La production avicole en croissance

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ENTRE 2011 ET 2015, la production de poulets de chair est passée de 100 000 par mois à 250 000. Cossy Roosevelt / Challenges

Ces dernières années, la filière avicole a connu des avancées notables suite à un ensemble de mesures prises par l’Etat haïtien. Les besoins du marché peuvent être totalement comblés dans les cinq prochaines années selon le ministère de l’Agriculture moyennant un meilleur encadrement de la production.

A
près le séisme de 2010, le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) a mis en place un programme de développement de l’aviculture en Haïti. Ce programme visait à augmenter le volume de production et de consommation des produits avicoles sur une période de trois ans. Les objectifs fixés devaient permettre à la filière avicole traditionnelle familiale de produire 40 millions d’œufs par an, soit 10 % des œufs importés à l’époque. La filière œuf en production semi-intensive devait permettre de produire 90 millions d’œufs par an, or le pays importe entre 30 à 40 millions d’œufs par mois, selon un bilan publié en février 2015 par le MARNDR pour la période 2001-2015.

Un progrès notable
Le programme du MARNDR allait profiter des mesures de restriction à l’importation des œufs de la République dominicaine et l’augmentation des tarifs sur l’importation des œufs mis en place par l’Etat. En 2008, suite à la déclaration de la grippe aviaire en République dominicaine, l’Etat haïtien a évoqué des raisons sanitaires pour interdire l’importation des œufs. Cette décision est à la base d’importants investissements dans la filière avicole en Haïti. Selon un bilan du MARNDR, de 2011 à 2015, la production est ainsi passée de 1 million d’œufs à 6,3 millions par mois et de 100 000 poulets de chair par mois à 250 000. « En 2010, le marché local ne produisait pourtant que 6 % des œufs pour la consommation. Aujourd’hui, il en produit 24 %, soit une augmentation de 500 %. C’est une avancée significative qu’il ne faut pas manquer de mentionner », rappelle Henry Châtelain, spécialiste en aviculture qui a contribué à une étude sur la contribution des œufs à l’économie haïtienne.

Depuis l’adoption des mesures de libéralisation du marché, les tarifs douaniers sur l’importation des produits en Haïti varient de 0 % à 15 %. Sur l’importation du poulet, il est appliqué un tarif de 15 % sur la valeur du produit. A ces droits de douane, s’ajoutent les taxes qui font monter les coûts à 33 % dont 10 % de TCA, 4 % de frais de vérification, 2 % d’acompte et 2 % de contribution pour les collectivités territoriales (CFDGCT).

Parce que les coûts d’alignement sont élevés, les produits avicoles sont chers en Haïti. Ceci porte les gens à aller acheter là où ils sont moins chers souligne Henry Châtelain. Pour faire baisser les prix des œufs et du poulet, la solution doit passer par l’augmentation du volume de production pour bénéficier de l’économie d’échelle selon le spécialiste. Pour ce faire, il faut l’appui de l’Etat aux producteurs afin de leur faciliter l’accès au crédit qui constitue le facteur principal limitant les investissements dans la filière avicole. Selon l’étude sur la contribution des œufs à l’économie haïtienne, les taux d’intérêt varient de 10 % à 48 % en fonction du montant du prêt et de l’institution de crédit. Face aux coûts prohibitifs du crédit, des communautés envisagent actuellement des formes alternatives de développement. C’est ainsi que, dans le département du Nord, il se développe un programme qui mobilise les fonds de la diaspora pour financer le développement de multiples unités de production d’œufs.

Fruit des efforts du MARNDR
Le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural a mis en œuvre toute une batterie de mesures ces cinq dernières années pour booster la production avicole. Environ 500 000 doses de vaccins ont été mises à la disposition des éleveurs et 90 % des communes disposaient de centres de stockage des vaccins en 2014, peut-on lire dans un bilan du MARNDR. Ce document précise qu’il faut 18 millions de dollars pour soutenir le rythme de la production avicole intensive.

« Le problème des œufs a toujours été l’importation qui empêche les producteurs de se développer. Pourtant, c’est une filière dans laquelle le pays peut être compétitif. Ce qui nous entrave, c’est que nous n’avons pas atteint le volume de production pour bénéficier de l’économie d’échelle à l’achat du maïs et du soja », analyse Henry Chatelain qui veut regarder les résultats positifs qu’a connus la filière ces dernières années.

Haïti importe pour 50 millions de dollars d’œufs et 65 millions de dollars de morceaux de poulets congelés par an. Au rythme actuel de la production, le MARNDR croit qu’il est possible de couvrir l’ensemble des besoins du marché sur une période de 3 à 5 ans. Pour y arriver, les mesures de contrôle doivent s’intensifier au niveau la frontière pour freiner la contrebande. Par ailleurs, il faut mettre en place un programme de crédit dédié spécifiquement aux producteurs de la filière. Outre la création directe d’emplois dans les unités de production, le développement de la filière avicole peut aider à mettre en route tout un système de production profitable à l’économie, à l’agriculture et à l’environnement.

Ralph Thomassaint Joseph