Jean-Robert Argant

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« Monsieur Anti-corruption », voilà un qualificatif qui sied parfaitement à cet
homme dont le combat contre la corruption est, sans contredit, un engagement pour l’Avenir. Il ne se berce pourtant pas d’illusions et sait pertinemment que « la lutte prendra du temps ». 

Comme Georges Orwell, auteur britannique du célèbre ouvrage 1984, Alix Philippe Jean-Robert Argant croit dur comme fer en une chose : ‘’Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice’’. La corruption n’est pas pour lui ‘’un cheval de bataille’’. L’expression recèle trop d’opportunisme, l’apanage des politiciens. D’ailleurs, cet homme né le 3 novembre 1945 à Port-au-Prince, qui a grandi dans le respect de soi et l’intégrité, estime n’avoir rien d’un politicien puisqu’il ne sait ni mentir, ni tromper et encore moins bluffer… Pour ‘’Jobeet’’, comme ses intimes aiment bien le surnommer, la corruption est un mal, un cancer qu’il faut guérir, éradiquer par le miracle de la détermination forcenée et la puissante volonté de vivre dans une société équitable.

Habitué à mener les hommes, pour avoir été à tour de rôle, Capitaine de l’équipe de Volley-ball de Saint-Louis de Gonzague et de l’équipe nationale haïtienne dans les années 1965, Jean-Robert croit au changement mais reste convaincu qu’il est impossible sans la mise en commun des énergies vitales, la collectivité. Parler souvent à la Radio, sans se faire passer pour un idiot, comme le dirait François Mitterrand, marcher, manifester… la lutte contre cette gangrène, ce fléau qui place Haïti au plus bas de l’échelle mondiale, prend plusieurs formes avec celui qui a co-fondé en 2013 le Collectif du 4 décembre, devenu depuis la Voix dénonciatrice et l’aiguillon de l’espoir. 

Défenseur des valeurs immuables
« La valeur de ton nom, de ta personne, vaut mieux que tout ce que tu possèdes ou rêves de posséder…« , « Lorsque tu donnes ton mot, il te faut le respecter. Il faut assumer tes responsabilités et honorer ton engagement, quel que soit ce que cela peut te coûter« . C’est ce que s’est efforcé de transmettre Jean-Robert Argant à son fils et à sa fille, Jean-Philippe et Dominique Argant. À l’évidence, c’est le meilleur de cet homme rectiligne qui vit dans sa progéniture. Garder la ligne droite comme un funambule sur une corde raide, c’est en partie son credo. Mieux que quiconque, Jean-Robert Argant sait que c’est par le travail que l’homme s’élève à la dignité de son être. En effet, pendant quatorze ans, de 1969 à 1984, il a dirigé l’Automatic Coil, une Compagnie américaine établie en Haïti, évoluant dans la sous-traitance et qui a dû fermer ses portes essentiellement à cause de problèmes politiques. Par la suite, il a ouvert sa propre compagnie de services, assurant le transport aérien et le dégroupage de marchandises venant des États-Unis. Pour avoir pratiqué intensément le sport durant sa jeunesse, Jean-Robert Argant n’aime pas se reposer, comme si l’inaction était un péché mortel. Il a également mis sur pied AMECO S.A, une société tournée vers la vente de services en communication téléphonique et en technologie de repérage automobile. Entre 2006 et 2009, il assume avec maestria la Présidence de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti (CCIH).  Qui ne se souvient pas de son vibrant discours d’investiture à travers lequel Jean-Robert Argant avait lancé cet appel : ‘’C’est ensemble que nous pourrons réaliser nos vœux et c’est ensemble que nous redonnerons à la jeunesse haïtienne confiance dans son avenir…’’ Mais hélas, les jeunes que Jobeet aime tant regardent encore l’avenir avec méfiance et incertitude. Tout ceci à cause de la corruption d’aujourd’hui que Jean-Robert Argant assimile « aux boulets de canon attachés hier aux chevilles de nos ancêtres esclaves « .

Georges E. Allen