Saison estivale : La diaspora sera-t-elle au rendez-vous de l’été ?

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DE PLUS EN PLUS, les Haïtiens de retour au pays se tournent vers les hôtels de standard international. Georges H. Rouzier / Challenges

Les Haïtiens vivant à l’étranger sont les premiers touristes qui visitent le pays, avec un pic chaque été. Bien que moins troublés par les aléas politiques du pays que les visiteurs étrangers, seront-ils au rendez-vous cette année encore ?

Apart durant l’été 2008, les statistiques du ministère du Tourisme sur les arrivées de touristes de séjour* sont éloquentes : c’est la saison estivale qui domine sur toutes les autres par le volume d’affluence. Si l’on corrèle ces chiffres avec la proportion des Haïtiens qui vivent à l’étranger par rapport au nombre de visiteurs du pays, alors on conclut facilement que c’est essentiellement la diaspora qui fait évoluer les statistiques saisonnières. En 2015, il y a même eu un record depuis 2007 avec 151 000 arrivées durant l’été. Parmi ces arrivées, 22 % sont des Haïtiens naturalisés par leur pays d’accueil et 31 % sont des Haïtiens nés en Haïti. Ces derniers ont gardé leur nationalité mais ont leur résidence principale à l’extérieur du pays.

Le premier marché du tourisme
Les Haïtiens de la diaspora, évalués à 1 million de natifs d’Haïti ayant émigré à partir des années 50/60, seraient 4 millions, naturalisations et descendances confondues. Autant dire que c’est un potentiel intéressant et presque captif pour le tourisme local. Le ministère du Tourisme ne s’y est pas trompé en l’identifiant comme son premier marché : moins exigeant en termes d’infrastructures touristiques, moins frileux par rapport aux soubresauts de la politique, localisé en majorité aux Etats-Unis (environ 60 %), au Canada (estimé à environ 17 %) et en France (autour de 10 %). Aussi, dès 2011, la politique du ministère s’est-elle concentrée sur ce marché, en travaillant surtout sur l’image du pays. Alors que dans les années 2000, seulement 5 % des Haïtiens de l’étranger rentraient en Haïti pour les vacances, on note dès 2013 une augmentation de 20 % des visiteurs par rapport à 2012. Des road-show sont organisés dans les villes américaines ayant une importante population haïtienne et, progressivement, les agents spécialisés dans ce marché accrochent. Entre 2008 et 2015, l’arrivée des touristes a doublé. Depuis quelques années, l’évolution se fait sentir en faveur de séjours plus « touristiques ». Alors que la moitié des Haïtiens de retour au pays étaient accueillis dans des maisons familiales privées, la tendance a évolué vers l’hébergement en hôtel.

CHAQUE ANNÉE, en juillet, le pèlerinage de Saut d’eau fait partie des incontournables. Harry Jean Louis - FOTOKONBIT.
CHAQUE ANNÉE, en juillet, le pèlerinage de Saut d’eau fait partie des incontournables. Harry Jean Louis – FOTOKONBIT.

Des produits plus adaptés
Les « forfaits vacances » soutenus en 2013 par le ministère du Tourisme ont stimulé l’offre des tour-opérateurs. « Pour remettre Haïti sur la carte internationale du tourisme, il fallait le concours des tour-opérateurs. Leur support est essentiel car les clients leur font confiance, d’une part, mais, surtout, ils ont tous les outils pour organiser aux mieux ces forfaits vacances : lien avec les compagnies aériennes et les agences de voyages ainsi que tout l’arsenal marketing », explique Pascale Hilaire, coordonnatrice du département de promotion, événements et voyages du ministère du Tourisme et des Industries créatives (MTIC). Aujourd’hui, entre Vacances Transat au Canada, Look Voyage en France et Cheap Caribbean aux USA, l’offre de forfaits vacances est riche et variée avec des circuits tout compris de 8 jours/7 nuits pour découvrir Port-au-Prince et se reposer sur la Côte des Arcadins ou faire un tour au Cap. « Les professionnels haïtiens ont joué le jeu et ont travaillé sur des prix abordables, poursuit cette spécialiste du MTIC. Nous avons organisé des formations pour la réception des touristes, dont les attentes et exigences sont différentes de celles des hommes d’affaires et des organisations humanitaires qu’ils avaient l’habitude de recevoir. » Les Haïtiens de la diaspora semblent avoir apprécié. Grâce à des circuits qui démarrent à 1 099 USD, vol compris et tout sur place, l’affluence a augmenté et l’accueil s’est amélioré petit à petit.

 L’AN PASSÉ, le festival Carifesta avait été le point d’orgue de la saison. Georges H. Rouzier / Challenges.
L’AN PASSÉ, le festival Carifesta avait été le point d’orgue de la saison. Georges H. Rouzier / Challenges.

Pas de carnaval mais toujours les fêtes champêtres
Cette année, il n’y a ni Carnaval des fleurs, ni Carifesta, ni Dîner en blanc pour créer le point d’orgue de la saison touristique estivale mais il semble que le public de la diaspora sera au rendez-vous. Les réservations d’avion sont déjà un premier indice, confie le ministère, qui constate qu’Air Transat double ses vols comme chaque année. Il y a également désormais sur le marché un nouveau venu, avec son offre tout inclus, le Club Decameron, qui donne une nouvelle option à ces touristes qui cherchent un retour aux sources mais aussi un certain confort. Et il y a ce que les estivants haïtiens viennent trouver en Haïti : les fêtes champêtres. Les Haïtiens de la diaspora qui rendent visite à leurs familles leur font visiter leur propre pays. Le retour au pays, c’est pour beaucoup vers les provinces, le grand Sud, Les Gonaïves, le Cap. La fête de Saut d’eau ou la fête patronale de Jérémie font partie des moments forts de l’été mais, désormais, le mix est possible entre l’immersion dans le terroir et le tourisme en dehors de celui-ci. L’encadrement et les progrès concernent surtout le balisage touristique pour ces découvertes en famille : dates importantes, routes, restaurants, centres médicaux, contacts d’urgence. Il y a aujourd’hui cinq agents de voyages réceptifs dont le métier est de faire que tout se passe bien. Le soleil devrait être au rendez-vous des Haïtiens des Etats Unis, du Canada, de France ainsi que, espérons-le, la trêve estivale !

Stéphanie Renauld Armand

*Visiteurs qui arrivent aux aéroports internationaux de Port-au-Prince et du Cap.