Jacques Yvon Pierre Plaidoyer en faveur d’une éducation de qualité

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Timothe Jackson/ Challenges
Timothe Jackson/ Challenges

Jacques Yvon Pierre est détenteur d’un Master 2 de l’université Paris Est-Créteil en Expertise, ingénierie et direction d’organisation, et en management des organisations d’éducationde l’université Quisqueya. Il est surtout connu pour ses travaux sur des thématiques diverses allant de la sociologie de l’éducation à la problématique de genre.

Les chercheurs en sciences humaines et sociales – indépendamment de l’école de pensée dont ils se réclament – sont d’accord sur un constat : la scolarisation universelle de base représente un déterminant, voire un incontournable, dans la lutte contre la pauvreté. Aucun pays de la planète n’est parvenu à mettre fin à la pauvreté et entrer dans un cycle de croissance et de développement durable sans avoir préalablement répondu à ce défi. Nous avions suffisamment diagnostiqué le système éducatif haïtien. Certes, il y a lieu d’actualiser incessamment les données mais, en réalité, tous les problèmes du système se résument à quatre grands défis: le défi de l’adéquation de l’offre à la demande sociale d’éducation, le défi de la qualité et de l’équité, le défi de la gouvernance, le défi de l’efficacité et de l’efficience. Pour aborder des questions cruciales, il s’agit avant tout de comprendre qu’il est temps que : 

1) l’on définisse et mette en place une stratégie réaliste prenant appui  sur  une mobilisation nationale qui force les acteurs étatiques au respect de l’Objectif de développement durable n°4 (ODD4). Il vise à assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Il n’y a pas d’autre issue, me semble-t-il.

2) l’État haïtien remplisse fortement et bien son rôle régulateur. L’éducation est trop importante pour qu’on la laisse exclusivement entre les mains de quelques fonctionnaires, quelquefois désabusés, et exerçant une violence non légitime contre la société pour laquelle ils prétendent travailler. Les structures organisées non étatiques dont la famille, la communauté élargie, les partenaires sociaux, les partenaires techniques et financiers…doivent aussi assumer leur rôle de vigile.

« la scolarisation universelle de base représente un déterminant, voire un incontournable, dans la lutte contre la pauvreté..»


3)
les acteurs du système éducatif comprennent qu’on est à l’ère de « l’économie du savoir » qui implique une prise de conscience du rôle du savoir et de la technologie dans la croissance économique.  Il ne s’agit pas de rappeler le rôle joué par le savoir dans l’économie.  Adam Smith l’avait déjà démontré avant que Theodore Schultz et Gary Becker construisent leur théorie du capital humain. Peut-on ignorer l’influence du progrès technologique sur l’accroissement de la productivité marginale ? Peut-on ne pas tenir compte de la place de la révolution numérique dans la codification du savoir ?  Les TICE permettent aujourd’hui d’aller au-delà de la connaissance factuelle, le « savoir quoi », et des bornes du savoir-faire, « le savoir comment »,  pour interroger également la connaissance scientifique des lois et des principes naturels, « le savoir pourquoi » …

4) l’éducation à la citoyenneté – englobant l’apprentissage de la démocratie, l’apprentissage de la coopération, l’éducation aux droits humains et à la paix – soit instituée dans un curriculum vraiment rénové. Certains socioconstructivistes soutiennent que l’apprentissage de la citoyenneté se construit ou se déconstruit dès le plus jeune âge. Il est question que l’école haïtienne, à tous les niveaux, soit le lieu privilégié pour apprendre aux citoyens de demain le sens du partage collectif des responsabilités en recourant à une démarche d’« autosociocontruction » des comportements.