C’est l’une des rares fois depuis 1995 que les femmes sont aussi nombreuses à intégrer la Police nationale d’Haïti (PNH). Sur les 1 475 nouvelles recrues de la 26e promotion, 190 sont de sexe féminin. Mais, à date, les policières ne représentent que 9 % de l’effectif total de la PNH.

Pour porter davantage de femmes à rejoindre les rangs de la Police nationale d’Haïti (PNH), la Coordination nationale des affaires féminines, des questions de genre et des violences sexuelles s’active à renforcer la campagne de sensibilisation en cours, avec l’appui de la Direction générale. Depuis le début de l’année 2016, des affiches géantes présentant quelques-unes des femmes qui ont fait carrière dans l’institution policière sont visibles un peu partout notamment à travers la région métropolitaine de Port-au-Prince. Parallèlement, des spots sont diffusés sur les ondes de plusieurs stations de radio et de télévision appelant les jeunes femmes à participer au recrutement qui se mène de façon permanente au niveau des différentes directions départementales. En ce qui concerne la 27e promotion, 1 000 femmes ont passé avec succès les tests intellectuels mais la plupart d’entre elles ont échoué dans les exercices physiques. La Coordination espère néanmoins que le nombre de celles qui passeront l’étape des épreuves d’admission sera supérieur à 200. Bien avant le lancement de la campagne de sensibilisation, très peu de femmes se montraient intéressées par la question. Et, de fait, certaines promotions n’en comptaient que 30.

Trois raisons pour intégrer la PNH
La première raison d’intégrer la PNH, c’est de se donner la chance d’être utile à la communauté haïtienne en se mettant à son service, soutient la commissaire divisionnaire Marie Louise Gauthier qui pense que « les médecins et les policiers ont un quota spirituel considérable par le fait qu’ils passent leur temps à aider les autres ». La deuxième raison, poursuit la commissaire, c’est la chance de faire carrière dans une institution qui a pour mission principale de « protéger et servir ». La dernière raison évoquée, c’est la possibilité de s’émanciper socialement et intellectuellement grâce aux bourses dont les jeunes femmes peuvent bénéficier pour aller étudier à l’étranger.

 MARIE LOUISE GRUTIER, commissaire divisionnaire et responsable de la Coordination nationale des affaires féminines, des questions de genre et des violences sexuelles. Photographie par Cossy Roosevelt / Challenges
MARIE LOUISE GRUTIER, commissaire divisionnaire et responsable de la Coordination nationale des affaires féminines, des questions de genre et des violences sexuelles. Photographie par Cossy Roosevelt / Challenges

Le salaire mensuel plafond des policiers haïtiens (agents I, II, III et IV qui constituent le gros de l’effectif estimé aujourd’hui à 13 745 membres) est de 20 000 gourdes alors qu’il était au départ de 4 000 gourdes (en 1995). A l’instar des autres catégories de professionnels dans le pays, les membres de la PNH sont grandement affectés par la cherté de la vie. « Il n’y a pas lieu de se faire des illusions, une femme qui intègre la PNH ne peut espérer faire fortune. Mais, elle peut, par des études approfondies, accéder à des postes importants et construire son avenir », avoue Marie Louise Gauthier. L’institution policière encourage justement ses membres à se former davantage et, dans la mesure du possible, trouve des bourses d’études en leur faveur. « Nous sommes à la recherche de femmes fortes et dynamiques qui disposent d’un coefficient intellectuel très poussé, ce qui permettra d’avoir plus de femmes hautement gradées dans la Police », ajoute la commissaire divisionnaire, responsable de la Coordination nationale des affaires féminines, des questions de genre et des violences sexuelles. Actuellement, la PNH compte en son sein quatre femmes commissaires divisionnaires, six commissaires de police et dix inspectrices divisionnaires sur un total de 940 policières.

 190 FEMMES de la 26e promotion ont intégré la PNH. Photographie par Timothé Jackson / Challenges
190 FEMMES de la 26e promotion ont intégré la PNH. Photographie par Timothé Jackson / Challenges

Plus intègres que les hommes ?
Certes, les femmes sont minoritaires au sein de la PNH mais leur contribution à plusieurs niveaux est jugée considérable. En petits groupes (25-30), on les rencontre dans des unités spécialisées telles le CIMO (Corps d’intervention et de maintien d’ordre) et la BOID (Brigade d’opération et d’intervention départementale). Il est rapporté que dans la plupart des opérations dans lesquelles ces policières interviennent tout se passe généralement sans bévue même si, parfois, voulant démontrer qu’elles sont loin d’être le sexe faible, elles agissent avec force et énergie. Marie Louise Gauthier affirme que ces policières sont le plus souvent exemptes des cas de corruption et bénéficient donc d’une grande confiance auprès de la population. La Coordination qu’elle dirige jouit aussi du même niveau de confiance de la part de ses partenaires tels : le ministère à la Condition féminine et aux Droits de la femme (MCFDF), le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP), le ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP), la Minustah et l’ambassade des Etats-Unis. Ladite Coordination intervient sur les dossiers internes notamment en veillant à l’encadrement des policières et en sensibilisant plus de femmes à intégrer la PNH. A l’externe, elle se concentre sur la gent féminine se chargeant de traiter, entre autres dossiers, ceux relatifs aux cas de viols et de violences sexuelles. Voilà pourquoi on dit souvent que les policières haïtiennes sont sur tous les fronts.

Cossy Roosevelt