La culture haïtienne en Europe
au mois d’avril

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Haïti et sa culture se sont retrouvés à l’affiche de plusieurs événements culturels européens ce printemps. De Paris à Milan, Rennes et Bruxelles, artisans, artistes, culture et contes se montraient un peu partout pendant le mois d’avril.

Kale Zombi au Festival Cinéma du Réel C’est un documentaire qui tend plutôt vers le film artistique. Sorte d’allégorie entre le travail du boss fer qui martèle son drum pour le transformer en une œuvre et le battement du fouet qui flagelle le zombi. Le réalisateur italien Yuri Ancanari s’est intéressé à une particularité rituelle du Nord d’Haïti avec une fête vaudoue appelée Kale Zombi. Il en a fait « Wipping Zombie » un très beau film de 30 mn, en compétition dans la catégorie des courts-métrages internationaux, présenté lors du Festival Cinéma du Réel à Paris au Centre Pompidou fin mars et début avril. À voir à Fokal le 2 juin prochain!

Les semaines culturelles haïtiennes à Milan, Rennes et Bruxelles

La « Settimana culturale haitiana » s’est tenue en Italie à Milan, du 5 au 9 avril. C’est la première semaine culturelle haïtienne à avoir lieu dans le cadre du Programme Européen pour la Culture. Quelques jours plus tard, elle s’est retrouvée à Rennes, du 11 au 15 avril et sera suivie d’une troisième Semaine culturelle à Bruxelles au mois de juin pour clore le cycle des activités internationales du programme.

Ce Programme Européen pour la Culture/Pwogram Ewopeyen pou Kore Kilti (PEC/PEKK), est mis en œuvre par le Volontariat pour le Développement d’Haïti (VDH) en partenariat avec la Fondation AfricAmericA et l’ONG italienne COOPI – COOPERAZIONE INTERNAZIONALE. Il est financé à 90% par l’Union Européenne sur 30 mois de 2015 à 2017. Son objectif : contribuer, à travers la culture, au développement économique et social d’Haïti, en renforçant les capacités opérationnelles des organisations culturelles et des professionnels de la culture, à travers la constitution d’un fonds d’appui à la création, production, diffusion, la formation (académique et technique) et le développement de marchés à l’international.

Dans chacune de ces villes, la découverte de la culture haïtienne se fait à travers une exposition artisanale soutenue par un catalogue trilingue présentant produits traditionnels ainsi que des pièces créées par les artisans haïtiens avec le designer italien Arturo Vittori. L’exposition artisanale est complétée par une exposition de photographies et des projections vidéo réalisées par Andrea Ruffini, qui replacent le travail des artisans dans leur contexte haïtien. Les Semaines Culturelles Haïtiennes offrent ainsi au public européen une occasion de découvrir la richesse de la création haïtienne et de développer de nouveaux marchés.

Un prix pour les contes de Mimi Barthélemy

Le livre de Mimi Barthélemy, notre célèbre conteuse disparue en 2013, a remporté le prix « Lire dans le noir »  de France Culture pour son CD « Ma Beauté affronte le diable » réalisé par les éditions  Oui’Dire. Le dernier album de Mimi Barthélémy, la plus illustre représentante de notre tradition orale originale, chante en créole et conte en français, dans son français. Elle y met sa patte, sa langue d’artiste, son âme. Elle est accompagnée ici a cappella de sa fille et de sa petite-fille sur des arrangements vocaux d’Amos Coulanges et de Manuel Mario Anoyvega Mora. Un bel hommage qui rend au conte toute la magie que Mimi Barthélémy savait y mettre pour envoûter petits et grands, en Haïti et dans le monde entier.

ATYSPANCH, UN NOUVEAU MASQUE HILARANT

Visage crispé, yeux dévisageant le vide, gestes non-coordonnés sous le poids  d’une parole retardée dont les mots résistent à la pesanteur et lèvres embobinées par des cordes musculaires. Voilà le masque qui fait rire depuis peu en Haïti, avec Atys Evens dont le nom d’acteur est Atyspanch : le bègue idiot. Appelé à devenir médecin, l’homme s’est essayé au métier de DJ avant de s’adonner uniquement à la musique et à l’art dramatique. 

Sa formation en théâtre

Atys Evens a entamé sa formation de comédien sur les bancs de l’école sous la direction du professeur de théâtre et d’arts plastiques Jean Denis Ganthier. Atyspanch a aussi bénéficié d’une formation théorique et pratique en cinéma avec le scénariste et humoriste Réginald Lubin. Cette série de séminaires sur l’art cinématographique a été possible grâce à la vision éclairée du Directeur général de son école, Gaëtan Amédée, dont le mérite, selon Atyspanch, a été d’inviter l’acteur et réalisateur de « La peur d’aimer » à partager son expérience avec les écoliers.

Premiers pas dans l’entertainment

Sa première apparition sur les petits écrans haïtiens remonte à 2013, lors de l’émission de divertissement très prisée « Comme si wow » sur Canal Bleu. À l’époque, il a été secondé par deux amis : Detgen  Schomberg (Patrice) et Steves Bryan Joseph (Sniper). Cette expérience comme présentateur à la télévision lui a donné le goût de se produire devant la caméra. En 2016, l’humoriste, de concert avec trois autres comédiens, Sexy, Sifraël (fils de Jesifra) et Gros Gérard, avait créé un groupe baptisé « NÈG YO ». Un partenariat s’est alors développé entre ces professionnels du rire et les responsables de la compagnie cinématographique Sekoya spécialisée dans la production et la réalisation de films documentaires. Les petites vidéos humoristiques qu’Atyspanch réalise au sein de cette structure ont été publiées sur les réseaux sociaux. Cela lui a donc permis de s’attirer la sympathie des opérateurs du marché de la publicité. Notons toutefois que son premier cachet comme artisan du rire a été de 150 dollars américains.

Origine du personnage Atyspanch

La création de ce personnage bègue et idiot tire son origine d’une plaisanterie survenue entre Atys Evens et ses amis de quartier. Racontant à ses camarades le récit d’un homme ayant brutalisé un autre, M. Evens a eu le malheur d’imiter l’effet sonore d’un coup de poing.

« Panch », avait-il crié, ce jour-là, au lieu de « Ping, Pim ou Pif ». Amusés par cette étrange onomatopée qui leur paraissait ridicule, les auditeurs de l’histoire en ont profité pour tourner Atys Evens en dérision. « Depuis, tout le monde, dans le quartier, m’appelle Panch  avec une intention négative. Pour défaire la mauvaise perception qu’on en avait j’ai alors adopté Atyspanch comme nom d’artiste »,  nous a expliqué l’humoriste.

Construction de la personnalité de Atyspanch

Atyspanch : bègue grimaçant, lourdaud et hébété. Ce sont les qualificatifs caractérisant au mieux ce personnage comique. Il a été inspiré, confie Atys Evens, des mimiques d’un cireur de bottes bégayant. Les contorsions du visage étaient si fortes, laisse entendre Atyspanch, qu’on avait l’impression que les mots se taisaient pour sculpter le visage selon l’intention du locuteur.

Presque tout le mécanisme de l’humour exploité par Atys Evens est axé sur cette déficience de l’élocution. Le rire est réglé sur ce trouble du  rythme de la parole. Le temps mis pour prononcer chaque syllabe est déterminant, fait savoir Atyspanch, car il crée le suspense susceptible de provoquer l’hilarité.

Robenson D’Haiti