Alors que le prix du pétrole se dévalue, celui du cacao s’apprécie. Cela pousse certains pays d’Afrique et d’Amérique à investir à fond afin de maximiser les profits. Haïti, qui fut jadis l’un des grands exportateurs de la Caraïbe, peut encore tirer son épingle du jeu. 

Les enjeux sont de taille avec une production mondiale de cacao qui était évaluée en 2015 à environ 12 milliards  de dollars américains, selon le Groupe de la Banque Africaine de Développement. Il importe donc de tout mettre en place pour favoriser l’exportation d’un cacao répondant aux critères établis. À commencer par l’identification de la région présentant les caractéristiques nécessaires à la production et la création d’une organisation dédiée exclusivement à cette filière. Le Sud est le département tout indiqué et Ayitika semble être le modèle d’entreprise appropriée pour avoir été créée en 2013 par un agronome bien au fait des difficultés de ce secteur. Il a jugé important d’impliquer de jeunes techniciens agricoles, des paysans et des représentants de coopérative.

Le projet pilote démarre sur quelques dizaines d’hectares à La Biche, une localité située entre Campérin, Torbeck et Saint-Louis du Sud. Mais d’ici 2017, plus de 300 hectares seront plantés en cacao et les montants d’investissement franchiront la barre des 15 millions de dollars, concède Jean Chesnel Jean, directeur exécutif de Ayitika. Des enveloppes qui proviendront notamment du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et de l’Agence française de développement (AFD), dans le cadre de leur appui aux producteurs agricoles haïtiens, et à la réhabilitation de l’environnement. Il faut citer également la Fokal (la fondation Connaissance et Liberté), qui subventionne de petites plantations (10 hectares) à travers l’organisation dirigée par Jean Chesnel Jean, afin d’encourager de jeunes agriculteurs à se lancer dans la production de cacao. Ce qui permet par la même de contribuer au renforcement de la couverture végétale d’Haïti, actuellement estimée à 10%.

Activités en cours
Pour l’heure, le projet tourne autour de trois activités principales: la formation des agriculteurs, la préparation de plusieurs variétés de cacao et des plantes qui vont servir d’abris provisoires ou permanents, et l’expérimentation des jardins qui vont accueillir les cacaoyers. Avec l’aide d’un expert cubain, l’agronome Jean inculque aux jeunes agriculteurs les meilleures techniques de sélection et de greffage. La protection des pépinières jusqu’à l’âge adulte s’avère tout aussi importante, de manière à avoir des plantes en bonne santé.  Pour Ayitika, c’est une étape cruciale qui permet d’avoir de bonnes récoltes. Il s’agit de cabosses qui pèsent au moins 400 grammes et mesurent 15 à 20 centimètres de long, dont les graines sont caractérisées par leur potentiel aromatique. Outre la Côte d’Ivoire, qui génère 1.300.000 tonnes chaque année, soit 40% de la production mondiale de cacao, des pays d’Afrique de l’Ouest, d’Amérique centrale et latine se battent pour occuper les autres parts de marché. La Caraïbe, avec sa faible production, ne peut compter que sur la qualité pour pouvoir tirer son épingle du jeu. En ce sens, Ayitika privilégie le criollo (variété rare et très recherchée)  et le trinitario, une variété très prisée résultant du croisement entre le criollo et le forastero. Sur son site de culture des pépinières, on trouve d’un côté les espèces en observation et de l’autre celles greffées qui domineront les plantations de cacao dans les communes ciblées. Et si tout se déroule comme prévu, le Sud pourrait devenir la principale zone de cacao d’Haïti avec une production d’au moins 100 tonnes à partir de 2025. En 2015, Haïti a pu exporter seulement 125 tonnes, une infime quantité par rapport au rendement des autres états de la région qui fournissent 20 fois plus. Il sera difficile de placer l’Île sur la liste des producteurs de cacao dans le monde.

 PÉPINIÈRE de plantules de cacao greffées. Cossy Roosevelt / Challenges
PÉPINIÈRE de plantules de cacao greffées. Cossy Roosevelt / Challenges

Des plantations à la fermentation
La non-fermentation des fèves de cacao produites en Haïti a toujours été le point faible de notre filière.  L’ayant compris, Ayitika a conçu son propre système qui va permettre de le réaliser, tout en conservant le potentiel aromatique de chaque graine. Non loin de son champ des pépinières, on découvre de grandes caisses en bois où les graines transitent jusqu’à ce qu’elles soient totalement fermentées et prêtes pour l’exportation. Un processus qui dure de six à sept jours, suivant les variétés, explique l’agronome Jean Chesnel Jean. Le nombre de ces dispositifs pourra être augmenté en fonction de la progression de la production cacaoyère. Actuellement, notre capacité est d’environ 300 kg à l’hectare alors que certains pays voisins atteignent 3000 pour la même portion de terre dans les mêmes conditions agroécologiques, regrette le ministère haïtien de l’agriculture. Le patron de Ayitika est d’avis qu’il faut améliorer les techniques des paysans pour avoir un meilleur rendement sur les surfaces cultivables dédiées au cacao. Aujourd’hui en Haïti, les espaces cultivables totalisent seulement 750.000 hectares. Cependant 1.500.000 hectares sont en activité toute l’année, ce qui contribue davantage à la dégradation de l’environnement.

Cossy Roosevelt