Haïti et le marché unique de la CARICOM, quel avenir ?

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Haïti assure la présidence du Marché Commun de la Caraïbe (CARICOM) depuis le 1er janvier 2018, pour une durée de 6 mois en remplacement de la Grenade. Durant cette période, Jovenel Moïse siège à la tête du bureau de la CARICOM qui agira en tant que comité de gestion au nom des chefs de gouvernement en partenariat avec le secrétariat de la communauté. Le président haïtien va devoir quand même questionner les vocables comme « marché commun » et « intégration régionale », et se demander comment ses compatriotes peuvent en être partie prenante.

La CARICOM, Communauté Caribéenne, est née le 4 juillet 1973 du Traité de Chaguaramas, avec pour objectif de renforcer les liens entre les États de la zone. De 4 membres à l’origine, l’organisation en compte 15 aujourd’hui dont Haïti, adhéré en 2006 après avoir été observateur entre 1998 et 2004. Le 1er janvier 2006, un nouveau traité a été paraphé et consacre la création du « Marché Unique de la CARICOM ». Par marché unique, on entend une fusion des marchés intérieurs des États membres. Par exemple, les biens, les services, les capitaux et les personnes circulent librement. On parle aussi de libre-échange ou libre circulation…

Le site www.europa.eu rappelle que, « pour créer ce marché unifié, des centaines d’obstacles techniques, juridiques et bureaucratiques qui entravaient le libre-échange et la libre circulation entre les pays membres de l’UE ont été supprimés. Les entreprises ont ainsi pu développer leurs activités, tandis que la concurrence a fait baisser les prix et offert un choix plus large aux consommateurs : les communications téléphoniques coûtent beaucoup moins chères qu’il y a 10 ans ; le prix des billets d’avion a chuté et les liaisons aériennes se sont multipliées ; un grand nombre de particuliers et d’entreprises peuvent maintenant choisir leurs fournisseurs d’électricité et de gaz ».

Il est vrai qu’il ne suffit pas d’avoir signé un traité pour jouir des avantages d’un marché commun. La circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux d’un territoire à l’autre s’inscrivent dans le cadre des investissements étrangers. Et ceux-ci sont friands de marchés attractifs. Ce qui implique qu’Haïti a son rôle à jouer puisque son marché doit être une extension des autres marchés de la CARICOM. Non seulement, le pays doit être stable politiquement et moderne économiquement, mais son image physique doit elle aussi être soignée.

Si l’on considère le critère ayant trait à la circulation des personnes, Haïti est ouvert aux citoyens caribéens mais l’« Haïtien » est indexé partout où il arrive. Les Bahamas font une chasse systématique des Haïtiens et quand ils sont appréhendés, ils les ligotent et les emprisonnent avant de les déporter. Le Suriname vient de mettre des restrictions sur le voyage des Haïtiens sur son territoire alors qu’en théorie, il leur suffirait de se munir de leur passeport. Même situation pour les Îles Turks-et-Caïcos, qui sont un membre associé de la CARICOM.Pourtant, le projet d’un passeport caribéen est déjà concrétisé. « En plus de permettre la liberté de circulation et des économies d’échelle aux États membres », ce document faciliterait « la prise de conscience d’une identité commune par les citoyens ». Depuis 2005, les ressortissants de Suriname, Saint-Vincent-et-Grenadines et de Saint-Christophe-et-Niévès s’en sont dotés. Malgré tout, il faut reconnaître que beaucoup d’outils devant symboliser l’intégration régionale sont encore au stade de projets. Entre autres, la fusion des lignes aériennes, une charte de la société civile, une union monétaire, la Liberté de déplacement, une (ou des) union (s) politique (s), une bourse régionale et un central d’achat devraient être institués.

Des accords de libre-échange et commerciaux avec des organisations internationales et avec d’autres pays profitent à des pays membres de la CARICOM. C’est pourquoi on parle de sommet CARICOM/Cuba, CARICOM/États-Unis, CARICOM/UE, CARICOM/Venezuela, etc. À travers la coopération entre la CARICOM et le Venezuela, Haïti a bénéficié du pétrole à des prix préférentiels, qui lui a permis de financer des projets de développement et la construction d’infrastructures administratives après le tremblement de terre de 2010. Malheureusement, le déclin économique de l’État sud-américain, les pressions des États-Unis et la mauvaise gestion du programme risquent d’occasionner la fin prématurée de l’Alliance Pétro Caribe.

Guamacice Delice