La magie mystique d’Erol

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Photographies par Tatiana Mora Liautaud

Inclassable et unique, prêtre vaudou et artiste contemporain, infatigable traducteur des loas et ambassadeur de la culture haïtienne, Erol Josué est tout cela à la fois. Ce génie aux multiples facettes reste le gardien de la tradition orale, en tant que directeur du Bureau National d’Ethnologie.

Erol Josué est né dans la tradition vaudoue. Initié à l’âge de 17 ans comme Houngan (prêtre vaudou), ses talents naturels et ses aptitudes de chanteur et danseur se sont d’abord manifestés dans cette religion, dont il tire beaucoup de son inspiration. Capable d’écrire des chansons de manière prolifique, il a également une présence scénique envoûtante. À Paris, où il a vécu pendant treize ans, il a monté la Compagnie Shango, aux côtés de treize chanteurs et danseurs, dont il était le chorégraphe et producteur, jusqu’à ce qu’il déménage aux États-Unis en 2002.

Les loas de l’attraction
Prêtre vaudou en activité, comédien et danseur, Erol Josué est habité. « Façonné par ses propres voyages en France et aux États-Unis, il porte les fruits de son travail en tant que danseur, chorégraphe, activiste, prêtre et guérisseur », commente Laurent Dubois, professeur à Harvard, Michigan State and Duke University. Sa musique se trouve au carrefour des cultures afro-américaines, caribéennes et européennes. Elle est enracinée dans les traditions du vaudou haïtien, mais s’abreuve à toutes les sources d’inspiration. Il s’amuse d’ailleurs à réécrire des chants vaudous dans son album « Regleman », qui comporte 13 musiques sur les 13 principaux esprits du vaudou. « Regleman respecte non seulement les rituels vaudous en accueillant les auditeurs sur une chanson pour Legba, l’esprit de la croisée des chemins, mais il suit aussi la chronologie des saluts à chaque loa, conformément à son rang et ses rites », explique Patrick Sylvain,
écrivain et professeur à Brown University, Rhode Island.

Serviteur des traditions haïtiennes
Ce sont ses expériences intimes avec tous les éléments de sa culture qui lui ont donné l’occasion d’enseigner et d’étendre sa culture à l’échelle internationale. Erol a donné des conférences dans les plus grandes universités américaines, de Harvard à Michigan. « Je me sens béni d’avoir un tel lien avec l’art haïtien et je rends grâce d’être dans une position qui me permet de combiner mes motivations artistiques et mes actions sociales », exprime-t-il pour évoquer ce don et cette mission anthropologique. Erol Josué porte en lui une mission, celle de changer l’image du vaudou, de « laver le visage du Vaudou ». « L’Église catholique cherche toujours à convertir les gens en Haïti. À l’école, les enfants sont battus s’ils ne parlent pas le français correctement. Mais j’ai eu le rare privilège de vivre ma vie spirituelle vaudoue à la maison, tout en fréquentant l’école catholique pendant la journée. Je ne me suis jamais converti et maintenant, je peux aider à dissiper les mythes sur le vaudou. En tant qu’artiste, je peux aider à mieux faire comprendre le vaudou », confie-t-il. Le directeur du Bureau National d’Ethnologie s’inspire également de l’histoire de la culture haïtienne et de ses traditions.

La rythmique mystique d’Erol
Bien que la musique d’Erol ait pour socle la musique traditionnelle haïtienne, elle ressemble à un mélange de world, pop, funk et même d’afro-beat. Ayant étudié la danse, Erol offre des performances passionnées durant ses spectacles. Sa capacité à s’exprimer en anglais, en français ou en créole lui permet de se connecter avec des publics et des musiciens  très variés. Le résultat c’est une œuvre unique et puissante, autour d’une personnalité d’une force et d’une profondeur particulière. Les spectateurs ébahis du Triomphe pendant le Festival International de Jazz de Port-au-Prince ont vécu cette expérience en direct.  Erol Josué a investi la scène de sa spiritualité et de sa voix unique, de ses danses et onomatopées originales, en symbiose avec les voix des hounsis qui l’accompagnent, des tambours vaudous et pour la première et unique fois avec le piano extraterrestre de son complice cubain Omar Sosa.  Un moment d’exception pour un artiste qui se fait rare sur scène, en raison de ses multiples occupations. Nommé en octobre 2012, directeur Général du Bureau National d’Ethnologie en Haïti, sa fonction de fédérateur et conservateur du patrimoine immatériel du Vaudou, est loin d’être antagoniste avec ses prestations scéniques. Au contraire, elle la nourrit, en sérénité et en intelligence, de manière singulière et avec humour.

Qui mieux que lui peut ainsi garder le temple évolutif des traditions haïtiennes, de son folklore, de ses esprits et de ses contes ?

Stéphanie Renauld Armand


Le calendrier de l’artiste

13 octobre : conférence sur l’anthropologie culinaire
(semaine du patrimoine de l’Unesco)31 octobre : spectacle pour les 75 ans du Bureau National d’Ethnologie
Novembre 2016 : Spectacle « regleman » au cap Haïtien
Janvier 2017 : festival du vaudou au Bénin, AfriqueEn préparation :
Sortie de l’album pèlerinage début 2017
Tournée internationale saison 2017 / 2018
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