Jocelerme Privert: Un professionnel au service de l’État

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« Tant que nous les Haïtiens, nous ne serons pas décidés à faire l’effort de sortir notre pays de ce cycle d’instabilité chronique, nous aurons toujours à vivre des crises économiques.»
« Tant que nous les Haïtiens, nous ne serons pas décidés à faire l’effort de sortir notre pays de ce cycle d’instabilité chronique, nous aurons toujours à vivre des crises économiques.»

Il réussit souvent là où les autres ont échoué. Mais depuis son installation comme président provisoire de la République, le technocrate se voit confronter à des difficultés pour remplir sa mission fondamentale qui est d’assurer la transition vers le retour à l’ordre constitutionnel.

Par Cossy Roosevelt.

Né le 1er février 1953 à Petit Trou de Nippes, Jocelerme Privert rentre dans la capitale haïtienne (Port-au-Prince) en 1969 pour poursuivre ses études classiques au Lycée Alexandre Pétion au terme desquelles il intègre en 1976 l’École Normale Supérieure où il décroche sa licence en science de l’éducation. Il s’oriente par la suite vers l’INAGHEI (Institut national d’administration de gestion et des hautes études internationales) pour obtenir cette fois-ci une licence en Administration publique en 1983. Parallèlement, il suit des cours en comptabilité à l’Institut Maurice Laroche sanctionnés par un diplôme de comptable. Au premier trimestre de l’exercice fiscal 1978-1979, il intègre, par suite d’un concours de recrutement organisé par le Ministère de l’Économie et des Finances, l’École Nationale d’Administration Financière (ENAF) ou il obtint un diplôme de formation B section Impôts qui lui permet d’entamer sa carrière professionnelle à la Direction Générale des Impôts le 1er octobre 1979 comme inspecteur comptable affecté au service de la vérification des états financiers. Le désir d’approfondir davantage ses connaissances le conduisit à l’Université Quisqueya pour une formation en sciences économique.

En 1992, participa, à l’invitation du Département des Finances Publiques du Fonds Monétaire International (FMI) a un programme de formation à Washington en finances publiques, organisé par cette Institution en collaboration avec l’Institut du Fonds Monétaire l’internationale. De retour au bercail, Jocelerme Privert, connu surtout dans le milieu pour son expertise en fiscalité, devient membre de plusieurs organisations socioprofessionnelles dont l’Ordre des comptables professionnels agréés d’Haïti (OCPAH, l’Association Interaméricaine de Comptabilité (AIC) et l’Association des Économistes Haïtiens (AEH). Jocelerme Privert, ce technocrate convaincu, pour répéter une expression que lui prête souvent Le Nouvelliste, est assez souvent appelé à jouer un rôle politique, comme ce fut le cas en 2002 au ministère de l’Intérieur et au Palais national depuis le 14 février 2016.

L’INTERVIEW

Élu président provisoire de la république au second degré, avec pour mission fondamentale l’organisation des élections, cette tâche s’est révélée difficile dans la mesure où vous avez hérité le pouvoir d’un gouvernement qui a laissé les caisses de l’État pratiquement vides. Comment avez-vous pu répondre aux priorités jusque-là ?
Je n’aime pas utiliser l’expression « caisses vides ». D’ailleurs, les caisses de l’État ne sont jamais vides parce qu’elles sont alimentées continuellement par les taxes perçues pas la Direction générale des impôts (DGI) et par la douane. 365j/365, les contribuables paient leurs droits et impôts qui sont versés directement à la trésorerie de l’État. Cependant, j’avoue que les caisses de l’État peuvent ne pas être totalement bien pourvues mais elles ne sont jamais vides. À mon arrivée à la présidence du pays en février 2016, la situation économique et financière ne nous permettait pas d’entreprendre beaucoup d’actions, d’autant que ma mission n’est pas de provoquer le développement économique et social d’Haïti. Ma mission n’est pas non plus d’ouvrir de grands chantiers à travers le pays, de construire de grandes infrastructures routières…ma mission je le répète, était de relancer le processus électoral initié au cours de l’année 2015 après l’évaluation des étapes déjà franchies, en s’assurant que les élections soient honnêtes, transparentes, crédibles et démocratiques. Et pour organiser de bonnes élections il nous faudrait disposer des moyens financiers nécessaires. Or, parallèlement, nous avions eu à faire face à certains engagements pris par le gouvernement antérieur en termes de dettes accumulées. Nous sommes obligés de tout faire pour stopper la dégringolade de la monnaie nationale et ainsi éviter l’asphyxie de l’économie nationale. En ce sens, nous avions adopté au tout début une batterie de mesures rigoureuses, comme la limitation au strict minimum des dépenses publiques, éviter les dépenses excessives et non essentielles, conclure avec le support de la BRH un programme de cash management, renoncer au gaspillage des maigres ressources du Trésor. Ces mesures n’ont certes pas arrêté la dégringolade de la gourde, mais ont permis de contenir l’expansion du déficit budgétaire. Des résultats concrets! À titre d’exemple, le gouvernement que j’ai formé n’a pas fait l’acquisition de véhicules neufs pour les ministres et directeurs généraux, une disposition qui s’inscrit dans le cadre des restrictions des dépenses non essentielles de l’État.

Votre administration est-elle parvenue à régler toutes les dettes laissées par l’ancienne équipe ?
Prenons Petro Caribe. L’État haïtien a cessé de payer sa facture pétrolière de juillet 2015 à janvier 2016. Quand je suis arrivé ici, nos dettes à court terme totalisaient 85 millions de dollars. Parallèlement, on avait des dettes envers les firmes ayant des contrats de prestation de service et d’exécution de travaux avec l’État haïtien de l’ordre de 127 millions. Les ressources en dollars et en gourdes dont disposait le Bureau de Monétisation de l’Aide Publique au Développement (BMPAD), qui gère les accords de Petro Caribe étaient insuffisantes pour couvrir ces dettes. Ledit Bureau était donc en état de cessation de paiement. Il n’était pas en mesure de payer ses dettes. Au niveau des autres structures de l’administration publique, nous ne sommes toujours pas en mesure de liquider l’ensemble des salaires des professeurs des écoles publiques et privées engagées dans le cadre du Programme de Scolarisation Universelle Gratuit et Obligatoire (PSUGO). Nous avons trouvé près de 3000 professeurs qui n’ont pas reçu leur salaire depuis deux ans, de même qu’au niveau des écoles nationales, pas moins de 3000 enseignants avec leur lettre de nomination revendiquent leur émolument alors que beaucoup d’autres qui interviennent dans les salles de classe, sans lettres de nomination, donc en situation irrégulière attendent d’être payés par l’État. Ajoutons à ce lot, des fournisseurs de service qui nous harcèlent à longueur de journée pour des dettes contractées par l’ancienne administration. Nous avons reçu récemment les factures de l’événement culturel Carifiesta. Nous avons fait des efforts pour honorer certaines dettes mais beaucoup restent en souffrance. Je n’exagère pas en disant que « nous étions en situation de pénurie financière ». Ceci étant dit, avec les ressources du trésor public aussi maigres soient-elles nous devrons prioriser le financement des élections. Il fallait tout aussi bien continuer à faire tourner la machine administrative. Des dettes que l’État avait vis-à-vis de plusieurs partenaires et de firmes contractantes auraient dû être liquidées.

Le Cep actuel a hérité aussi des dettes de l’ancienne machine électorale, et au risque de perdre tout le soutien financier international, vous avez créé une commission d’évaluation. Ne craignez-vous pas de rater votre mission fondamentale ?
Je persiste à dire qu’il était impossible de relancer le processus électoral sans créer les conditions de rétablir la confiance des acteurs dans le processus électoral. Les consultations et concertations avec les acteurs politiques que m’imposait l’accord du 5 février 2016, ont amené autour de la table des revendications importantes et obligatoires qu’il fallait prendre en considération. La formation d’une Commission indépendante d’évaluation électorale, bien avant ma prise de fonction, était l’une des revendications récurrentes de la quasi-totalité des acteurs politiques. Les rencontres que j’ai eues avec eux dans le cadre de ces consultations, n’ont fait que le renforcer. Cette décision n’a pas plu à certains partenaires qui ont publiquement exprimé leur refus de contribuer au financement du nouveau processus, portant particulièrement sur la reprise du premier tour des présidentielles. Le budget des élections soumis par le Conseil Électoral Provisoire tablait sur un montant de 55 millions de dollars. Il nous revenait, en tant que responsable, d’assumer notre responsabilité en nous engageant à rechercher les moyens financiers nécessaires. Aujourd’hui, je ne peux que me réjouir que certains partenaires, après évaluation et une meilleure compréhension de notre détermination à réaliser ce processus électoral de manière exemplaire en termes de crédibilité et de neutralité, aient décidé de nous rejoindre en acceptant de nous appuyer à leur matérialisation. Je répète que ces élections seront, en ce qui me concerne, crédibles, transparentes et démocratiques. Que le meilleur gagne!

Jamais auparavant la situation économique du pays n’avait été aussi catastrophique. À qui la faute, Monsieur le président?
Le pays, d’une manière générale et ceci depuis la fin des années 70, se trouve dans une situation économique et financière caractérisée par une récurrente instabilité macroéconomique. Le docteur René Aubourg, au cours d’une présentation sur l’économie haïtienne dans le cadre d’une conférence organisée par le Bureau d’intelligence et de recherche du Département d’État américain, a décrit comme suit la performance économique d’Haïti : Il a fallu à Haïti 51 ans, de 1960 à 2011, pour voir son PIB réel doubler. Il conclut, pour dire, s’il nous a pris un demi-siècle pour réaliser ce que des pays asiatiques ont réalisé en moins d’une décennie, c’est que nous avons souvent enregistré des taux de croissance négatifs. Autrement dit, nous avions souvent marché à reculons. C’est ce que, dans la littérature récente sur la croissance et le développement, on appelle un désastre économique.
Président pendant cinq ans de la Commission Économique et Finances du Sénat en charge de l’analyse des lois de Finances, Coprésident de la Commission Bicamérale de décharge, je m’estime être la meilleure personne pour en parler. Cependant, il ne me revient pas d’indexer qui que ce soit. Ce n’est pas dans mes habitudes. Je concède toutefois que la situation s’est davantage détériorée au cours des dernières années. Il faut aussi reconnaître que l’instabilité politique n’est pas incitative à la stabilité macroéconomique. J’insiste pour dire que l’instabilité politique est facteur de crise économique. Tant que nous les Haïtiens, nous ne nous serons pas décidés à faire l’effort de sortir notre pays de ce cycle d’instabilité chronique, nous aurons toujours à vivre des crises économiques. Faut-il rappeler que les trois ans de coup d’État cruellement ont contribué à l’appauvrissement du pays. Le taux de change de la gourde par rapport au dollar a atteint son plus haut niveau (100%), en 1992.au beau milieu du coup d’État de 1991. Jusque-là, le taux de change oscillait, entre 30% et 40%. Au retour d’exil du Président Aristide, la situation macroéconomique s’était totalement détériorée une conséquence directe de l’instabilité politique. Chaque fois que nous provoquons des crises politiques, nous encourageons les crises macroéconomiques qui vont avoir de lourdes conséquences sur les conditions de vie de la population. Mon message c’est qu’il nous faut un jour cesser de creuser le fossé…

Matthew, un coup dur de la nature. Il semble que vous ne vous attendiez pas à une catastrophe naturelle d’une telle ampleur ?
Pendant mes deux ans au ministère de l’Intérieur et des collectivités territoriales, j’ai assuré la présidence du secrétariat permanent de gestion des risques et désastres (SPGRD). Je mesure le degré de vulnérabilité d’Haïti qui se retrouve malheureusement dans une zone à haut risque en termes d’évidence de catastrophes naturelles. Nous devrions en conséquence nous préparer à y faire face. Vous savez, les dégâts provoqués par une nouvelle catastrophe naturelle résultent de nos actions antérieures. Ce qu’il faut comprendre, l’instabilité politique qui a entraîné l’instabilité macroéconomique a occasionné aussi la détérioration des conditions de vie de la population et pour survivre cette population va exercer des pressions démesurées sur l’environnement accélérant ainsi sa dégradation. Il y a aussi notre incapacité à réparer les dégâts provoqués par une précédente catastrophe vu l’absence de moyens financiers. Nous n’avions pas encore fini de réhabiliter les dégâts provoqués dans certaines régions du pays par le passage de quatre cyclones en 2008, nous avons eu Noël en 2010 et Sandy en 2012 et aujourd’hui Matthew.

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Dans le cas spécifique de l’ouragan Matthew qui a terriblement frappé le Grand Sud (Grand’Anse, Sud, Nippes et Sud Est) et une partie du Nord-Ouest, les expressions ne manquent pas pour qualifier le drame qu’il a laissé derrière lui. C’est un désastre écologique, une situation apocalyptique pour reprendre certaines déclarations. Ce qui nous oblige à questionner notre politique environnementale, à prendre des mesures idoines pour limiter prévenir de nouveaux dégâts. Matthew nous a touchés au niveau économique, social, sanitaire, infrastructurel. Les dégâts sont énormes. Les interventions indispensables à faire pour réhabiliter ou reconstruire les infrastructures détruites ou endommagées sont limitées par la précarité des moyens financiers que nous ne disposons pas encore. Matthew a aussi retardé notre mission fondamentale qui est l’organisation des élections en fonction du calendrier qui avait été établi. Aujourd’hui, nous avons deux défis majeurs : Créer les conditions nécessaires à l’organisation des élections en réhabilitant les routes endommagées et détruites, en réhabilitant les centres de vote détruits ; et simultanément en assistant nos compatriotes qui vivent dans une situation précaire suite au passage de Matthew. En tant que responsables de l’État, il nous faut définir nos priorités, se serrer la ceinture pour affronter les difficultés actuelles. En raison des dégâts de Matthew, le budget électoral s’est alourdi, et de fait, il nous faut de nouvelles ressources. Rien que pour assurer le déploiement de la Police Nationale d’Haïti pour sécuriser les convois de matériels électoraux sensibles, sécuriser les centres de vote et les électeurs, des ressources supplémentaires de près de Cent Millions de (98, 378,197) gourdes sont nécessaires et doivent être pourvues.
Sans évoquer les 388 écoles endommagées ou détruites qu’il nous faut rapidement réhabiliter pour permettre le retour des enfants dans les salles de classe. Sans oublier également les cinq cents kilomètres de routes endommagées ou détruites qu’il nous faut réparer. Les dégâts de Matthew sont aujourd’hui évalués à 122 milliards de gourdes, soit le budget de la République.

Plus d’un mois après le passage de l’ouragan Matthew, de quelle aide le pays a-t-il le plus besoin?
Beaucoup de chefs d’État et de Gouvernement de différentes régions du monde nous ont manifesté leur solidarité, par des visites sur place et particulièrement dans les zones affectées, des appels téléphoniques, des correspondances, certains ont envoyé de l’aide alimentaire et non alimentaire, des équipements de transport, des systèmes de traitement d’eau, des matériaux et matériels de construction etc. Ces aides, somme toute humanitaires et des premiers moments, nous les apprécions, à leur juste valeur. Mais je précise que l’aide dont le pays a vraiment besoin aujourd’hui est un support substantiel pour la réhabilitation post-désastre. C’est elle qui permettra aux victimes des zones affectées dans le très court terme, de se relever et de recommencer à vivre dans la dignité. Il nous faudra recapitaliser les agriculteurs, les éleveurs, les pécheurs, les commerçants pour la relance de l’activité économique afin que demain, quand l’aide humanitaire aura cessé, le pays ne se retrouve pas dans une situation de crise alimentaire.

Des membres du secteur privé des affaires expriment leur désaccord à la distribution d’aide humanitaire sur une longue période, estimant que cela peut avoir des conséquences sur le commerce et donc sur l’économie du pays. Quelle est votre approche sur la question ?

Je comprends leur inquiétude, et c’est la nôtre aussi, que le pays ne s’enlise dans une spirale de réception de l’aide alimentaire au détriment des producteurs nationaux. S’il nous faut réhabiliter notre économie, s’il nous faut rétablir notre stabilité macroéconomique, s’il nous faut éviter un exode des populations sinistrées vers les grandes villes, nous devrons les fixer dans leur localité en leur permettant de recommencer à travailler, à construire eux-mêmes leurs propres richesses. J’apprécie les réactions de certains membres du secteur privé des affaires qui, à leur niveau, sont impliqués dans la structure qui gère les risques et désastres.

Théoriquement les élections devraient se tenir dans un délai raisonnable pour faciliter l’investiture d’un président légitime le 7 février 2017. Le nouveau calendrier électoral nourrit des doutes, d’autant que certains vous accusent de vouloir rester au pouvoir jusqu’au 14 mai. Que répondez-vous ?
C’est de la folie de penser à une telle absurdité. J’ai commencé ma carrière dans la fonction publique le 1er octobre 1979, comme fonctionnaire à la Direction Générale des Impôts. J’ai, pendant près de 18 années de service, gravi tous les échelons dans cette Institution, jusqu’à en devenir son directeur général. J’ai contribué à sa modernisation et à son efficacité reconnues par tous. Tout cela a convaincu les autorités à me confier d’autres responsabilités, comme celles de secrétaire d’État et de ministre. Ces importantes fonctions et mon élection comme Sénateur de la République sont des atouts suffisants pour justifier d’une certaine capacité à Présider au niveau plus élevé les destinées les destinées de mon pays. Combien de mes compatriotes disposent d’un tel cheminement, d’une telle expérience ou carte de visite dans le secteur public ? Si j’étais motivé par le souci du pouvoir, tenant compte de ce profil très alléchant, je serais parmi les 54 candidats à la présidence en 2015. J’avais tout le support, toute la logistique pour être candidat. Mais, mon principal mobile, mon ambition, n’est pas le pouvoir pour le pouvoir, c’est la possibilité de contribuer au bien-être de mes compatriotes. Je suis président provisoire aujourd’hui parce que certains de mes compatriotes ont failli à leur responsabilité. Je suis président provisoire parce que j’ai créé une certaine confiance au niveau de la société, de mes collègues parlementaires, par ma personnalité, ma carrière, mon dévouement pour le service public et mon peu d’ambition pour le pouvoir. Et c’est cette confiance qui m’a été rendue par mes collègues sénateurs et tous les secteurs de la société haïtienne qui me permet aujourd’hui d’être président provisoire. Le but de ma présence à la tête de ce pays c’est de réaliser cet objectif désirable que depuis 1986 nous avons failli d’atteindre : la stabilité politique indispensable au développement économique et social du pays, laquelle passe absolument par l’organisation d’élections libres, transparentes, crédibles, démocratiques, pour que les destinées du pays soient prises en charge par des autorités disposant de toute la légitimité populaire et constitutionnelle requise en la circonstance. Mon choix, mon engagement, ma responsabilité aujourd’hui c’est que ces élections se tiennent sans interférence aucune du Pouvoir Exécutif. Jusqu’à aujourd’hui, le Conseil Électoral Provisoire jouit d’une totale indépendance par rapport aux autorités de l’Exécutif dans ses deux composantes.

Avez-vous de bonnes relations avec les anciens présidents Aristide, Préval et Martelly?
Je vous fais cette confidence, le Président. Michel Martelly m’a demandé un jour, entre Aristide et Préval avec qui j’entretiens la meilleure relation? Ma réponse, j’ai rencontré le président Aristide pour la première fois le 21 Août 1995, le jour même où j’allais être nommé directeur général de la DGI. J’ai rencontré le président Préval quelques semaines plus tard, alors que ma première rencontre avec Michel Martelly était en 1988 sur un terrain de football et nous sommes restés amis depuis. Pas plus tard que la semaine dernière, je lui ai rendu une visite de sympathie à l’occasion du décès de sa mère. Il y a environ deux semaines, j’ai discuté avec le Président Aristide que je rencontre régulièrement de même que le Président Préval, avec qui j’entretiens de très bons rapports. Tout ça pour vous dire que je suis en contact avec les trois anciens présidents. J’ai aussi de très bonnes relations avec les candidats à la présidence. Mais, en ce qui concerne les élections, c’est le peuple qui décidera et non l’appareil de l’État, encore moins Jocelerme Privert.

Pourtant, Monsieur le président, des mauvaises langues laissent entendre que vous êtes capable d’influencer le Cep au profit de Fanmi Lavalas…
Je vous recommanderais d’approcher le Cep en ce sens. J’entretiens que des relations institutionnelles avec le Conseil électoral provisoire. Mes rencontres avec le Conseil Électoral Provisoire sont toujours publiques. La dernière rencontre tenue le lundi 7 novembre 2016, en présence de tous les acteurs concernés (nationaux et internationaux) avait pour unique objet l’évaluation l’état d’avancement des préparatifs, en cours pour la tenue du premier tour des compétitions électorales programmées pour le 20 novembre 2016. Il s’agissait d’arrêter les dispositions nécessaires pour que tous les centres de vote affectés par Matthew soient rendus fonctionnels et réparer toutes les routes endommagées.

Quel est l’avenir politique de Monsieur Jocelerme Privert après l’installation du nouveau président de la république?
Je reste un serviteur public. Je n’ai pas besoin d’être président, je n’ai pas besoin d’être ministre pour servir mon pays. Combien de citoyens servent le pays sans pour autant occuper une fonction politique? J’ai une fonction de serviteur public en dehors de la présidence. Je continuerai à servir mon pays.