La réponse haïtienne à la sécurité alimentaire mondiale

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Photo by Andres Cortes

Hugh Locke est président et cofondateur de l’Alyans Ti plantè (SFA) en Haïti et président de la Fondation Farming Impact aux États-Unis. Il est l’auteur de The Experiment Haïti et est en vedette dans le documentaire récemment produit sur le sujet Kombit : la coopérative.

La nourriture est sur le point de devenir la première des menaces qui planent sur la sécurité mondiale. Cette menace n’est peut-être pas encore sous les feux de la rampe aujourd’hui mais son arrivée imminente est en phase avec le défi qui se déploie sur la façon de nourrir deux milliards d’habitants supplémentaires d’ici à 2050. Et quand la sécurité alimentaire atteindra un niveau de crise dans le monde entier, avant la moitié du siècle, cela va laminer les solutions – et pire, ajouter à leur complexité – pour chaque autre menace à laquelle l’humanité est confrontée.

La bonne nouvelle c’est qu’un tiers des habitants de la planète sont parés pour aider à éviter la crise. Ce sont les 2,5 milliards de personnes qui vivent et travaillent sur les 500 millions de fermes à petite échelle, autrement appelées « petits planteurs ». Oubliés pendant un demi-siècle, il se trouve qu’ils cultivent actuellement 70 % de la nourriture dans le monde, sur 60 % des terres arables de la planète.

Le système mis en place dans plusieurs zones rurales d’Haïti montre comment ces agriculteurs peuvent se sortir eux-mêmes de l’extrême pauvreté en utilisant un modèle d’entreprise qui double les rendements agricoles et les revenus des ménages, tandis que, dans le même temps, il apporte une contribution majeure à la reforestation, réduit les impacts sur les changements climatiques, favorise l’autonomisation les femmes et la lutte contre la migration urbaine.

La question alimentaire mondiale ne se prête pas à une réponse simple. Mais dans le lien entre l’agriculture et la déforestation se trouvent à la fois des notions-clés concernant le problème complexe plus large et une solution étonnamment simple pour aider à résoudre la situation. À première vue, le rapport entre la déforestation et l’agriculture peut ne pas paraître très direct, mais c’est loin d’être le cas. Le monde a perdu plus de 500 millions d’acres de forêt entre 2000 et 2012, les trois quarts pour créer plus de terres agricoles, utilisées principalement pour une agriculture à l’échelle industrielle. Et ces activités combinées de déforestation et d’agriculture industrielle (y compris sur les terres gagnées par le défrichement des forêts) sont responsables de près d’un tiers de toutes les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour atteindre l’objectif 2050 de nourrir deux milliards de personnes supplémentaires en ne comptant que sur l’agriculture industrielle pour combler le déficit, nous aurons besoin de couper près d’une acre de forêt pour chaque personne supplémentaire. Deux milliards d’acres d’arbres seront sacrifiées pour nourrir deux milliards de terriens supplémentaires. A ce moment, la déforestation et l’agriculture industrielle seront conjointement responsables de plus de la moitié de toutes les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Haïti est une véritable étude de cas pour illustrer l’impact négatif de la déforestation sur l’agriculture mais c’est aussi une source d’espoir pour un autre résultat pour 2050. De cet endroit le plus improbable qu’il soit, provient un modèle d’entreprise radicalement nouveau, qui reconnaît la valeur de la « petite échelle » ou des « petits planteurs » comme entrepreneurs et contribue à les transformer en un moteur autofinancé, conduisant le changement économique, environnemental et social. Le cœur de cette nouvelle approche c’est que les agriculteurs plantent des arbres comme un moyen de gagner de meilleures semences, des outils et de la formation, afin de doubler leurs rendements agricoles et les revenus de leurs ménages. L’adoption de ce modèle haïtien d’agriculture « impactante » engagerait près d’un tiers de la famille terrienne à produire plus de nourriture tout en étant en même temps les premiers intervenants autofinancés capables de relever certains des autres défis les plus pressants du XXIe siècle.

Hugh Locke