Le Centre d’Art renaît de ses cendres

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Tatiana Mora Liautaud / Challenges

Six ans après le séisme de janvier 2010, le Centre d’Art, considéré comme le berceau de l’art haïtien, a organisé les 3 et 4 février sa toute première exposition autour du thème Lumière des ombres.

Plusieurs dizaines d’artistes, photographes, journalistes, opérateurs culturels, personnalités du monde diplomatique et des affaires, sans oublier les simples curieux ou passionnés d’art, ont investi le 3 février dernier, le Centre d’Art, ruelle Roy à Port-au-Prince, pour assister à une exposition d’échantillons d’œuvres des pionniers de la sculpture que sont Georges Liautaud, Murat Brierre, Joseph Louis-Juste, Damien Paul, Lionel St-Eloi, Gabriel Bien-Aimé et Serge Jolimeau.

Tatiana Mora Liautaud / Challenges
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PETER MULREAN, ambassadeur des Etats-Unis, a pu apprécier les trésors du Centre d’Art.

Un défi de taille
« Notre objectif est de donner à voir un patrimoine méconnu, de susciter de la curiosité et de procurer du plaisir au public qu’il soit novice ou érudit. Le Centre peut maintenant appréhender de manière très concrète les nouveaux enjeux en termes de formation et d’encadrement artistique et renouer avec sa mission d’origine, a rappelé Louise Perrichon, la directrice exécutive. Faire renaître le Centre d’Art est une lourde responsabilité dans la mesure où il doit former, encadrer, promouvoir les artistes, tout en préservant, documentant et valorisant le patrimoine, afin de redevenir une référence sur la scène artistique internationale. Le Centre d’Art doit innover tout en restant fidèle à lui-même. Chaque jour, le traitement de ses archives nous rappelle le potentiel inouï de l’art haïtien, le rayonnement international, le rôle économique, social et culturel de ces œuvres d’art. Le défi est de taille. »

Le séisme du 12 janvier 2010 a laissé un Centre d’Art meurtri : un bâtiment détruit, des milliers d’œuvres affectés à restaurer, une administration à revoir et l’Art en hibernation. Quelques mois après, la directrice du Centre, Francine Murat est décédée. Pendant les quatre années qui ont suivi la catastrophe, le Centre était encore sous les décombres. En novembre 2014, il a rouvert ses portes, à l’occasion symbolique de son 70e anniversaire et en présence d’Antonio Joseph, son premier artiste et membre fondateur. Six ans après le séisme, le Centre d’Art, c’est une magnifique cour, un beau jardin, des cours de dessins et de peinture, une collection riche et variée composée de papiers, de photos, de tableaux et de sculptures, des structures légères et aérées etc.

Des sculptures en métal de la collection permanente
L’exposition des 3 et 4 février était l’occasion de découvrir des sculptures en métal de la collection permanente du Centre. Georges Liautaud, père fondateur de la sculpture sur métal en Haïti, y décrypte la vie à la campagne, des animaux comme le chat, le cerf, sculpte un village, une cérémonie, la sirène et la croix. Le Cavalier étourdi était l’une des œuvres de Lionel St-Eloi exposées. Gabriel Bien-Aimé charmait les yeux avec son Adam et Eve chassés du paradis, la sainte famille et son Hibou. Sensualité et Cheval de mer de Serge Jolimeau se jouaient de la lumière. Murat Brierre était présent avec la Femme au paon, Nourrice et la Femme feuille ainsi que Joseph Louisjuste avec le Diable et le cabri. Plusieurs œuvres de Damien Paul étaient également au programme : le Centaure, l’appel, la discussion et le pèlerin.

Tatiana Mora Liautaud / Challenges
Tatiana Mora Liautaud / Challenges

DE GAUCHE À DROITE : Louise Perrichon, coordinatrice du Centre d’Art, Axelle Liautaud, présidente, et Pascale Monnin, directrice artistique.

La résurrection du Centre
« Pour moi, pour les exposants et pour le pays, cette exposition est une preuve de résurrection. Cela montre que le Centre d’Art existe encore », a confié Lionel St-Eloi qui considère les femmes qui assurent la gestion de l’institution comme « les magiciennes de la résurrection ». Pour lui, l’art ne s’est pas effondré, mais prend une nouvelle dimension tout en reconnaissant qu’il y a beaucoup d’efforts à faire. « Le pays devient trop petit pour son art. Malgré tout, très peu de gens savent s’en servir. » Manque de musées, incidence négative de l’instabilité politique sur le développement artistique, émergence de nombreux artistes, tel est le constat dressé par l’artiste.

Tatiana Mora Liautaud / Challenges
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Fondé en 1944, par Dewitt Peters, le Centre d’Art est le premier centre de création et de promotion de la peinture en Haïti. Il a contribué à l’essor de l’art du pays au niveau international. Des séances de formations, des vernissages, des expositions se tenaient régulièrement au Centre qui repérait également de talentueux artistes. Avec cette exposition mettant en lumière dans cette légendaire cour 25 chefs-d’œuvre, le Centre d’Art, comme pilier de la culture du pays, participe de nouveau au rayonnement de celui-ci. Cet espace emblématique, plateforme artistique, sociale et économique, semble renaître de ses cendres et renoue avec son rôle moteur dans le domaine des arts visuels en Haïti et à l’étranger.

Milo Milfort