Jean Robert Estimé: Une agriculture moderne et compétitive

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James Exalus / Challenges

Fils du président Dumarsais Estimé, Jean Robert Estimé est ingénieuragronome. Il a enseigné à la Faculté d’Agronomie et à la Faculté de Droit et de Sciences économiques avant de devenir ministre des Affaires étrangères puis ambassadeur d’Haïti en France. Depuis 25 ans, il a dirigé ou participé à plusieurs programmes de l’USAID dans le monde. Il dirige aujourd’hui le projet Feed the Future Haiti/ Chanje Lavi Plante.

Ae monde rural haïtien est parmi les plus pauvres et les plus dégradés au monde. Principales raisons à cela : la faible productivité agricole, la surpopulation, le déboisement et l’érosion, le non-respect des lois et le manque d’investissements productifs. De plus, le secteur agricole ne représente plus que 25 % environ du PIB (près de 50 % en 1980).

La population de 10 millions d’habitants (3 millions en 1950) compte 50 % en zone rurale. Plus de 150 000 hectares cultivables ne sont pas exploités. Les grandes exportations agricoles (café, sisal…) ont cessé ; seulement un peu de mangues, de cacao et d’huiles essentielles (30 millions de dollars US environ). Sans oublier les énormes importations de produits agricoles et alimentaires (800 millions de dollars US environ). Le paysan haïtien représente en fait environ 1 million de familles (exploitation couvrant à peine 1 ha), de très faibles revenus, des techniques archaïques, l’absence de ressources et d’encadrement. Les paysans se regroupent en associations généralement dynamiques, désireuses de progresser, dans un contexte de détérioration de l’environnement. Mais nous ne sommes pas désespérés. Il nous faut pour sortir de ce cercle, moderniser l’agriculture et transformer les paysans en agriculteurs, relancer la production nationale pour assurer la sécurité alimentaire et servir de base à l’agro-industrie, restaurer l’environnement, développer les infrastructures rurales et renforcer la bonne gouvernance pour faciliter l’investissement. Pour la modernisation agricole, il existe de nouvelles techniques que nous priorisons, par exemple le système de riziculture intensive (SRI) introduit en 2010, qui double les rendements avec moins de semences, d’eau et d’engrais, les plantations en rangées doubles pour la banane plantain, l’utilisation de semences à haut rendement, la fertilisation sur mesure grâce aux laboratoires des sols de proximité, des cultures sous serre avec irrigation goutte à goutte, l’amélioration des opérations post-récolte, l’utilisation de silos et de matériels de transformation plus performants.
L’agriculture est une source de richesses (un hectare cultivé selon des techniques modernes rapporte plus à une famille qu’une année de travail dans une usine). De plus, l’agriculture protégée (sous serres) et verticale rapporte 10 fois plus que l’agriculture traditionnelle et permet de libérer des espaces pour le reboisement en montagne.
C’est sur cette base que Feed the Future Haiti/Chanje Lavi Plante, un projet de trois ans (2015-18), qui fait partie de l’initiative mondiale du président Obama contre la faim, nourrit quatre grandes composantes: augmentation de la productivité agricole, stabilisation des bassins-versants, amélioration de la transformation et de la commercialisation des produits, renforcement de la capacité des organisations rurales, en étroite collaboration avec le ministère de l’Agriculture. Nous estimons que l’agriculture et l’agro-industrie sont des richesses sous exploitées dans le pays. Nous devons relancer la production nationale avec des innovations techniques, l’expansion des systèmes d’irrigation, offrir des semences de qualité et une grande augmentation du crédit au monde rural. Les opportunités d’investissements dans l’agro-industrie sont énormes et représentent un marché de plusieurs centaines de millions de dollars. Il nous faut utiliser les meilleures techniques et un équipement moderne pour être compétitifs. Il faut surtout y croire et avoir du plaisir en le faisant.
* Intervention lors du Forum Agribusiness le 17 novembre

«  NOUS ESTIMONS  QUE L’AGRICULTURE  ET L’AGRO-INDUSTRIE  SONT DES RICHESSES SOUS- EXPLOITÉES DANS LE PAYS  »