Labadie : L’incontournable escale Haïtienne

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Devinette: quelle est la plage la plus fréquentée par les touristes en Haïti ? Réponse: Labadie, dont le sable blanc a été foulé par 640000 croisiéristes l’année dernière… Une fréquentation qui dépasse de loin toutes les autres statistiques touristiques d’Haïti. Une activité qui rapporte plus que des dollars à notre pays.
Par Stéphanie Renauld Armand

Dans un article récemment paru aux États-Unis dans le Baltimore Sun, un croisiériste racontait son expérience: « C’était le paradis, c’était Haïti! » et s’attardait également sur l’impact que produisait une telle activité sur la région. Une question légitime et courante, parce qu’il nous faut toujours garder en tête que le visiteur, riche, chanceux et en vacances, se pose la question d’être dans un pays parmi les plus pauvres du monde, tandis que lui jouit de tout ce qui fait le confort, voire le luxe… Nous lui avons emboîté le pas, pour mesurer les apports que ce type d’activité peut représenter.

A environ 20 km à l’ouest du Cap-Haïtien, l’escale privée baptisée « Labadee », s’étend sur une superficie de 80 carreaux, loués depuis 1985 à l’Etat haïtien. Elle est située sur la Pointe Labadie dans la section communale de la Bande du Nord. C’est dans cet écrin que Royal Caribbean a installé un joyau, qui s’est bonifié avec les années et est considéré par les visiteurs comme l’une des plus belles plages de la Caraïbe. En trente ans, Royal Caribbean International a investi plus de 100 millions de dollars dans cette escale privée rebaptisée « Labadee » (pour une prononciation correcte en anglais). Cette destination est devenue l’une des favorites des croisiéristes. Et s’il est vrai qu’autrefois, seul le nom Labadee désignait cette escale (qui aurait pu être n’importe où), il est aujourd’hui bien mentionné sur tous les supports promotionnels de la compagnie que c’est en Haïti. On ne cache plus Haïti. Et peut-être même que cela deviendra un élément attractif pour le croisiériste. Pour l’instant, Labadee fait du bien à Haïti, en termes d’images, mais pas seulement… En décembre 2009, un superbe quai de 800 pieds de long, construit dans le cadre d’un partenariat public/privé avec l’Etat haïtien a accueilli l’Oasis Of The Seas, alors le plus gros paquebot du monde, et ses 6300 passagers.
Grâce à ce quai pouvant recevoir en même temps deux navires de gros tonnage, Haïti offre l’une des cinq escales de la Caraïbe pouvant accueillir ce type de paquebots, avec Cozumel, St Marteen, Ocho Rios et Montego Bay. Depuis 2009, le nombre d’escales annuelles a augmenté graduellement pour atteindre 166 navires en 2015. Cette fréquentation et ces tonnages génèrent une grande activité à l’escale, donc plus de revenus et d’emplois pour des centaines d’habitants de la région. Avec parfois 8000 croisiéristes qui débarquent, il a fallu augmenter de plus de 50 % la capacité d’accueil des restaurants et des sanitaires, et de 70 % celle des bars. Les transports ont aussi doublé et les points de sécurité ont été multipliés par quatre. Une vingtaine d’activités sont désormais offertes sur le domaine (tyrolienne, sports nautiques, parachutisme ascensionnel, montagnes russes…) ainsi que des cabanons privés. Et même si l’approvisionnement des restaurants et bars provient du bateau, la tenue de l’escale est locale.


L’AVIS DE Maryse Pénette Kedar

Maryse-Penette-Kedar
« Le tourisme de croisière pourrait représenter un levier important pour d’autres régions »

Royal Caribbean investit en Haïti depuis des années et a maintenu son activité presque sans interruption, malgré les moments parfois difficiles qu’a connus le pays. Depuis 2009, être capable de recevoir plus de visiteurs a donné une nouvelle dimension à l’escale de Labadee. Je reste persuadée que le tourisme est un secteur important appelé à jouer un rôle majeur dans le développement d’Haïti. Le tourisme de croisière sur le modèle de Labadie pourrait représenter un levier important pour d’autres régions du pays en attendant que le développement des infrastructures touristiques permette une plus grande affluence. Le tourisme est un secteur très intégré, avec de nombreux acteurs et qui requiert des investissements majeurs pour que le pays entier en bénéficie. » 


Des opportunités uniques ici et… à bord

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Photografies par DANIEL KEDAR

 Aujourd’hui, plus de 200 personnes sont employées à temps plein. Ces emplois directs, auxquels s’ajoutent d’autres opportunités les jours d’escale, ont un impact économique sur près de 700 personnes localement. Le marché artisanal permet ainsi à plus de 200 vendeurs et artisans locaux de présenter leurs produits aux croisié- ristes. Un flux de visiteurs et d’acheteurs potentiels que leur envierait certainement le Marché en Fer de Port-au-Prince ! Les jours d’escales, troubadours, danseurs, artisans, tresseuses de cheveux, mais aussi gardiens, personnel chargé de la sécurité, de l’entretien et du service sur la plage et à bord, travaillent sur le site. Ils proviennent de tous des villages de la Bande du Nord et du Cap-Haïtien. Sans l’escale de Labadie, cette région ne connaîtrait assurément pas une telle activité liée au tourisme, car bien que la route du Cap à Labadie s’amé- liore, aucun hôtel ne fournirait assez de travail pour autant de personnel. Par ailleurs, de plus en plus de jeunes Haïtiens ont l’opportunité de trouver un emploi sur les bateaux. Depuis 2008, 200 salariés ont été recrutés à partir d’Haïti pour Royal Caribbean Cruise Line. Pour citer de nouveau l’article du Baltimore Sun, « Labadee ne génère pas que des emplois et des revenus pour ceux qui sont de l’autre côté de la clôture. L’éthique professionnelle, la discipline et la compréhension de la culture américaine qu’ont ces employés sont inestimables et un réel potentiel pour le développement. »
Comme le rappelle Maryse Pénette Kedar, présidente du conseil de la Solano (Société Labadie Nord) qui gère l’escale, « les croisiéristes, comme sur les autres îles, où ils débarquent, sont curieux d’aller plus loin dans leur découverte. Et ils représentent une source de revenus exponentielle… L’Etat haï- tien et la région travaillent à rendre les sites accessibles en achevant une route plus directe depuis un débarcadère construit à l’Acul du Nord, ce qui donnera une véritable porte d’entrée sur Haïti. Les partenaires touristiques et le secteur privé devront aussi jouer leur partition pour offrir des prestations et des visites. La demande ne manque pas: les touristes rêvent de visiter la ville du Cap et l’impressionnante Citadelle Laferrière, unique fortification de cette nature dans les Caraïbes et pour laquelle de gros investissements viennent d’être réalisés par le ministère du Tourisme.
Au-delà de l’image touristique internationale que représente une escale en Haïti dans le catalogue de l’une des plus grosses compagnies de croisière au monde, et en dehors des bénéfices qu’en tire la communauté qui jouxte l’escale, c’est toute la région qui pourrait profiter de l’impact de Labadee.LincontournableEscaleHaitienne3

DES CABANONS PRIVÉS sont proposés aux touristes

A qui profite l’ escale?

Au quotidien, sur le terrain, plusieurs institutions sont impliquées dans l’activité de l’escale: les Douanes, la police, l’immigration, l’Autorité portuaire nationale (APN). La compagnie acquitte une taxe d’entrée de 10,5 USD pour chaque passager qui descend à quai, dont une partie permet de rembourser la construction dudit quai. Bien qu’en circuit fermé, l’escale de Labadie fait vivre toute une communauté. Beaucoup d’employés sont issus des villages avoisinants de Champ de Mars, Mando, Rita-Rita, FortBourgeois, Cormier, Labadie, Port-Français, etc. Les retombées sont économiques mais également sociales. Ces dernières années, Solano/Royal Caribbean a investi 2,5 millions de dollars US dans divers projets et initiatives au bénéfice des villages de la zone: une école accueillant plus de 300 enfants, une cantine scolaire, des infrastructures (sanitaires, fontaines, marchés, ponts…), le parrainage d’activités sportives, de fêtes patronales ou du carnaval, infrastructures de voirie, stages pour les étudiants, etc