Harry Bretous

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Harry Bretous, ancien candidat à la présidence, est le fondateur de Haïti Shipping et président du groupe immobilier Logis Gestion International. TIMOTHE JACKSON/ CHALLENGES
Harry Bretous, ancien candidat à la présidence, est le fondateur de Haïti Shipping et président du groupe immobilier Logis Gestion International. TIMOTHE JACKSON/ CHALLENGES

Dans un article paru en 2016 abordant la situation d’Haïti par rapport à son évolution au sein du concert des nations, je posais publiquement la question à savoir : « Que veulent les Haïtiens, que veut Haïti ? » L’article que j’avais intitulé « La Grogne de Jacmel », n’ayant toujours pas trouvé de réponse adéquate, compte tenu de la situation politique et sociale qui se dégrade de plus en plus, je propose à présent un élément qui pourrait éclairer sur  les dispositions à prendre pour sortir du gouffre profond dans lequel nous les Haïtiens, nous nous sommes fourrés par nos mauvais choix politiques et économiques.

 

La politique ayant droit de cité dans la marche de la nation, il est impératif de commencer par ce secteur  pour arriver à la normalisation et à la moralisation de la vie publique
en Haïti.

Qu’implique donc ce concept de moralisation de la vie publique ? Il est au prime abord indissociable du concept fondamental de service public. Il oblige à la bonne gouvernance et à la saine gestion de l’État, à la lutte contre la corruption, au droit à la justice qui élève toute nation, à la lutte contre l’impunité et à la promotion des valeurs républicaines.

Si notre insularité et les séquelles inévitables de peuple opprimé pendant des siècles, n’ont pas aidé après l’indépendance, il est cependant devenu indispensable de corriger la barque nationale pour arriver aux changements attendus et nécessaires. Haïti a un gros défi à relever face au monde entier car elle a servi de phare pendant longtemps pour toutes les nouvelles nations en quête d’idéal de liberté, d’émancipation et luttant contre toutes formes de domination et d’impérialisme.

« Les dirigeants actuels et futurs ont pour impérieuse obligation de travailler à la renaissance de notre pays en toute transparence.»

Mais que les Haïtiens ne s’y méprennent pas ! Haïti ne saurait évoluer en vase clos et continuer à être une nation en faillite et une entité chaotique ingouvernable. Les dirigeants actuels et futurs ont donc comme impérieuse obligation de travailler à la renaissance de notre pays en toute transparence. Il faudra le faire même au prix de durs sacrifices en priorisant la consultation, la concertation de toutes les forces vives, et l’inclusion totale de tous les fils et filles de la mère patrie. Le nécessaire combat pour la modernisation de nos institutions ne peut attendre plus longtemps.

Que de trains en effet Haïti a-t-elle raté au cours du siècle dernier et en ce début du 21ème! Des écoles et des universités n’ont toujours pas été créées en nombre suffisant pour répondre à la demande générale de scolarisation et de formation pour les jeunes.

Haïti traîne des pieds et n’a toujours pas embrassé de façon résolue la lutte contre le fléau que constituent la corruption et le blanchiment des avoirs. Des organismes comme l’UCREF et l’ULCC ne sont pas dotés de lois fortes qui garantissent leur entière indépendance.

La lutte contre l’impunité et l’injustice ne peut s’engager réellement sans la volonté claire et sans équivoque de toute la société.

Haïti n’ira nulle part, les conditions continueront à se dégrader aussi longtemps que nous refuserons de moraliser notre vie publique, car il faut restaurer la confiance entre la nation et la classe politique, entre l’administration et les administrés. Il faut améliorer la gouvernance et arrêter net cette coutume d’élections frauduleuses. C’est à ce prix seulement que l’exode de nos fils et filles vers le Chili, le Brésil, la République voisine, cessera et que la première nation noire indépendante du monde retrouvera une certaine dignité et sa place dans le concert des nations.