La mangue séchée un atout économique majeur

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LA PRODUCTION de mangues est en hausse depuis la création de ORE. Photographie par Tatiana Mora Liautaud

La demande en mangues séchées devient de plus en plus forte localement et à l’export. Pour preuve, une seule requête venant de l’étranger peut excéder 20 tonnes. L’ONG ORE, qui dispose d’une usine de transformation par déshydratation à Campérin, n’arrive même pas à satisfaire le besoin local en mangues séchées. Il y a une véritable nécessité d’augmenter sérieusement les moyens de production.

La filière de mangues séchées est en passe de devenir un atout économique majeur pour la commune de Campérin, voire pour tout le département du Sud. En 1985, lorsque Monique Pierre Finnigan, de concert avec ses collaborateurs, lançait l’Organisation pour la réhabilitation de l’environnement (ORE), elle s’est vite rendu compte que la meilleure façon d’arrêter la dégradation de l’environnement était de résoudre le problème économique auquel font face les agriculteurs. ORE, reconnue comme ONG en 1989, allait obtenir le soutien financier de plusieurs agences internationales et d’ambassades telles la Banque interaméricaine de développement (BID), l’Union Européenne (UE), l’Agence américaine d’aide au développement (USAID) et les Ambassades du Canada et du Japon. Forts de cet appui, la production et le commerce de mangues francisques ont été renforcés au point qu’aujourd’hui Campérin est classé parmi les cinq zones d’Haïti les plus prolifiques en termes de récoltes.

Le respect des normes
Avant même la création de ORE, des agriculteurs ressentaient déjà le besoin de se regrouper. L’Association des producteurs et vendeurs de fruits du Sud s’est justement donnée pour mission d’organiser la cueillette et la sélection des mangues, ce qui lui a valu une certification « équitable ». ORE, qui a formé beaucoup de jeunes dans le domaine de l’agriculture, se bat pour obtenir la certification biologique, avec pour objectif d’explorer de nouvelles opportunités. En effet, concède Monique Pierre Finnigan, il y a une forte demande de mangues séchées sur le marché international. « Pour percer ce marché, il faut être capable de respecter toutes les normes établies », explique la responsable avant d’ajouter : «le respect des normes commence dans les champs, ce qui sous-entend des mesures efficaces pour combattre la mouche des fruits pouvant contaminer les mangues ; pour garantir la récolte et le transport des mangues». L’agronome Eliassaint Magloire, directeur technique de ORE, se réjouit du fait que seulement 10% des mangues fraîches sélectionnées destinées à l’exportation sont rejetées en raison de leur taille, de leur forme et de quelques taches.

Des surplus de qualité
Les mangues fraîches écartées en fonction des critères définis sont pourtant de bonne qualité et peuvent être utilisées à d’autres fins. Avec le support de l’Union européenne, ORE a pu construire en 2006 une usine de séchage par déshydratation, alors que dans d’autres régions du pays, les producteurs utilisent la technique de séchage au soleil. «Pour le moment, nous sommes capables de produire une tonne de mangues séchées de qualité, donc nous sommes très loin des quantités sollicitées par les compagnies étrangères », indique la patronne de ORE, comme pour expliquer que même avec deux usines ils ne pourront pas atteindre le quota exigé (25 tonnes l’an). La production d’une tonne de mangues francisques séchées n’est pas une mince affaire car elle implique un ensemble de mesures. A la porte principale de l’usine, ressemblant à un véritable laboratoire médical, est installé un dispositif qui repousse les mouches et tout autre insecte. À l’intérieur, les règles d’hygiène sont respectées pour éviter toute sorte de contamination par des bactéries ou des microbes; des tables appropriées pour découper les mangues sont désinfectées; les morceaux sont traités par des appareils et placés dans des plateaux pour ensuite les introduire dans la salle de séchage. L’ensemble des installations, incluant la construction du bâtiment, a été supporté par l’Union européenne à hauteur de 206.000 dollars, a révélé l’agronome Eliassaint Magloire.

D’autres projets à l’étude
Récemment, ORE a reçu la visite de représentants d’une compagnie américaine intéressée à négocier un contrat avec l’ONG locale autour de 25 tonnes de mangues séchées par an. Mais ils étaient surtout venus pour évaluer les conditions d’hygiènes dans lesquelles se déroule le processus de déshydratation. «Il s’agissait d’un test pour investir le marché américain, et si on arrive à le faire, de nombreuses autres portes vont s’ouvrir », espère Madame Finnigan. Dans l’intervalle, ORE étudie la possibilité d’utiliser d’autres variétés de mangues ayant très peu de fibres (mangue cœur d’or et Zilate) et de proposer de l’abricot et du gingembre séchés.

AGRONOME Eliassaint Magloire présente le laboratoire de séchage
AGRONOME Eliassaint Magloire présente le laboratoire de séchage. Photographie par Cossy Roosevelt / Cchallenges

Cossy Roosevelt