Le café Sélecto au cœur du terroir haïtien

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D.R.

En près de 120 ans, le café Sélecto a su prendre sa place dans les tasses du monde entier. Aujourd’hui, l’entreprise créée par Geo Wiener et Ben Blanchet mise sur le social pour la sauvegarde de la filière café.

En 1898, Geo Wiener et son cousin Ben Blanchet se sont lancés dans le commerce du cacao et du café sur le marché international. Ils ont été parmi les premiers à fixer le prix du café à la bourse de New-York à l’époque. Près de 120 ans plus tard, une poignée de cousins tiennent toujours les rênes de la Geo Wiener SA, une entreprise familiale qui détient un contrat de vente avec Walmart et exporte ses produits transformés aux standards internationaux aux États-Unis, en Hollande, en France, en Italie mais aussi au Japon.

Une gestion familiale
Douglas Wiener, directeur marketing du Développement des affaires, connaît tous les dessous de l’aventure Sélecto. Des balbutiements à Dame-Marie, au sens aiguisé des affaires de son arrière-grand-père, en passant par les centres de transformation à Beaumont, les halles de Jérémie et des Cayes, les succursales de Petit-Goâve et Port-au-Prince, rien ne lui échappe ! Les années fastes de la production, le marché florissant de l’exportation du café dans les années 40 et 50 et le constat de son ralentissement à l’arrivée de Duvalier par crainte de l’installation d’un régime communiste, il conserve l’héritage historique de l’entreprise précieusement. La succession managériale familiale est une tradition qui explique sans doute la longévité du café Sélecto.

Café Sélecto, ce sont 300 personnes qui travaillent quotidiennement à Port-au-Prince. À Dame-Marie, une cinquantaine d’employés s’activent pour récolter la matière première. En plus du café, Sélecto s’est également tourné vers la culture du cacao pour le transformer en chocolat.

Douglas Wiener a vécu en Haïti avant de s’envoler pour les États-Unis pour parfaire ses connaissances en étudiant la gestion à l’université de Boston. De retour au pays, le désir de s’impliquer dans l’entreprise familiale est venu naturellement. Avec cette nouvelle génération d’entrepreneurs ayant une vision ouverte sur le monde et les tendances, le café Sélecto se positionne comme leader aux côtés de Rebo sur le marché haïtien. Une vision claire de l’avenir est tracée pour eux qui rêvent d’inaugurer plus de coffee-shops au pays. Optimiste de nature, Douglas ne peut passer sous silence les conséquences néfastes de la rouille sur le business : « Cette maladie, qui a affecté toute l’Amérique latine, a détruit une bonne partie des caféiers. Ici, nous n’avons pas eu trop d’investissements pour nous permettre d’affronter le fléau et de gérer nos problèmes d’approvisionnement. Tous les autres pays ont pu refaire leurs plantations de café, ce qui n’est pas le cas pour nous. »

Régulièrement, Challenges présente, dans le cadre de la campagne de sensibilisation Konsome Lokal, une entreprise qui fait du « Made In Haiti »
une priorité.

www.konsomelokal.com


Rebondir sur le problème de la rouille
Cet épisode a poussé Douglas à être encore plus déterminé que jamais afin de mettre sur pied une structure qui permettra de faire face aux imprévus de manière concertée et solidaire. L’épisode de la rouille a permis de rallier les forces vives. « Avec l’effort des paysans, le café en très haute altitude est resté tel quel, explique-t-il. Nous avons donc instauré un volet d’encouragement à la plantation. Nous voulons pousser la notion de gentlemen farmer. Nous contactons les coopératives de Thiotte et de Beaumont. Ensemble, nous cultivons des pépinières et nous assurons une formation constante aux planteurs. Nous voulons aussi les connecter avec des investisseurs (propriétaires terriens) que nous encourageons à se lancer dans la filière café en mettant leurs terres à disposition des agriculteurs. »

L’entreprise a engagé un programme de responsabilité sociale qui est axé sur les paysans ayant perdu 80 % de leurs récoltes et des revenus essentiels à leur survie et à celle de leurs enfants. « Nous sommes en train de mettre sur pied un programme qui permettra à des grands planteurs fortunés d’être connectés avec des coopératives de paysans », annonce Douglas Wiener pour qui l’avenir du café en Haïti réside dans la capacité de créer des structures solidaires et durables. Un modèle qui a fait ses preuves sous d’autres cieux et qui permettra sans aucun doute au café Sélecto, lui aussi, de faire sa part pour la sauvegarde de la filière café en Haïti.

Carla Beauvais