Le carnaval de Jacmel… autrement

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Photographies par Tatiana Mora Liautaud/ Challenges
Photographies par Tatiana Mora Liautaud/ Challenges

Jacmel s’offre un autre carnaval, si original et unique, qu’il faut y aller à la découverte de son incroyable créativité.  Le premier week-end de février de chaque année partez pour une excursion très familiale, hors des sentiers battus.

Qu’est ce qui fait la personnalité du Carnaval de Jacmel ? Sa taille ? Son ambiance ? Ses bandes à pieds ? Oui pour tout cela, et bien plus encore. Jacmel a su maintenir et même stimuler une tradition unique : celle des bandes à pieds de quartiers, maquillées, costumées et accessoirisées. Celle des masques et créatures de papier mâché, d’objets recyclés et de chair et d’os. Celle de l’esprit du carnaval originel : un moment hors du temps et des conventions, où tous se mêlent, bon enfant et incognito dans la liesse citoyenne. La personnalité si artistique de la ville a réussi à préserver cet esprit du carnaval, tout autant que ses manifestations populaires.

 

La complicité d’une ville entière

Animaux fantastiques, créatures effrayantes, personnages historiques et traditionnels, caricatures politiques ou symboles dans l’air du temps, objets et scènes de la vie courante, matérialisation d’une idée, d’un rêve ou d’un cauchemar, la créativité des jacméliens n’a littéralement pas de limites. Le meilleur du carnaval de Jacmel reste ses préparatifs. La complicité d’une ville entière, sa fierté et sa culture s’expriment sans entraves dans cette parenthèse. Que ce soit à travers l’art, la parole ou les gestes. Il y a également l’émulation, quartier contre quartier, pour concevoir et réaliser la plus belle parade. Se transformer en devenant tout blanc, badigeonné comme un zombie errant… En devenant tout noir et en repoussant les passants par son aspect huileux et son odeur de moteur. Se prendre pour le diable en claquant des ailes du Zèl maturin, rugir de plaisir en terrorisant les enfants, apeurés mais hilares d’avoir le grand frisson… pour rire !

Mieux qu’un tour chez Disney !
Emmenez les enfants pour partager avec eux ce que fut le carnaval en Haïti et ce qu’il en reste ici à Jacmel. Leur montrer aussi ce qu’est le monde à travers l’art et l’artisanat ambulant et bien vivant. Leur ouvrir les yeux en les promenant dans un conte de fées, mais aussi dans un moment où l’union fait la fête, la joie créative devient le plus beau masque. Le plaisir et la fierté d’être la plus belle bande à pied, le quartier le plus créatif, la plus belle ville d’Haïti, peut être partagé par tous, habitants comme visiteurs. L’ambiance de la veille est frénétique, on déambule d’une rue à l’autre le samedi, car la ville est en pleine effervescence et trouve l’occasion de mille rendez-vous et petits événements. C’est déjà la fête, pour tout le monde, rue piétonne (comme la rue du Commerce) ou pas. Les mosaïques du bord de mer, des façades de certaines rues, des marches d’escalier, donnent le ton toute l’année de ce qui va se passer le dimanche du carnaval : un festival de couleur.

Dimanche matin,le meilleur moment.

Le carnaval de Jacmel est réputé pour ses masques en papier mâché.
Le carnaval de Jacmel est réputé pour ses masques en papier mâché.

Dès le lever du soleil, chaque quartier prépare sa parade. Aux carrefours, masques et personnages grandeur nature, objets roulants non identifiés et créations animalières géantes restent immobiles. Dans cette exposition de rue, les œuvres sont présentées comme une ménagerie de papier mâché, à travers laquelle la foule encore clairsemée peut déambuler, nez à nez avec la sirène, le tigre, le monstre… et rencontrer les artisans qui les ont engendrés. La musique n’est pas encore en furie. C’est le spectacle vivant qui fait son cinéma, juste au son des voix, des chants et des percussions. Alors que les bandes s’ébranlent pour rejoindre le cortège du carnaval officiel qui ouvrira les festivités vers 3 ou 4 heures de l’après-midi, les visiteurs sont au cœur de l’action, eux-mêmes acteurs… À la mi-journée, Jacmel est encore à vous, facile à parcourir avec des enfants, dans l’excitation des préparatifs, mais avant la tempête de décibels et l’ivresse de la foule. Seuls comptent les efforts des habitants et la tension de tous vers la réalisation et le succès de ce carnaval original et unique. On en profite et on s’éclipse vers 14 heures, à pied, pour retrouver le chemin de la capitale sans encombre. Les fêtards de Port-au-Prince arrivent en sens inverse, à toute allure, pour ne rien rater de leur carnaval.

Vous partez un peu étourdis, heureux de savoir que « votre carnaval », celui de vos souvenirs ou de vos fantasmes, reste bien vivant. Ravis d’avoir pu partager avec Jacmel ce moment exceptionnel de l’année, ce rassemblement où la danse, les chants, la créativité et la légèreté sont à la fête, pour égayer les cœurs et oublier tout pour quelques heures…

Stéphanie Renauld Armand

Hunter Kitrell

EN FAMILLE DANS LA MAISON DES SURFEURS (PHOTO)
C’est lors du Carnaval 2014 que Joan et Chris, deux surfeurs français qui s’étaient construit une petite maison à Tessère dans les hauteurs de Kabic pour y venir le week-end, ont commencé à faire grandir l’idée de la « guesthouse ». Totalement intégrée dans la philosophie de leur projet (contribuer au développement de la zone au béné ce de la zone) la Guest House a été construite à partir de techniques locales utilisant des matériaux et savoir-faire locaux. Résultat, une maison en bois très confortable et des chambres d’hôtes et bungalow simples mais avec eau, électricité (solaire) et moustiquaire, et même un bassin alimenté par l’eau de la rivière. L’endroit idéal où se loger avec des enfants et des adolescents qui pourront même s’initier au surf avant d’aller s’amuser au carnaval. Haïti surf Guesthouse, réservations sur Airbnb ou sur Facebook haiti surfguesthouse, par e mail haiti.surf.guesthouse et par téléphone : +509 3170 2015.