La Minustah en renfort

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L’EFFECTIF TOTAL de la Minustah avoisine les 5 300 personnes actuellement. Photographie par Marie Arago.

Le climat sécuritaire d’Haïti s’est amélioré comparativement aux années 2004/2006, ce qui expliquerait la baisse progressive des effectifs de la Minustah. Mais, puisque les crisespolitiques persistent et fragilisent cet acquis, la présence de la force onusienne semble être encore indispensable.

On se souvient encore du phénomène des zones de non droit où les rapts et les assassinats en série étaient monnaie courante (entre février 2004 et mai 2006) sous l’administration provisoire de Boniface Alexandre et de Gérard Latortue qui ont tout de même réussi à organiser des élections générales pour le moins acceptables. Pour y arriver, il a fallu, à un certain moment, affronter des individus lourdement armés retranchés notamment à Cité Soleil et à Bel-Air. L’implication des agents de la Minustah, en appui à la Police nationale, n’est pas sans conséquence puisque, en douze ans de terrain, 184 casques bleus ont sacrifié leur vie au nom de la stabilisation d’Haïti. Et au cours de ces douze dernières années, il n’y a pas eu de coups d’Etat dans le pays. Le plus important, fait remarquer le général Georges-Pierre Monchotte, commandant en chef de la Police civile des Nations unies (UNPOL), la vanne de l’insécurité a été réduite considérablement grâce aux efforts conjoints. Aujourd’hui, le travail de sécurisation et de stabilisation paraît moins compliqué malgré la persistance d’une crise politique de nature à provoquer continuellement des situations de violence.

 LE GÉNÉRAL Georges-Pierre Monchotte, commandant en chef de l’UNPOL.
LE GÉNÉRAL Georges-Pierre Monchotte, commandant en chef de l’UNPOL.

Etre efficace avec un faible effectif
La composante militaire comprend aujourd’hui 1 370 soldats alors que la Police civile des Nations unies supportée par plus de 40 pays conserve ses 2 600 agents dont une part importante de cet effectif est concentrée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Si l’on tient compte des personnels civils nationaux et internationaux (environ 1 300), et du corps des volontaires des Nations unies (environ 100), l’effectif total de la Minustah, toutes catégories confondues, avoisine les 5 300 personnes. Ce qui n’entame pas de façon considérable les opérations de maintien d’ordre et de sécurité aux côtés de la PNH. A preuve, précise Georges-Pierre Monchotte, entre 2014 et 2016, pas moins de 478 opérations conjointes ponctuées de 35 930 patrouilles ont été menées uniquement dans la capitale et ses environs. Parallèlement, toujours en appui aux policiers haïtiens, les forces de la Minustah ont aidé à la sécurisation de 638 manifestations de rue dont 268 ont été déclarées relativement violentes. Du reste, leur implication dans le processus électoral en termes de soutien logistique et sécuritaire est mitigée. En 2011 aussi bien qu’en 2015, des candidats ont accusé la Minustah d’avoir facilité la tâche à certains fraudeurs proches du pouvoir. Toujours dans la logique d’aider au renforcement de la démocratie en Haïti, la mission onusienne n’entend pas ménager ses efforts dans la perspective des élections programmées à partir du mois d’octobre prochain.

Photographie par Cossy Roosevelt / Challenges
Photographie par Cossy Roosevelt / Challenges

Partira, ne partira pas ?
Inutile de poser la question du départ ou non de la Minustah au général Georges-Pierre Monchotte, il n’a pas la réponse. Il ne peut que rappeler que cette décision incombe aux autorités haïtiennes et au Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon qui a renouvelé en octobre dernier le mandat de la Minustah pour un an. Dans l’intervalle, la mission continue d’œuvrer en faveur de la stabilisation d’Haïti car, estime le chef de l’UNPOL, « nous avons largement contribué à la stabilisation du pays, mais il reste encore beaucoup à faire pour que cet acquis soit durablement conservé. » Le général Monchotte souligne avec satisfaction qu’il n’y a pas eu de débordements ces dernières années et qu’Haïti est sans conteste le pays le moins violent de toute la région avec une moyenne d’homicides très faible (un ratio de 8 à 9 sur 100 000 habitants).

Dans un autre registre, il se garde de critiquer la PNH pour les quelques dérapages commis en son sein faisant remarquer que partout ailleurs les institutions policières font face à de telles situations. « Ce qui est encourageant, dans le cas de la Police nationale d’Haïti, c’est que l’Inspection générale joue parfaitement bien son rôle et en toute transparence en se prononçant avec impartialité sur tous les manquements et violations des règlements internes et des lois de la République », explique-t-il avant d’annoncer : « Dans notre souci de contribuer au renforcement des capacités de la PNH, nous travaillons présentement sur son plan stratégique 2017-2021 et nous comptons l’appuyer comme nous l’avons fait au cours de la période 2012-2016. »

De façon générale, dans le cadre de sa mission, la Minustah va continuer à appuyer la population dans sa quête de démocratie et de stabilité.

Cossy Roosevelt