Il faut sauver la gourde coûte que coûte

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Istock/ Getty Images
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La Banque de la République d’Haïti prévoit d’injecter sur le marché local pas moins de cent millions de dollars américains d’ici la fin de l’année fiscale. Loin d’être une solution durable aux problèmes auxquels est confrontée l’économie haïtienne, cette stratégie n’est qu’un palliatif , de l’avis de nombreux experts.

Pour l’économiste Etzer Emile, cette décision n’a rien d’étonnant. Le professeur d’université souligne que cela se fait dans beaucoup d’autres pays du monde. Avec cette agression du dollar sur la monnaie locale, assortie d’une certaine rareté, l’injection de devise américaine s’impose, si l’on en croit Etzer Emile. « Sinon la dépréciation de la gourde s’accentuera », comme le fait remarquer l’économiste. « Avec une crise politique persistante, un faible niveau d’investissement étranger, un ralentissement des activités touristiques et un niveau d’exportation insignifiant, il y a forcément un manque à gagner à combler », reconnaît le professeur Emile. Il pense que la BRH a vu juste en permettant, avec cette injection, aux commerçants et entreprises de trouver des devises américaines pour effectuer leurs transactions. Cette mesure, peut avoir le mérite, selon lui, de créer une stabilisation du taux de change. Ezter Emile explique que la variation du taux de change représente toujours un poison pour l’économie. Au-delà de ces mesures qualifiées de cosmétiques, la BRH doit adopter des décisions radicales, soutient pour sa part l’économiste Eder Sérisier, indiquant qu’« Il est fondamental de changer de politique économique, car celle qui est appliquée présentement est sans effet ». C’est ce qui explique que la gourde, plutôt que de se réévaluer, ne cesse de se dévaluer progressivement, et cela, malgré les mesures prises pour que les transactions soient effectuées exclusivement en gourde, dans le cadre de la dédollarisation partielle de l’économie. 

 Le coordonnateur de la Plateforme de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA), s’insurge contre la décision prise par la Banque Centrale de continuer à injecter des millions sur le marché des changes. « Cette mesure ne pourra pas contrecarrer l’effondrement de la monnaie locale », déclare l’économiste Camille Chalmers. Pour le professeur d’économie à l’Université d’État d’Haïti, le choix de la BRH serait basé sur des politiques monétaristes et néolibérales. Le responsable de la PAPDA déclare que cette ligne économique favorise beaucoup plus l’importation et la spéculation. Alors que pour remembrer l’économie haïtienne, les politiques doivent se tourner vers l’investissement et la création de richesse. Pour atteindre un résultat plus intéressant, l’économiste Chalmers  suggère que les crédits distribués dans le pays soient orientés vers la production. C’est aussi ce que prône l’économiste Etzer Emile pour qui, l’injection de dollars sur le marché de change, reste éphémère.

Wandy Charles