États-Unis : Emeline Michele, la belle gonaïvienne internationale

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Georghes H. Rouzier / Challenges

Haïti a sa Diva, adulée par son public, célébrée et attendue à travers le monde depuis 15 ans. Emeline Michel compte 9 albums et un succès qui ne se dément pas pour la « petite fleur de la terre salée », comme la surnommait la presse haïtienne à ses débuts.

Née à Gonaïves, Emeline Michel s’est initiée à la musique en chantant du gospel dans l’église de son quartier d’accueil à Port-au-Prince. À douze ans, elle enregistrait déjà sa première chanson et, à 18 ans, elle gagna le Concours American Airlines, organisé en Haïti. C’est à ce moment que son destin bascule. Elle remporte le premier prix qui lui permet l’accès aux études musicales du Detroit Jazz Center pendant un an. C’est là qu’elle va côtoyer Aretha Franklin et Anita Baker, et c’est à leur contact qu’elle décidera de faire carrière dans la chanson.

De retour en Haïti, la belle créole sort en 1987 un premier album. Alors épouse de Ralph Boncy, son producteur, elle démarre une carrière internationale. Son duo avec le chanteur français Bernard Lavilliers en 1988 et le succès fulgurant de Flanm ont contribué à la faire connaître. En 1991, elle part pour Paris, puis Montréal. Au fil de ses concerts en France, en Belgique, aux États-Unis, au Canada, au Japon et en Afrique, elle devient l’une des artistes haïtiennes les plus connues et vendues dans le monde entier. En 1999, elle crée sa maison de production «Cheval de feu », son signe astrologique chinois, afin de maîtriser elle-même tous les aspects de sa carrière et de sa vision artistique. Elle passe du rara et compas haïtien au jazz, à la pop, la bossa-nova ou la samba, avant de plonger plus profondément dans son âme haïtienne. Cela donnera naissance, en 2000, à Cordes et Ames qui se classe très vite en tête des ventes en Haïti.

Emeline a su nourrir ses racines de la richesse d’autres musiciens haïtiens, mais aussi nouer des relations particulières avec l’Afrique et sa musique, notamment avec des artistes comme Mory Kanté et Manu Dibango, avec lequel elle fait une tournée à Paris et en province. En 2012, Emeline sort Quintessence qui réunit de nombreux talents (Yanick Lahens, Ralph Boncy, Fabrice Rouzier, James Germain, Ronald Tulle, Jean Christophe Mayard, Jowee Omicil). On lui décerne souvent le titre de  «Reine de la chanson haïtienne», de «Diva», ou de «Déesse de la musique créole»… Titres largement légitimés par ses 15 ans de succès. C’est d’ailleurs comme une reine qu’elle a été accueillie au 10e festival de Jazz de Port-au-Prince en janvier 2016. Cette année on aura beaucoup vu Emeline en Haïti, à l’invitation de la Minustah qui a choisi le trio formé avec James Germain et Beethova Obas pour évoquer la Paix, à la fois en musique mais aussi lors d’ateliers organisés à travers tout le pays. Elle a été aussi très présente à l’étranger de février à avril 2016 avec sa tournée «GlobalFest Carnival» avec Casuarina (Brésil) et Brushy One String (Jamaïque)  avec 35 dates aux États-Unis et au Canada. Invitée à la maison Blanche en juin pour commémorer le mois de l’Héritage caribéen, elle était aussi présente pour célébrer le Bastille Day à Boston, la fête nationale française, au lendemain de l’attentat de Nice.

La belle créole est programmée au Carnegie Hall à l’automne  et se prépare à composer des textes avec les jeunes dans les prisons juvéniles. Elle sera distinguée du Katherine Flon’s Award en novembre  2017 par la ville de New York. Chapô ba !

Stéphanie Renauld Armand


 

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D.R.

LES 13 ALBUMS D’EMELINE

1. Douvanjou ka leve
2. Flanm
3. Pa gen manti nan sa
4. Rhum & Flamme,
5. Tout mon temps
6. Best of…
7. Emeline Michel : The Very Best
8. Ban’m pase
9. Cordes et âme
10. Rasin Kreyol
11. Reine de cœur
12. Quintessence
13. Gratitude – Live in Paris