Haïti sur la scène de Broadway

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Joan Marcus
Joan Marcus

S’inspirer des vêtements que portent les Haïtiens pour les costumes d’une comédie musicale à succès à Broadway, c’est le pari inspirant qu’a fait le designer Clint Ramos pour habiller la troupe de « Once in this Island ». Il nous explique ce qui a conduit son inspiration…

La scène se passe sur une petite île des Caraïbes : une paysanne utilise le pouvoir de l’amour pour rassembler des gens de différentes classes sociales. Désirée tombe amoureuse d’un beau garçon de la classe supérieure qu’elle a sauvé lors d’un accident. La famille n’approuve pas cet amour parce que Désirée est trop noire et trop pauvre pour leur fils destiné à devenir roi… Les concepts de sacrifice et d’amour pur règnent tout au long du roman de Rosa Guy, publié en 1985, sous le titre My Love, My Love , or, The Peasant Girl.

Si Haïti n’est jamais citée, les personnages de Ti Moun, Désirée, Erzulie, Agwe, ou Papa Ge, donnent des indices sur l’inspiration de la romancière née à Trinidad. Décrit comme une réécriture antillaise de « La petite sirène » de Hans Christian Andersen, avec une pincée de Roméo et Juliette de Shakespeare, le roman a été adapté en comédie musicale pour devenir à Broadway, « Once on This Island », Il était une fois sur cette île  , par Lynn Ahrens et Stephen Flaherty en 1990.

Clint Ramos.

Une nouvelle version mise en scène par Michael Arden, a été présentée en décembre 2017 au Circle in the Square Theatre. C’est à cette occasion que le talentueux designer Clint Ramos est entré en scène. Honoré plusieurs fois pour ses créations, Clint Ramos a conclu les costumes de douzaines de shows à Broadway. Il raconte aux lecteurs de Challenges d’où est venue son inspiration pour les costumes du spectacle. « Comme la scène se passe en Haïti, le metteur en scène Michael Arden souhaitait que nous fassions honneur au peuple haïtien en s’assurant que les costumes soient totalement en phase avec la réalité haïtienne. J’ai aussi creusé un peu dans l’histoire et certaines pièces ont une inspiration totalement historique ou folklorique. Je connaissais très bien Haïti avant de faire ce projet … j’ai de nombreux amis qui viennent d’Haïti et il y a d’ailleurs un Haïtien dans mon équipe, Andy Jean, qui est originaire de Jacmel. J’ai du reste envoyé mon équipe en Haïti parce que je voulais de vraies inspirations et je me suis beaucoup intéressé aux rituels et aux traditions spirituelles du pays. La plupart des tissus que nous avons utilisés viennent de New York, mais il y en a certain qui viennent d’Haïti. On a même utilisé un sac de riz de Madame Gougousse sur l’une des capes ! Je pense sincèrement qu’Haïti est unique par sa profonde spiritualité et par son métissage africain/caribéen et français. Étant moi-même Philippin, je suis touché par l’idée d’une puissance occidentale qui colonise une île, et aussi familier avec l’idée d’une révolution. C’est tout ce que j’en attendais : toute la beauté et la complexité d’une nation. Nous… toute la compagnie, nous sommes en amour avec Haïti et les Haïtiens. Nous adorons sa riche culture. Notre directrice associée est d’origine haïtienne et un soir sa famille nous a concocté un dîner typique haïtien. C’était un véritable délice. J’ai ressenti toute la chaleur du peuple haïtien qui transparaissait dans ces plats !»

Stéphanie Renauld Armand