La longue lutte pour éradiquer la pauvreté extrême

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Marie Arago/ Challenges
Marie Arago/ Challenges

Il est possible d’éradiquer l’extrême pauvreté en Haïti, comme l’estiment certains spécialistes. Ces derniers sont renforcés dans leur conviction par le récent rapport d’enquête de la Banque mondiale qui démontre une relative baisse de ce phénomène dans le pays entre 2000 et 2012. Il en est de même du taux de chômage qui a accusé une nette diminution au cours de la même période. 
Par Cossy Roosevelt     

Selon la Banque mondiale « la pauvreté n’est pas un phénomène unidimensionnel – un manque de revenus pouvant être résolu de façon sectorielle. Il s’agit d’un problème multidimensionnel qui nécessite des solutions multisectorielles intégrées ». Dans ce contexte, elle affirme que « la pauvreté a des dimensions multiples, de nombreuses facettes et qu’elle est la résultante de processus économiques, politiques et sociaux interagissant entre eux dans des sens qui exacerbent l’état d’indigence dans lequel vivent les personnes pauvres ».

Étant l’une des principales institutions financières internationales et restant fidèle à sa mission, qui est de « lutter contre la pauvreté en apportant des aides, des financements et surtout des conseils aux pays en voie de développement », la Banque mondiale se donne pour devoir de monitorer les efforts déployés visant à éradiquer la pauvreté extrême.    

Haïti, une préoccupation
Le pays qui connaît depuis des décennies des crises politiques récurrentes ayant des impacts graves sur la production nationale et par là même sur la croissance économique, reste et demeure un état vulnérable par rapport au phénomène de la pauvreté. « Pas moins de 6,3 millions d’Haïtiens ne peuvent pas satisfaire leurs besoins de base et 2,5 millions ne peuvent pas satisfaire leurs besoins en nourriture », souligne le rapport d’enquête de la Banque mondiale publié fin janvier. Le document alerte l’opinion sur le nombre de pauvres qui vivent à Port-au-Prince (la capitale haïtienne), estimé à environ 695 000, dont 16 % dans une extrême pauvreté. Toujours selon le rapport, les petites villes concentrent 1,4 million de résidents pauvres, dont 24 % en situation d’extrême précarité. Haïti demeure ainsi l’état le plus pauvre de la zone Amérique Latine et Caraïbe, avec 59 % de pauvres et un taux de chômage de 27 % (2 016) alors que pour toute la région il est en moyenne de 6 %.

Une famille habitant dans un ajoupa. Georges H. Rouzier/ Challenges
Une famille habitant dans un ajoupa. Georges H. Rouzier/ Challenges

Il faut redoubler d’effort
Entre 2000 et 2012, l’extrême pauvreté en Haïti est passée de 31 % à 24 %, révèle le rapport d’enquête de la Banque mondiale précisant en outre que « cette réduction de la pauvreté extrême est constatée dans la région métropolitaine de Port-au-Prince principalement et dans les petites agglomérations, avec des baisses allant de 20 % à 5 % et de 21 % à 12 % ».  Parallèlement, le taux de chômage a reculé au cours de la même période passant de 27 % à 12 %, indique la banque mondiale. Il faut en retenir qu’entre 2000 et 2012, le pays a connu une certaine reprise de l’activité économique en particulier sous la présidence de René Préval (2006-2011). Son administration avait priorisé les projets d’infrastructures routières et l’agriculture. Depuis son installation à la tête du pays, le prédécesseur de Michel Martelly, fait de la relance de la production et de la construction des infrastructures de base les projets phares de son administration.

Une personne âgée vivant dans une maisonnette en lambeaux. Georges H. Rouzier/ Challenges
Une personne âgée vivant dans une maisonnette en lambeaux. Georges H. Rouzier/ Challenges

Le 1er mai 2017,  Jovenel Moïse lançait dans l’Artibonite « la caravane du changement », avec pour objectif principal d’améliorer les conditions de vie des populations haïtiennes. Déjà, pour la première année d’activités, le chef de l’État s’est accordé un satisfecit pour les résultats obtenus et s’est engagé à étendre son projet sur l’ensemble du territoire national pour qu’en 2022, le temps de l’insécurité alimentaire, de la pauvreté extrême, du sous-développement des zones urbaines et rurales soit définitivement révolu. Afin d’y parvenir, il semble qu’il faudra permettre aux cultivateurs d’avoir accès au crédit agricole, à des équipements et matériels roulant pour la mise en valeur des terres.

Des maisonnettes construites par des paysans. Timothe Jackson/ Challenges
Des maisonnettes construites par des paysans. Timothe Jackson/ Challenges

Objectif 2030
La Banque mondiale va plus loin dans la lutte pour l’éradication de l’extrême pauvreté d’ici 2030. Elle propose entre autres stratégies : d’agir contre les inégalités ; de garantir le développement de la petite enfance ; de garantir une couverture médicale universelle ;  de faciliter des transferts monétaires aux familles démunies ; d’œuvrer pour l’accès  universel à une éducation de qualité ; de construire des routes dans les zones rurales tout en les électrifiant.  Autant que faire se peut, l’Administration Moïse/Lafontant, à travers la caravane du changement qui mobilise toutes les institutions publiques ou presque, se montre réceptive et entend déployer tous les efforts nécessaires pour permettre au pays d’atteindre l’objectif 2030.

On se souvient qu’en 2014, le gouvernement d’alors avait lancé un plan d’action de trois ans pour réduire l’extrême pauvreté en Haïti, où la grande majorité des gens vivent avec moins de deux dollars américains par jour. Ce plan, dont le montant tournait autour de huit cents millions de dollars, devait favoriser des investissements dans plusieurs secteurs sociaux du pays. Une bonne partie de ce fonds devait passer par le ministère des Affaires sociales et celui de l’Éducation nationale. Plusieurs programmes sociaux tels « Ede Pep », «Ti manman cheri»…ont été lancés sous la présidence de Michel Martelly. L’équipe de Jovenel Moïse continue sur la même lancée, en modifiant quelque peu les noms de ces initiatives, toujours dans l’objectif, dit-on, de réduire l’extrême pauvreté : Restoran kominotè, Kore etidyan, Kore peyizan…

Des femmes démunies et leurs enfants accueillis dans une école. Georges H. Rouzier/ Challenges
Des femmes démunies et leurs enfants accueillis dans une école. Georges H. Rouzier/ Challenges

Suite aux dernières intempéries qui ont affecté les départements du pays les plus vulnérables aux catastrophes naturelles, fragilisant davantage les conditions de vie des démunis, le gouvernement a pris des dispositions pour renforcer les restaurants communautaires et les interventions en faveur des cultivateurs. Pour éradiquer la pauvreté extrême en Haïti d’ici 2030, les autorités en place misent beaucoup sur « la caravane du changement » qui est axée sur la relance de l’agriculture, la construction des infrastructures de développement et la création d’emplois durables. Le plus difficile sera de trouver les ressources financières toujours dans l’objectif, dit-on, de réduire l’extrême pauvreté.