Jean Danton Léger

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Photographie par Timothé H. Jackson / Challenges

Depuis son arrivée au Parquet de Port-au-Prince, Jean Danton Léger demande des comptes, notamment à d’anciens ministres et fonctionnaires. Du mandat d’amener à l’interdiction de départ, le commissaire du gouvernement frappe fort.

Originaire de la Cité d’Anacaona, surnom historique de la ville de Léogâne, Jean Danton Léger a vu le jour le 20 décembre 1965 sous la présidence du dictateur François Duvalier. A l’époque de sa naissance, l’exode rural n’existait presque pas. Ses études primaires et secondaires, il les a bouclées respectivement à l’école nationale de Léogâne et au Lycée Simone Ovide Duvalier, rebaptisé Lycée Anacaona de Léogâne après la chute de la dictature en 1986. Après ses études primaires et secondaires, le Léoganais a quitté son terroir pour venir à Port-au-Prince afin d’intégrer l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). Passionné de l’éloquence et du « parler croquant » depuis l’école classique, Jean Danton Léger opte pour le droit. Il intègre la faculté de Droit et des Sciences économiques (FDSE), et chemine paisiblement vers son rêve le plus cher : défendre la cause des plus faibles et des plus démunis. Son attachement à Léogâne l’empêche de jouir des délices de la capitale. Pendant ses études universitaires, tous les week-ends, religieusement, il retourne dans sa ville natale. En 1995, l’avocat qu’il est devenu s’est vu confier le poste de commissaire du gouvernement près le tribunal de Première instance de Jacmel, dans le Sud-Est d’Haïti. Un an plus tard, en février 1996, il a travaillé comme consultant juridique de la Police nationale d’Haïti (PNH). Me Danton Léger, intellectuel reconnu pour ses envolées lyriques et ses citations latines, a été professeur de Sciences sociales et de Littérature. Jusqu’à aujourd’hui, il donne des cours de droit pénal à l’Université d’Etat d’Haïti.

Le législateur prolifique
En 2010, Me Jean Danton Léger, qui se porte candidat sous la bannière du parti politique de forte tendance lavalassienne ANSANM NOU FO, est élu député de sa ville natale, Léogâne. Lors de la 49e législature qui s’est révélée improductive, l’avocat de formation a multiplié les propositions de lois. Certains de ses collègues parlementaires, à l’époque, le surnommaient « la machine à produire des lois ». En effet, les textes déposés par le Léoganais de souche à la chambre des députés s’évaluent à une trentaine qui jaunissent dans les tiroirs : proposition de loi sur la reconnaissance du vodou comme religion à part entière ; pour réclamer le droit de vote pour la diaspora à tous les niveaux ; sur la sécurité publique ; sur la sécurité sociale de l’enfant entre autres.

Un parquet dynamique
Installé dans ses fonctions de commissaire du gouvernement de Port-au-Prince le 1er avril 2016, Jean Danton Léger s’est attelé à la tâche en prenant des décisions très lourdes. En moins d’une semaine, les agissements du commissaire ont défrayé la chronique. De la simple invitation en passant par les mandats d’amener jusqu’aux interdictions de départ, Danton Léger a tenté de demander des comptes à certains ministres, directeurs généraux et aux « amis du régime Martelly ». Certains voient en lui un persécuteur pour avoir déclaré un an auparavant : « Si j’étais commissaire du gouvernement j’aurais déjà arrêté Sophia Martelly ». En dépit de certaines de ses actions, mal vues ou mal jugées, il a déjà fait libérer plus de 300 détenus dans le cadre de la lutte lancée contre la détention préventive prolongée, baptisée opération de « débourrage des prisons ». Danton Léger s’engage à défendre la société haïtienne contre toute forme d’injustice par tous les moyens légaux dont il dispose.

G.A.