Jean Chesnel Jean

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Cossy Roosevelt / Challenges

Spécialisé en économie et sociologie rurale, l’agronome Jean Chesnel Jean veut insuffler une nouvelle dynamique au secteur agricole, en particulier à la filière du cacao. Ainsi, en 2011, il crée Ayitika SA, une entreprise dont la mission est d’accompagner les cultivateurs et maximiser leurs profits.

Né le 21 octobre 1970 à Abricot, une petite commune du département de la Grand ‘Anse, Jean Chesnel Jean fait ses études primaires à l’école nationale de Moron. Par la suite, il se rend à Jérémie (département de la Grand ‘Anse) pour poursuivre son enseignement secondaire qu’il termine en 1990. Passionné de la nature et de l’agriculture, il rentre à Port-au-Prince en 1992 pour y intégrer la faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire (Université d’État d’Haïti), de laquelle il ne sortira diplômé qu’en 1998, en raison des perturbations politiques de l’époque. L’Institut national de la réforme agraire (INARA) l’accueille pour ses premières expériences grâce auxquelles il obtient une bourse en 2002 pour se rendre en Belgique, afin de se spécialiser en économie et sociologie rurale. De retour en Haïti en 2004, il réintègre l’INARA, mais pour quelques années seulement. On le retrouve au niveau de l’ONG Agronomes et vétérinaires sans frontières (AVSF) jusqu’en 2011, année au cours de laquelle il crée sa propre organisation Ayitika SA, une entreprise supportée par des fonds privés et par des coopératives. Très sensible au secteur de l’agriculture caractérisé par son sous-développement chronique, Jean Chesnel Jean tente de faire comprendre qu’il faut changer de modèles car, ceux proposés par l’État et les ONG, produisent très peu de résultats. Pour cause, il ne rate jamais une occasion d’encourager les décideurs à redéfinir la base technique de l’agriculture. Le natif d’Abricot est de ceux qui se battent pour une rupture avec les méthodes archaïques, responsables en partie de la dégradation accélérée de l’environnement. Voilà pourquoi il s’implique entièrement dans la revalorisation de la terre, à commencer par la formation de techniciens agricoles et le renforcement des compétences des agronomes.

Vouloir c’est pouvoir
En 2015, pendant la période de la campagne électorale, il publie un article titré «l’abcd agricole pour les candidats à la présidence», constatant que ce thème était absent dans le discours de la majorité des prétendants et que, ceux qui osaient l’aborder, laissaient transparaître leur ignorance. Contrairement aux milliers de jeunes formés qui prennent le chemin de l’étranger en quête d’opportunités diverses, Jean Chesnel Jean juge important de rester dans son pays pour se consacrer au développement de l’agriculture et jette son dévolu sur La Biche (une petite localité de la commune de Torbeck, dans le Sud), en vue d’implanter son projet ambitieux de refaire d’Haïti une référence en matière de cacao. En très peu de temps, il parvient à transformer des terres arides de La Biche en espaces fertiles qui deviendront de vastes plantations de cacao à partir de 2018. Pour y arriver, il a mis sur pied un programme de formation continu à l’intention de jeunes techniciens agricoles et d’étudiants en agronomie. Avec le support de la FOKAL notamment, des lopins de terre sont en phase d’expérimentation. Jean Chesnel Jean se fait un devoir de superviser les jardins concernés et résoudre tous les problèmes qui se présentent.

En dehors de ses plantations, M. Jean mène une vie exemplaire avec sa femme et ses trois enfants, auxquels il inculque l’amour de l’environnement. Sa troisième passion, après sa famille et l’agriculture, c’est la guitare. Elle reste  d’ailleurs son passe-temps favori. À l’instar de son petit frère Jean Jean Roosevelt qui est devenu un artiste de renom, Jean Chesnel était influencé par le talent de musicien de son père Charlot Jean, mais le destin a voulu qu’il soit agronome.

Cossy Roosevelt