Jude Hervey day: Le sens du commerce

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Le ministre du Commerce et de l’Industrie, Jude Hervey Day,  avance à grande vitesse avec ses projets de renouveau industriel  et commercial à la veille des changements de 2016.
Par Adyjeangardy 

Le 7 février 2016, un autre gouvernement doit être mis en place avec la fin du mandat du chef de l’Etat, Michel Martelly, et le départ du chef du gouvernement, le Premier ministre Evans Paul, qui a confié il y a plus de dix mois le portefeuille du ministère du Commerce et de l’Industrie à l’ingénieur Jude Hervey Day. Celui-ci confie qu’il ne « compte pas les heures mais mesure les aires de chaque résultat accompli en peu de temps dans la perspective d’un développement durable. » Ce proche du chef de l’Etat, dont les conseils au gouvernement sont très écoutés, s’est bâti une réputation de réformiste. Formé à la faculté des Sciences de l’Université d’Etat d’Haïti, à titre d’ingénieur, il détient également une maîtrise de l’Ecole nationale du Génie rural des Eaux et Forêts de Montpellier (France) en hydraulique agricole. Jude Hervey Day a poursuivi ensuite des études au Maroc et à Aix-en-Provence en Administration et Gestion de projets. A son retour en Haïti, il s’est voué à la gestion des entreprises, à la construction de bâtiments commerciaux, industriels et résidentiels dans le secteur privé, notamment à la Hasco, à Sangamo-Barter, avant de s’orienter vers le secteur public (ministère des Travaux publics) et des institutions internationales parmi lesquelles l’USAID. Nommé ministre de la Planification et de la Coopération externe en 2011, il a été rappelé au gouvernement le 19 janvier 2015 au poste de ministre du Commerce et de l’Industrie.

« IL NOUS FAUT COMBLER LE RETARD PAR DES INVESTISSEMENTS SÛRS »

L’INTERVIEW

Dans quelques semaines, le ministère du Commerce et de l’Industrie devrait voir arriver une nouvelle équipe. Vous compulsez aujourd’hui un ensemble de dossiers comme s’il s’agissait d’un héritage. Quels sont ceux que vous estimez les plus urgents ? « Le plus urgent est de mettre sur les rails une industrialisation moderne et cohérente du pays. En tant que ministre du Commerce et de l’Industrie, je suis un ministre chargé des responsabilités de mise en forme d’une industrialisation tournée vers la commercialisation. Il nous faut combler le retard par des investissements sûrs. Le commerce devient dès lors une étape de valorisation de ces efforts d’investissements. La production nationale doit être la garantie d’un commerce national qui ne soit pas basé sur ce qui est importé. Une autre urgence est l’augmentation des zones franches pouvant multiplier les emplois. J’applaudis l’effort du Parc industriel de Lafito Global, après celui de Caracol, et les nouveaux projets en cours. Je reste également très attaché aux projets de microparcs per
mettant d’exporter, tel le microparc de la Grand’Anse (filière cacao) ou le microparc de la filière du sel et la réhabilitation des marais. Notre devoir est de regarder l’avenir autrement, d’investir massivement, pour pouvoir, ensuite, produire et commercialiser nos produits. Sinon, nous ne pourrons jamais avoir la sérénité que nous souhaitons. Dans cette perspective, je travaille sur des dossiers avec des calendriers d’exécution serrés et des dates de résultats qui doivent bénéficier de la continuité à partir de 2016, quel que soit le cas de figure. »

Quand vous parlez d’industrialisation massive dans tous ces domaines, vous envisagez d’investir des fonds publics ? En avez-vous les moyens ? « Je parle de création d’entreprises, de production de biens et de services, d’encadrement du secteur privé, d’accompagnement offert par le ministère que je dirige à tout investisseur désireux de s’impliquer dans le renouveau industriel et commercial, ce qui renforcera l’Etat qui doit œuvrer pour créer des richesses. L’Etat providence qui fait tout, qui dépense les fonds publics pour rassembler sous sa coupe tous les travailleurs est une option obsolète. La meilleure formule c’est la success story qui trop souvent nous manque et que nous ne pouvons atteindre qu’une fois que les moyens sont mis à la disposition de l’investisseur. L’Etat peut financer des investissements industriels et commerciaux porteurs de richesses sans être obligé de les gérer. L’Etat le fait déjà mais n’aura pas les moyens pour que tout repose sur ses épaules fragiles. Il faut des banques de développement, des banques industrielles et non seulement des banques commerciales. Quand je parle d’industrialisation massive, je pense à un effort collectif devant passer de l’investissement à la capacité de développement au niveau régional, communal, départemental ou national. L’Etat n’a pas les moyens aujourd’hui de prendre le risque de tout absorber face à des investisseurs indécis qui ont peur des risques. Or il y a des moyens disponibles et du profit à tirer si les affaires sont réglées avec intelligence. Entre l’Etat et le secteur privé il doit exister une véritable carte de confiance. Je reconnais qu’il y a des années une perte de confiance a été constatée entre le secteur privé des affaires et l’Etat régulateur. Ce que je fais en tant que ministre, c’est renforcer cette confiance, me rapprocher des secteurs productifs, les supporter et établir des structures de suivi pour qu’à l’avenir cette confiance ne puisse plus se briser. »

HerveyDay.


 DATES CLÉS

1952
Naissance le 28 avril
Juin 2011
Ministre de la Planification et de la Coopération externe
Janvier 2015
Ministre du Commerce et de l’Industrie


 

Pari difficile, quand on sait que le droit foncier n’est pas respecté et peut faire tomber à l’eau un investissement industriel ou commercial…
« Mais c’est ce que nous sommes en train de changer ! L’Etat s’engage résolument aujourd’hui à faire reculer l’insécurité foncière dans les projets de partenariat industriel ou commercial public-privé. La dictature des lois comme disait Montesquieu devient nécessaire quand les intérêts de la communauté sont mis en jeu. Il nous faut toujours être prêts à appliquer la loi équitablement. Notre devoir à tous est de protéger les investissements. Face aux réalités foncières, l’Etat doit être toujours présent. Celui qui investit légalement dans une branche industrielle ou commerciale doit savoir qu’il va être défendu en jouissance garantie. Le fermier de l’Etat doit savoir qu’il peut en profiter non seulement en propriété mais aussi en jouissance. Le ministère du Commerce et de l’Industrie travaille sur des pistes à suivre pour résoudre ce type de problème et corriger les abus. »

N’y a-t-il également pas d’autres abus à corriger ? Par exemple le fait que des contraintes internationales, notamment à l’OMC, ont entraîné la libéralisation de tous nos échanges depuis 1996 : le système de tarifs appliqué à Haïti est depuis lors destructif, l’agroalimentaire a été sacrifié… Avez-vous tenté de réviser ces accords ?
« L’accord de 1996 que vous évoquez fait partie des éléments sur lesquels nous sommes en train de revenir pour une révision conforme à nos objectifs industriels et commerciaux afin de mieux défendre nos intérêts. Haïti a signé par le passé un certain nombre d’accords commerciaux défavorables, le pays a évolué maladroitement au sein l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et nous avons ainsi porté des costumes trop larges. Mais je veux signaler que nous n’étions pas obligés de signer ces accords. Des pays mieux structurés que nous les ont refusés. Aujourd’hui, à l’OMC, nous avons une feuille de route.»

Y a-t-il aussi une feuille de route concernant la loi Hope/Help ? Pouvons-nous dire qu’elle est profitable à Haïti quand des avantages tarifaires sont offerts par les Etats-Unis alors que les autorités haïtiennes n’ont aucune capacité d’améliorer leurs productions ? « Je l’ai dit récemment à l’ambassadeur américain, Peter Mulrean. J’ai remercié les autorités américaines au nom du gouvernement haïtien pour le renouvellement de la loi Hope/ Help mais j’ai souligné que l’impact en sera plus fort s’il y a un accompagnement financier pour la construction de lieux de production modernes dépassant les 7 000 m2 d’aujourd’hui. Nous avons besoin de lieux de 13 000 ou de 17 000 m2 pour atteindre ce que la loi Hope/Help attend de nous, pour accueillir davantage de travailleurs et arriver à des échelles plus élevées. Avec le ministère des Finances, le ministère du Commerce et de l’Industrie étudie un plan en ce sens. »

« L’ETAT PROVIDENCE QUI FAIT TOUT, QUI  DÉPENSE LES FONDS PUBLICS POUR RASSEMBLER SOUS SA COUPE TOUS LES TRAVAILLEURS EST UNE OPTION  OBSOLÈTE »

 

Avez-vous également un plan pour répondre aux plaintes formulées par la République dominicaine suite aux mesures que vous avez adoptées pour certains produits transitant par la frontière terrestre ?
« Je n’ai pas de plan pour cela parce que ces plaintes n’existent pas. C’est de la surenchère ! J’étais prêt à y faire face pour gagner l’une des plus belles batailles commerciales de notre pays mais je me suis rendu compte qu’il n’y avait aucune plainte ! Nos voisins ont sans doute compris qu’Haïti a le droit d’adopter des mesures de protection. L’obligation des contrôles de qualité est reconnue en République dominicaine comme en Haïti. Nous ne pouvons leur faire plaisir en acceptant qu’ils passent où ils veulent sur notre territoire et comme ils l’entendent sans rien contrôler. C’est un partenaire comme tous les autres, les règles du jeu qui guident les intérêts de notre peuple sont inviolables. »

Le secteur informel se dit sanctionné lui aussi par ses décisions. Comment voyez-vous son avenir ?
« Le secteur n’est plus informel parce qu’il se formalise. Le ministère du Commerce et de l’Industrie ne peut livrer aux caprices de qui que ce soit ce qu’on appelle l’informel. Le ministère défend chaque petit entrepreneur. Il lui offre désormais du crédit, l’aide à obtenir une patente, etc., ce qui permet à l’Etat de ne plus ignorer les PME. Nous les invitons à obtenir des cartes d’identité professionnelles, à recevoir une formation de commerçants et nous promulguons des lois qui soutiennent ce secteur. Ainsi, nous sommes en train de nous projeter vers le futur. »