La descente aux enfers de l’UEH

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Sit-in d'un groupe d'étudiants devant la barrière principale du rectorat de l'UEH . GEORGES H. ROUZIER/ CHALLENGES
Sit-in d'un groupe d'étudiants devant la barrière principale du rectorat de l'UEH . GEORGES H. ROUZIER/ CHALLENGES

Le dossier du doyen de la faculté d’Ethnologie Jean Yves Blot, qui a renversé l’étudiant John Rock Gougueder Jean avec son véhicule lors d’un sit-in, n’a fait qu’envenimer la crise à l’Université d’État d’Haïti. À mesure que les protestations s’intensifient, on s’éloigne davantage d’une solution durable.

Les crises à l’Université d’État d’Haïti sont récurrentes. La dernière en date, qui s’est aggravée suite à l’incident enregistré à la faculté d’Ethnologie au cours duquel John Rock Gougueder Jean a été grièvement blessé, témoigne  du niveau de détérioration continue de cette entité publique. Une situation qui inquiète divers secteurs de la société civile alors que le gouvernement semble se préoccuper de bien d’autres dossiers jugés plus importants.

Voilà pourquoi les dirigeants concernés restent dans le collimateur des étudiants protestataires qui entendent maintenir la mobilisation jusqu’à la refonte totale de l’UEH. Des protestataires qui continuent d’exiger de meilleures conditions d’apprentissage dans les différentes facultés publiques, une réelle autonomie et une bonne gestion administrative du rectorat. À force d’utiliser bien souvent la violence pour obtenir gain de cause, les étudiants protestataires sont traités de « brigands, de bandits et même de chimères ». À la faculté d’Ethnologie, le 12 juin 2017, le drame impliquant le jeune John Rock Gougueder Jean a été suivi de l’incendie de quatre véhicules appartenant à des professeurs.

Une université plus que divisée 

Au lieu d’explorer des pistes de solutions durables, les principaux acteurs semblent préférer engager un conflit pitoyable qui ne conduira nulle part, comme le regrettent les observateurs. C’est ainsi que l’on assiste à une guerre médiatique agressive. Après l’incident du 12 juin, des étudiants qui se sont improvisés défenseurs et porte-parole de leurs camarades à l’UEH ont utilisé les canaux de la presse pour faire entendre leur voix. Dans la foulée, ils ont accolé l’étiquette de « criminels » à Jean Yves Blot et ses acolytes, et demandé à la justice haïtienne de se saisir du dossier. Les sympathisants de John Rock Gougueder Jean persistent et signent : « le comportement du doyen est démentiel et doit être puni conformément aux lois de la république ».

Jean Yves Blot ainsi que le professeur responsable du niveau de maîtrise en Anthropologie sociale John Picard Byron sont intervenus à leur tour dans la presse le 22 juin pour donner leur version des faits. « Je suis la principale victime dans ce dossier », martèle le doyen en mettant dans le même panier Claude Mandas et Robert Moïse, respectivement vice-doyen à la recherche et vice-doyen aux affaires académiques. Le numéro un de l’administration de la Faculté d’Ethnologie affirme qu’il a failli être séquestré et a donc décidé de porter plainte contre certains étudiants qui menaçaient de l’immoler le jour de l’incident, dénonce-t-il.

« Vu la gravité des menaces, j’ai été obligé de quitter à toute vitesse l’enceinte de la faculté, et de la sorte l’incident malheureux s’est produit », termine le doyen Jean
Yves Blot.

Une commission d’enquête…impartiale ?

Pour tenter de faire toute la lumière sur l’incident du 12 juin, une commission d’enquête a été formée par le rectorat lui-même. La structure regroupe quatre professeurs: Roland Louis Charles, Odonel Pierre-Louis, Jaccaman Charles et Laënec Urbon qui est le parton de la thèse doctorale du doyen Jean Yves Blot, donnant lieu à des suspicions. La tendance est plutôt favorable à une commission de médiation capable de poser les vrais problèmes et arrêter la descente aux enfers de l’Université d’État d’Haïti. Du reste, certains professeurs de l’UEH ont condamné fermement ce qu’ils appellent « le crime Jean-Yves Blot » et reclament de la justice qu’elle assume sa responsabilité. Parallèlement, ils demandent des mesures concrètes pour combattre la corruption qui gangrène le rectorat de l’UEH.

La situation qui se développe dans  de nombreuses facultés de l’UEH laisse sceptique quant à une reprise effective des activités académiques dans les prochains mois. Les parents dont les reins sont suffisamment solides se préparent à envoyer leurs enfants étudier à Sit-in d’un groupel’étranger, notamment en République Dominicaine. Les défavorisés n’auront malheureusement d’autre choix que d’errer ou d’aller grossir les masses d’Haïtiens qui travaillent dans la maçonnerie et l’agriculture au Chili.

Marc Evens Lebrun

LES UNITÉS D’ENSEIGNEMENT DE L’UNIVERSITÉ D’ÉTAT D’HAÏTI

•  École Normale Supérieure
•  Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire
•  Faculté des Sciences Humaines
•  Faculté des Sciences
•  Faculté de Droit et des Sciences Économiques
•  Faculté d’Ethnologie
•  Faculté de Linguistique Appliquée
•  Faculté de Médecine et de Pharmacie
•  Faculté d’Odontologie
•  Institut d’Études et de Recherches Africaines
•  Institut National d’Administration, de Gestion et de Hautes Études Internationales
•  Centre de Techniques de Planification et d’Économie Appliquée
•  École de Droit et d’Économie de Port-de-Paix
•  École de Droit de Hinche
•  École de Droit de Jacmel
•  École de Droit et des Sciences Économiques des Cayes
•  École de Droit et des Sciences Économiques de Fort-Liberté
•  École de Droit et des Sciences Économiques des Gonaïves
•  Faculté de Droit, des Sciences Économiques et de Gestion du Cap-Haïtien