Jerry, star du street art

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LE STREET ART de Jerry
LE STREET ART de Jerry

Ses graffitis enjolivent les murs de Pétion-Ville et de la capitale haïtienne. Ils nous parlent, plus avec des images que des mots, mais avec toujours une pertinence et un esprit  qui font toute la philosophie du « street art », l’art des rues. Ils sont signés JERRY !

Jerry est un digne représentant haïtien du street art, cet art provocateur et protestataire né dans les années 60 aux États-Unis. Il s’agit alors de messages, d’apostrophes, de lettrages, dont Cool Earl and Cornbread sont les artistes phares à Philadelphie. Lorsque le mouvement se répand à New York dans les années 70, s’y ajoutent des illustrations. Et progressivement, ce langage qui s’approprie les murs de la ville, devient fresques, couleurs, ne se cantonne plus aux murs et à l’espace public et va devenir un véritable mouvement artistique qui entre dans les galeries d’arts et les musées.

Jerry, le Banksy d’Haïti

Dans les années 2000, ce type d’art a trouvé son apogée et atteint des records dans les salles des ventes internationales. Son plus célèbre représentant, Banksy, fait des émules dans le monde entier. En Haïti, pays au fort tempérament artistique, c’est Jerry qui défie les murs restés debout après le séisme de janvier 2010. Il n’y en a plus à Port-au-Prince, il graphera donc ceux de Pétion-ville. Silhouettes, caricatures, portraits, scénettes, slogans : Jerry dépeint en quelques traits et couleurs, les duretés de la vie quotidienne, les injustices sociales, les scandales politique. Il compose une galerie de portraits où l’on reconnaît sans peine les personnages de la scène locale. Il graphe aussi les clins d’oeil et les blagues… déroulant sur les surfaces de la ville un véritable pan de son histoire et de ses déboires. Son humour et son œil vif se mesurent à son talent artistique. Ses messages critiques visent aussi bien la corruption que le scandale du choléra.

Jerry Moise Rosembert est né à Port-au-Prince. Il a grandit sans maman, il a très vite aimé dessiner, griffonner et bientôt grapher. Mais il a aussi acquis les bases de son art à l’Enarts. Son talent pour raconter les histoires a commencé à séduire des organisations et des ONG établies en Haïti. Certaines comme l’UNICEF ou UNFPA lui ont même commandé des messages ou des illustrations pour accompagner des ouvrages de sensibilisation et des campagnes d’éducation.

Des murs qui parlent

PHOTOGRAPHIES PAR NADIA TORRES
PHOTOGRAPHIES PAR NADIA TORRES

Depuis quelques mois, c’est tout un mur de la rue Panaméricaine qui offre aux passants une fresque picturale décrivant… essentiellement des péripatéticiennes. Cette curieuse commande vient du propriétaire du centre commercial qui se niche derrière les hauts murs décorés par Jerry. Mais il faut reconnaître qu’elle a paradoxalement le mérite de vouloir inclure dans le paysage local ce sanctuaire réservé. Elle a même fait passer le concept de l’art des rues à l’art d’une rue entière…

Serait-ce en Haïti, le début d’une tendance qui veut que, comme dans le reste du monde, le street-art soit progressivement commissionné par les mécènes avant de s’introduire dans les galeries d’art ? La tendance fera-t-elle des graffitis de Jerry un produit artistique capable de s’imposer sur les murs intérieurs des maisons privées ? Ou faut-il y voir la naissance d’un nouvel art urbain ? Au pays des galeries de rue, si Jerry n’est pas prophète, il est au moins un talentueux précurseur. Celui qui a su ériger son nom en signature de fresques publiques !

Stéphanie Renauld Armand