la zone métropolitaine par le Trésor public, le SMCRS (Service métropolitain de collecte des résidus solides) ne peut tout simplement pas suffire à la tâche.

La solution dans un partenariat public-privé ?
Créé en 1981, le SMCRS est sous la gouverne du ministère des Travaux publics (MTPTC). Il est chargé du ramassage des déchets déjà balayés et rassemblés par les mairies. Il procède également, de son côté, au balayage, ce qui parfois crée une confusion entre son rôle et celui des mairies. Faute de moyens financiers et des ressources humaines nécessaires au bon fonctionnement de ses opérations, ce sont seulement 30 à 35 % du total des déchets produits qu’il arrive à collecter. Les déchets collectés sont ensuite brûlés sur le seul site d’enfouissement de la région métropolitaine qui est situé à Truitier dans la commune de Cité-Soleil. Le taux actuel d’enfouissement est estimé à 200 à 300 tonnes par jour, selon le SMCRS.

Pour Clifford Baron, PDG de Sanco SA, la solution réside dans un partenariat plus soutenu entre le secteur privé et l’État. Selon lui, le SMCRS serait trop politisé et n’aurait pas les moyens de ses ambitions : « Il y a la problématique du manque de fonds, de la mauvaise coordination entre les instances gouvernementales, des camions sans essence, des employés non payés qui refusent de se rendre au travail, trop d’éléments qui nuisent à la performance et à l’efficacité de cette institution. » Une collaboration plus étroite entre le privé et le public pourrait venir combler les vides selon lui. Un PPP (partenariat public-privé) dans le cadre d’une politique gouvernementale de gestions des résidus est donc une piste pour augmenter la capacité de gestion. Des sociétés privées comme Sanco, Jedco ou Boucard Pest Control offrent leurs services aux entreprises, institutions et les particuliers qui ont les moyens de se les offrir. Ce qui est loin de représenter la majorité de la population qui doit être desservie. Malgré tout, ces sociétés utilisent pour la plupart les sites de décharge du SMRCS. Aucune loi ne régularise les activités des entreprises privées dans le domaine de la collecte des déchets.

Responsabilité citoyenne et recyclage
L’exemple du programme de précollecte de la Fokal démontre également que l’emphase doit également mis sur les collectivités pour les responsabiliser face aux défis qu’occasionne une mauvaise gestion des déchets. Le comportement des citoyens est également responsable de l’aggravation de la situation. Depuis 2010, l’association appuie un programme qui sensibilise les résidents dans la zone de Martissant à adopter un comportement responsable vis-à-vis des déchets qu’ils produisent. Un effort de valorisation des déchets recyclables est mené par un groupe élite et un site d’accumulation est géré par la communauté.

Dans une perspective plus globale, le recyclage permettrait également de gérer davantage les déchets dans la zone métropolitaine. Cinq grandes entreprises se partagent le marché de l’exportation des déchets recyclables : Haïti Recycling, Environnemental Cleaning Solutions, Sustainable Recycling Solutions, E Recycling et Tropical Recycling. Non seulement ces entreprises font du recyclage un business mais elles permettent de créer des emplois pour une population largement dans le besoin. Un collecteur de matières recyclables perçoit de 500 à 1 000 gourdes par jour. Sensibiliser sur l’importance du recyclage en l’associant à une possibilité d’amélioration des conditions de vie pourrait participer à créer un changement dans les comportements.

Bien que 75 % des déchets soient organiques, le compostage est peu répandu au pays. Plusieurs projets pilotes ont été abandonnés. Cette technique serait cependant profitable pour les agriculteurs qui pourraient utiliser les résidus comme engrais et ainsi diminuer considérablement la masse de déchets qui se retrouve dans les rues de Port-au-Prince.

LE SMCRS ne collecte que 30 à 35 % des déchets de la zone métropolitaine. Photographie par Roxane Ledan / Challenges
LE SMCRS ne collecte que 30 à 35 % des déchets de la zone métropolitaine. Photographie par Roxane Ledan / Challenges

Carla Beauvais


L’exemple du Mali : d’une pierre deux coups !

Déchets et déforestation : et s’il était possible de régler ces deux problèmes à la fois ? Ces deux enjeux sont prioritaires en Haïti et les instances gouvernementales ne semblent pas savoir où donner de la tête pour les résoudre. L’exemple d’une association malienne est peut-être à suivre. L’association Yasagu a créé des centres de valorisation de déchets biodégradables pour transformer les déchets solides biodégradables en bûchettes. Ce charbon vert est réalisé avec les résidus urbains biodégradables collectés en ville. Le projet de Yasagu est un début de solution aux problèmes d’assainissement, la création de ces centres a permis de gérer et valoriser environ 50 % des déchets générés dans les villes. Ce charbon vert se présente sous forme de briquettes ou de boules de la taille de morceaux de charbon de bois traditionnel et pourrait servir dans la plupart des fours utilisés dans les pays en développement. En théorie, c’est donc un produit similaire au charbon de bois tant par son aspect que par son utilisation qui permet d’éviter la coupe des arbres. Les utilisateurs sont moins dépaysés et leurs habitudes de consommation semblent moins bouleversées à leurs yeux. La biomasse, l’énergie produite à partir de déchets, pourrait devenir une alternative intéressante pour Haïti dans le contexte de la crise de la gestion des déchets. Un programme axé sur les communautés dans ce sens pourrait, à l’exemple du Mali, poser les premières pierres d’une nouvelle gestion de nos ressources.