Guy Didier Hyppolite, Ministre de transition

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DÉJÀ ENGAGÉ dans le secteur touristique, le nouveau ministre connaît bien les forces du pays parmi lesquelles l’art et l’artisanat. Photographies par Georges H. Rouzier / Challenges

Tout comme Stéphanie Villedrouin avant son ascension vers le poste de ministre du Tourisme, Guy Didier Hyppolite a occupé le poste de secrétaire général du Comité exécutif de l’Association touristique d’Haïti. Des consultations parmi les acteurs clés du secteur touristique ont abouti à son choix comme homme de confiance pour maintenir la barque avant les prochaines élections.

Le nouveau ministre du Tourisme, Guy Didier Hyppolite, est né le 7 septembre 1979 à Port-au-Prince. Après des études en Sciences juridiques à l’université Quisqueya, il fait carrière en tant que responsable des affaires juridiques de l’un des plus grands groupes financiers du pays jusqu’en 2010.

En décembre 2009, il est parachuté dans le monde du tourisme et de la restauration à la mort de son père. Obligations familiales obligent, il prendra la décision de rejoindre sa mère, Rachel De Delva Hyppolite, au Relais de Chateaublond, situé au Parc historique de la Canne-à-sucre à Tabarre, pour l’aider à développer l’entreprise familiale

En 2013, il rejoint les rangs de la prestigieuse Association touristique d’Haïti (ATH). Très vite, ses talents de conseiller juridique et son dévouement à la cause touristique ont été mis à contribution pour l’amener au poste de secrétaire général du Comité exécutif de ladite association ainsi également qu’au Conseil d’administration de la Chambre de conciliation et d’arbitrage d’Haïti (CCAH).

Servir son pays

 POUR GUY DIDIER HYPPOLITE, l’engagement est essentiel pour l’avenir du pays.
POUR GUY DIDIER HYPPOLITE, l’engagement est essentiel pour l’avenir du pays.

Lorsque l’on demande à Guy Didier Hyppolite s’il est prêt à assumer le poids de succéder à Stéphanie Villedrouin, qui a changé le visage touristique d’Haïti durant son mandat, il est confiant : « Personnellement, j’ai toujours voulu être au service de mon pays. On ne peut pas seulement parler, il faut aussi agir. C’est une responsabilité citoyenne. L’engagement est essentiel pour l’avenir du pays. Le travail de Stéphanie a permis à démontrer que la jeunesse peut avoir sa place dans l’exercice politique. » Celui qui ne pensait pas s’y investir à un si jeune âge est prêt à prendre les rênes du ministère durant la période de transition. Il promet de ne ménager aucun effort pour reconquérir la part légitime d’Haïti sur le marché touristique mondial face à une clientèle de plus en plus exigeante sur la qualité de service. Le secteur touristique constitue, pour le ministre, une véritable priorité car c’est un atout important sur lequel s’appuyer pour créer de la richesse, des emplois et, en définitive, assurer le redressement économique d’Haïti.

Son objectif à court terme est de solidifier la structure existante et de faire en sorte d’amener des éléments nouveaux qui permettront à l’institution de garder une structure performante. Trop longtemps, selon lui, le manque de continuité entre les gouvernements a handicapé la progression du pays. Il a donc décidé de conserver au cabinet le noyau central de l’administration précédente : « J’ai gardé en poste les power players. Les gens avec qui j’avais l’habitude de travailler et ceux qui étaient en contact régulier avec les tour-opérateurs, les promoteurs. »

Une industrie en crise
Guy Didier Hyppolite prend les rênes du ministère du Tourisme en pleine période de crise politique. L’état des finances publiques est catastrophique selon les experts. Avec des moyens limités, que peut-il faire pour garder le rythme des dernières années ? Trois axes sont prioritaires pour lui : poursuivre la commercialisation de la destination, procéder à une structuration ministérielle et interministérielle (développement transversal) et offrir davantage de supports aux opérateurs. Pressé par le temps, coincé par l’argent, il demeure confiant sur les moyens pour maintenir ses priorités.

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Vendre une destination touristique dans les conditions actuelles est loin d’être un pari gagné. Entre les manifestations, le coût élevé de la vie, les infrastructures déficientes, une politique instable, la mission est périlleuse. Les tour-opérateurs, les hôteliers, les restaurateurs sont tous en état d’alerte. La crise politique dans laquelle le pays s’enlise a des répercussions graves sur l’industrie. Mais, le ministre croit également à la promotion du tourisme local et à l’intégration des populations dans le développement touristique. Un caractère social et une approche pluridimensionnelle qui permettraient à Haïti de se démarquer. Durant la période qui le verra à la tête du ministère son objectif principal est de soutenir avec tous les moyens mis à sa disposition les acteurs du secteur. Une portée d’action limitée qui, souhaitons-le, pourra permettre de traverser cette période de tourmente.

Carla Beauvais